Vincent Cornet
Directeur général Associé du cabinet Altedia
«L’actionnariat salarié confirme cette année encore une popularité très élevée»
(Easybourse.com)
Comme chaque année depuis 2002, Altedia a réalisé avec BNP E&RE son baromètre sur les évolutions majeures en matière d’épargne retraite et entreprise en 2009. Que faut-il conclure cette année des résultats ? Où va l’épargne salariale ? La motivation des salariés doit-elle toujours être au cœur des politiques des ressources humaines ?
Vincent Cornet, Directeur général associé d’Altedia en charge du pôle RH&Com revient sur les principaux enseignements de cette année.
Intéressement, participation et actionnariat salarié ont ainsi occupé les devants de la scène dans une année 2008 riche en évolutions législatives. L’épargne entreprise s’était donc imposée comme un outil privilégié à la table des mesures gouvernementales en faveur du pouvoir d’achat. Oui mais la crise est passée par là. Alors que sont devenues les orientations dans le contexte de la crise économique, boursière et financière sans précédent que nous connaissons ?
Sur le plan des chiffres, tout d’abord, l’année 2008 peut être considérée comme une bonne année si l’on se base sur ceux publiés par l’AFG avec :
+ 600 000 bénéficiaires de l’épargne salariale
+ 21 000 entreprises ayant mis en place ce dispositif.
A l’inverse, les encours ont baissé de 18,5 % ce qui est en ligne avec la baisse des marchés financiers et la répartition dans les différentes classes d’actifs : monétaires, obligataires, diversifiés et actions.
Dans ce contexte, le baromètre Tendances Epargne et Retraite Entreprises 2009 apporte un éclairage inédit sur les réactions des chefs d’entreprise et des salariés. Fort d’un historique de sept éditions, il permet de bien prendre en compte l’évolution des tendances de fond dans un cadre législatif en pleine mutation, mais aussi, avec de nouvelles questions d’actualité et de libre expression, de dégager les principales préoccupations du moment en matière d’épargne et de retraite en entreprise.
Les principaux enseignements du baromètre pour Altedia sont les suivants :
La légitimité des dispositifs présentés par l’entreprise pour permettre aux salariés de placer leurs économies se renforce côté chefs d’entreprise et salariés. Pour la première fois depuis les origines du baromètre, une majorité absolue de chefs d’entreprise (52%, + 21 points par rapport à 2008) trouve « tout à fait naturel » l’épargne d’entreprise.
Pour faciliter leur mise en place, en plus d’un allégement des démarches administratives, les chefs d’entreprise se tournent vers les pouvoirs publics pour demander un renforcement des incitations fiscales et sociales dans un cadre réglementaire plus stable et ce malgré les dispositions prises fin 2008 pour en favoriser le développement.
Malgré la crainte véhiculée par la chute des marchés boursiers, l’actionnariat salarié confirme cette année encore une popularité très élevée côté chefs d’entreprise et salariés. Bien ancré comme élément clé du développement financier et social de l’entreprise, les motivations des salariés pour devenir actionnaire de leur entreprise restent stables, avec en priorité pour eux l’opportunité de préparer leur retraite. Véritable élément moteur pour l’entreprise, l’actionnariat salarié continue d’impliquer davantage les salariés à la vie de leur entreprise. Il s’agit aussi bien pour les salariés que pour les chefs d’entreprise d’un deal gagnant gagnant pour plus de 80 % des salariés
Mesure phare du gouvernement pour améliorer le pouvoir d’achat, très bien accueillie par les chefs d’entreprise comme par les salariés, le recours au déblocage anticipé de la participation est pourtant bien en dessous de ses prévisions et une minorité de salariés envisagent d’en profiter en 2009. Si le fait d’être soumis à l’impôt sur le revenu ou la frilosité par rapport à la situation économique peuvent en partie expliquer ce faible recours, c’est davantage la participation perçue comme outil d’épargne qui incite aujourd’hui les salariés à immobiliser leurs placements.
Le baromètre 2009 confirme la prise de conscience des salariés de l’intérêt des dispositifs E&RE permettant de compléter leur retraite. En dépit du contexte actuel peu favorable aux placements en entreprise (crainte de fermeture, de dépôt de bilan, de mise en liquidation judiciaire…), les salariés octroient majoritairement leur préférence à des systèmes collectifs mis en place dans l’entreprise, au dépend d’un système individuel facultatif indépendant. Si prise de conscience il y a, le passage à l’acte demeure néanmoins timoré ; seule une minorité des salariés ont modifié, ou comptent le faire, leurs habitudes d’épargne pour compléter leur retraite.
L’allongement de la durée de cotisation s’impose désormais comme une obligation afin d’assurer aux salariés une retraite à taux plein. A cet effet, ces derniers peuvent dès à présent poursuivre leur activité professionnelle au-delà de l’âge légal de départ à la retraite. Mais paradoxe à la française, s’ils éprouvent bien le désir de partir à la retraite tout en conservant un niveau de vie constant, c’est avec seulement très peu d’enthousiasme qu’ils envisagent de travailler après 60 ans. Face à la nécessité de changer les mentalités et de réformer un système devenu obsolète, le rendez-vous 2010 entre le gouvernement et les principaux partenaires sociaux s’annonce d’ores et déjà décisif. Les moins de 35 ans semblent commencer à intégrer l’idée de travailler plus longtemps alors qu’à l’inverse, les plus de 50 ans déclarent vouloir partir le plus rapidement possible à la retraite comme leurs ainés.
Les priorités des entreprises
Le baromètre 2009 pointe une nouvelle fois une forte carence du niveau d’information des salariés, avec des chefs d’entreprise bien conscients d’un tel déficit. A leur décharge, plus de la moitié de ces derniers n’ont toujours pas entendu parler du recours au Droit Individuel à la Formation (DIF) pour former aux dispositifs d’épargne salariale, de retraite et d’actionnariat salarié. Cette formation spécifique, dont la mise en œuvre est aujourd’hui quasi inexistante, doit rapidement s’inscrire dans le paysage institutionnel de l’entreprise pour répondre à une demande de plus en plus forte des salariés.
L’actionnariat salarié, qui bénéficie dans l’ensemble d’une forte popularité et dont les avantages ont bien été cernés par les cadres et les grandes entreprises, doit poursuivre son développement dans les entreprises de tailles moyennes. Pour généraliser sa pratique, un effort doit être porté sur l’information des salariés, car même s’ils perçoivent globalement les bienfaits d’un plan d’actionnariat salarié, près des deux tiers se déclarent toujours mal informés sur le sujet.
Les PME qui sont les 1ères visées par les évolutions législatives, compte tenu du taux d’équipement en épargne salariale des grandes entreprises, ont besoin d’une clarification du cadre réglementaire si elles veulent être encouragées à développer des dispositifs d’épargne salariale. Le développement de l’E&RE passerait, pour 77 % des chefs d’entreprise, par un renforcement des incitations fiscales et sociales et, pour 70 %, par une stabilisation du cadre réglementaire.





