Quand les portefeuilles des laboratoires deviennent obèses
(Easybourse.com) Considérée comme une épidémie par l’OMS depuis 1998, l’obésité est un véritable fléau qui touche non seulement les pays occidentaux mais également ceux en voie de développement. A l’origine de cette maladie en expansion ? La malbouffe ou encore le manque d’exercice. Un phénomène que les laboratoires ont bien compris, d’où la multiplication des médicaments minceur. Gros plan sur cette nouvelle génération de pilules du bonheur.
Selon une enquête publiée en novembre 2006 par le laboratoire Roche, l’obésité gagne du terrain en France. Elle concerne aujourd’hui 12,4% de la population (soit 5,9 millions de personnes) contre 11,3% en 2003 et 8,2% en 1997. Toutefois «cette augmentation persistante depuis 9 ans tend à s’atténuer par rapport aux enquêtes précédentes», souligne le rapport qui précise que si l’obésité est en hausse, le surpoids reste stable. Une bien maigre consolation.
Au niveau mondial, les chiffres sont tout aussi alarmants. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) citée dans le rapport du laboratoire Roche, plus d'un milliard d'adultes seraient trop gros et 300 millions d'entre eux obèses. Le monde compte aujourd’hui plus d'obèses que de personnes souffrant de malnutrition, a récemment indiqué l'OMS : un milliard d'habitants sont victimes d'excès pondéral dans le monde tandis que 800 millions de personnes ne mangent pas à leur faim.
L’expansion de l’obésité a eu un impact certain sur les stratégies des laboratoires pharmaceutiques. Tous cherchent à mettre au point la fameuse pilule qui nous rendra tous minces et en pleine santé. Parmi les médicaments en phase de développement, on dénombre le rimonabant (Acomplia) de Sanofi-Aventis ou encore le traitement anti-obésité SLV 139 du groupe pharmaceutique belge Solvay.
Des pilules minceur qui peuvent rapporter gros
«Les laboratoires se battent pour lancer sur le marché la pilule miracle contre l’obésité, à l’instar de Sanofi-Aventis et sa pilule Acomplia. Ce marché semble plutôt porteur», commentait Jean-François Mouney, le PDG de Genfit dans nos colonnes. Effectivement, «le marché des médicaments anti-obésité aux Etats-Unis, au Japon et en Europe a représenté environ 800 million de dollars en 2005», souligne le site Internet du groupe Genfit, avant de poursuivre qu'il «offre encore d’énormes opportunités de développement de nouveaux médicaments plus efficaces et mieux tolérés. Les prévisions annoncent que les ventes du marché anti-obésité global dépasseront les 2 milliards de dollars avant 2010».
Dans un communiqué daté du 5 décembre dernier, le numéro un français de la pharmacie démontrait les effets bénéfiques d’Acomplia chez les patients atteints de diabète de type 2. Le traitement permet une amélioration du contrôle de la glycémie en réduisant le poids et en agissant sur d'autres facteurs de risque cardiométabolique. Mais pas la peine pour Sanofi-Aventis de démontrer les effets positifs du rimonabant sur les résultats du groupe. Selon les analystes, Acomplia entre d’emblée dans la catégorie des blockbusters, c’est-à-dire des médicaments générant un chiffre d’affaires supérieur à un milliard de dollars.
Ainsi, avant la décision du comité fédéral allemand de refuser le statut de médicament de prescription remboursable à Acomplia, Sanofi-Aventis anticipait des revenus annuels de l’ordre de 3 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros). Mais pour atteindre de tels chiffres, le laboratoire doit encore obtenir l’autorisation de la Food and Drug Administration (FDA) pour la commercialisation de son nouveau produit phare sur le marché américain. Le laboratoire français connaîtra la position de l’organisme de réglementation américain le 26 avril prochain. Le médicament est actuellement commercialisé au Royaume-Uni, en Allemagne, au Danemark, en Suède, en Finlande, en Norvège, en Irlande, en Argentine et en Autriche.
Parmi les autres traitements déjà présents sur le marché, les deux principaux sont l’Orlistat (médicalement appelé Xenical) du laboratoire suisse Roche et le Sibutral de l’américain Abbott. Si le premier entre dans la catégorie des inhibiteurs de lipases intestinales (médicament contre l’obésité à action périphérique), le second est un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline de la sérotonine et de la dopamine (médicament contre l’obésité à action centrale). Ils ont été respectivement commercialisés en 1998 et 2001.
Des pilules anti-obésité contestées
Au cours du premier semestre 2006, l’Orlistat a généré un chiffre d’affaires de 363 millions de francs suisses (226 millions d’euros), en hausse de 12% sur un an.
Toutefois, et comme pour tout médicament, il existe des effets secondaires. «Avant d'autoriser la commercialisation ou une large utilisation de ces traitements, il faudrait exiger la mise en place d'essais cliniques susceptibles de démontrer des réductions importantes de la mortalité et de la morbidité liées à l'obésité», commentent Raj Padwal et Sumit Majumdar de l'hôpital de l'université d'Alberta à Edmonton, auteurs d’une étude publiée le 8 janvier dernier dans The Lancet, journal médical américain. Selon eux, ces traitements ont «une efficacité modeste mais un coût élevé». Parmi les effets secondaires: diarrhées, incontinences fécales ou encore dépression, en cas d’utilisation de l’Orlistat, insomnies, nausées, constipation et hausse de la tension artérielle pour le Sibutral ou encore nausées, diarrhées, vertiges et surtout risques de dépression pour les patients traités avec Acomplia.
«Au vu de leur efficacité somme doute très restreinte, faut-il continuer à les prescrire aussi massivement ? », s'interrogent Raj Padwal et Sumit Majumdar.
C.P.
Publié le 22 Janvier 2007





