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Interview de André Choulika : PDG de Cellectis

André Choulika

PDG de Cellectis

Un jour, peut-être, nous pourrons soigner le VIH

Publié le 24 Juillet 2007

Pourriez-vous nous présenter Cellectis ?
Cellectis est une société de biotechnologie qui fabrique et vend des systèmes permettant de changer le code génétique, c’est-à-dire de reprogrammer l’ADN de façon extrêmement précise, efficace et ciblée.

Notre activité est basée sur un principe très simple : il y a des molécules naturelles, les méganucléases qui existent notamment dans la levure et qui coupent l’ADN, nous permettant de recoller un nouveau bout d’ADN à l’endroit de la coupure.

Il s’agit d’une certaine manière d’un «couper-coller» dans l’ADN : on prend ces molécules naturelles et à l’aide d’une sorte de grosse plate-forme complètement robotisée, nous reprogrammons ces coupeurs pour qu’ils coupent à l’endroit où on leur ordonne de le faire.

Pourquoi reprogrammer un gène ?
Pour trois raisons essentielles :
comprendre comment fonctionne l’ADN
produire : j’ai un gène intéressant, comme celui de l’insuline humaine, mais au lieu d’extraire de l’insuline du sang humain, je vais prendre ce gène-là pour le mettre dans une cellule de hamster (80% du marché de l’insuline est produite ainsi, ce qui représente quelque 30 milliards d’euros) qui va produire de l’insuline dite «recombinante»
soigner : un jour peut-être, un patient arrivera chez son médecin, avec une maladie génétique, donc une erreur dans son ADN, qui peut être très grave et provoquer soit une immunodéficience, soit une mucoviscidose dès la naissance, soit une maladie acquise comme le virus du VIH, et nous éliminerons la séquence d’ADN défectueuse pour la remplacer par une version saine.

Quels marchés ciblez-vous ?
Nous en visons trois : le marché de la R&D, dans l’académique ou l’industriel, celui de la bioproduction (anticorps, antibiotiques etc.) et celui de l’agrochimie (biofuel, semences pour en finir avec les OGM et faire des choses sans adjonction de gènes étrangers).

Vous avez fabriqué huit produits en 2006. Quel est votre pipeline en la matière pour cette année ?
Sur la partie outils commercialisés, nous avons déjà des concepts et des clients. Sur la partie thérapeutique, nous avons trois projets, dont deux indications, pour lesquels nous n’avons pas de preuves de concept. Nous espérons toutefois que ce seront des blockbusters.

Concernant la maladie des «enfants de la lune», des essais sont en cours et notre objectif est d’avoir des résultats dans les prochains mois. La réflexion vaut également pour la maladie des «enfants bulles» pour laquelle nous travaillons en collaboration avec l’hôpital Necker et Harvard.

Quant aux autres produits qui sont à l’étude, nous travaillons à casser le virus de l’hépatite B, nous travaillons également sur l’anémie falciforme, pour lequel il existe un marché potentiel très important.

S’agissant de la transplantation, nous travaillons à masquer l’identification des cellules. En fait, nous souhaitons rendre le greffon anonyme de sorte à éviter les rejets des greffes d’organes. La mise en œuvre devrait être relativement aisée, du moins nous l’espérons.

Envisagez-vous de nouveaux partenariats pour 2007 ?
Nous sommes actuellement engagés dans plus de 60 discussions, exception faite du domaine thérapeutique, étant donné que nous n’avons pas encore de preuves de concept.

Pour l’ensemble de l’année 2007, nous envisageons la signature de cinq à sept contrats. En raison de la complexité juridique de tels accords (droits de propriété intellectuelle, brevets etc.), il faut en effet entre 12 et 18 mois pour que nos juristes s’entendent pour une signature définitive.

Comment voyez-vous évoluer le secteur de la technologie génétique ?
Cela dépend des marchés. Concernant le domaine thérapeutique, si l’on parvient à obtenir des preuves de concept, on voit mal comment on pourrait s’en passer. Pour le moment, on se contente de gérer les urgences, on ne traite pas les causes.

La technologie génétique est vouée à un bel avenir, selon nous. Mais il est difficile de dire à quel horizon il en sera ainsi. A 10-20 ans, nous sommes confiants, c’est plus difficile de le dire à 5 ans.

Propos recueillis par Marjorie Encelot et Nicolas Sandanassamy

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