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Par sergui

Toutes les valeurs ont subi de plein fouet la crise qui secoue actuellement les

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Posté le 04/02/2008 à 17h00
Nicolas Fellmann et Stéphane Fargette
directeur financier et directeur de la communication de BioAlliance
«Toutes les valeurs ont subi de plein fouet la crise qui secoue actuellement les marchés»


(Easybourse.com) Vous venez de publier les résultats 2007, faisant notamment état d’une croissance de 786% de vos revenus au quatrième trimestre 2007…
La donnée principale de l’année concerne la signature de nos accords industriels : accord de joint-venture en Europe et accord de licences exclusives aux Etats-Unis, pour lesquelles nous avons reçu 19 millions d’euros en cash en 2007, ce qui a effectivement contribué à améliorer de manière significative la position cash de l’entreprise. A quoi c’est ajouté la levée de fonds effectuée au mois d’août.

En somme, notre niveau de cash, de 56 millions d’euros à fin 2007, a bénéficié de ces effets-là. Nos accords ont été traduits en revenus puisque nous avons appliqué les règles comptables internationales et nous avons étalé les revenus, ce qui explique pourquoi les chiffres ont augmenté. C’est un premier pas important, en particulier pour le développement de l’entreprise puisque les lancements en Europe auront lieu dès 2008, et nous programmons toujours un lancement aux Etats-Unis en 2009, une fois que nous auront fini nos essais et obtenu l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Loramyc.

Nous avons effectué le lancement du Loramyc le 4 septembre dernier, et aujourd’hui, nous en sommes satisfaits : il se déroule comme nous l’avions prévu, avec déjà 3 000 malades sous traitement (durant 14 jours)…

C’est vraiment la traduction concrète de la forte attente que nous avions observé auprès des spécialistes pendant le pré-lancement : nos attachés scientifiques, qui sont allés sur le terrain pour faire connaître notre laboratoire et notre produit, ont été très bien accueillis, notamment par les cancérologues parce qu’on leur proposait pour la première fois un médicament complètement calibré pour la candidose oropharyngée.

Ensuite, nous sommes arrivés sur le marché après la période d’appel d’offres des hôpitaux ce qui nous oblige à travailler hôpital par hôpital, et à passer par un circuit assez complexe de commissions scientifiques, administratives, etc. Ce phénomène explique d’ailleurs la progressivité que nous connaissons et qui est totalement inhérente à l’hôpital. Classiquement, on estime que pour juger le lancement d’un produit à l’hôpital, il faut avoir un recul d’à peu près un an. Pour ce qui nous concerne, nous sommes dans la phase de lancement du Loramyc, et nous allons poursuivre nos efforts en termes de promotion.

Donc, le lancement n’est pas fini, mais il se déroule aujourd’hui tel que nous l’avions prévu. Par ailleurs, avoir une première traduction du Loramyc dans nos comptes 2007 représente déjà quelque chose d’important pour nous, d’autant que nous sommes la première société d’innovation à disposer d’un produit sur le marché en France. Il s’agit là d’un véritable trait distinctif pour BioAlliance.

Disposez-vous d’un chiffrage concernant les investissements que vous souhaitez réaliser pour améliorer votre force marketing ?
Je ne peux malheureusement pas être précis sur ce point-là, pour des raisons concurrentielles. En revanche, il est vrai que nous avons déjà notre équipe d’attachés scientifiques qui utilisent différents types de supports. Nous avons d’autres types d’actions telles que la création de l'Observatoire de la candidose oropharyngée qui sera mise en place dans le premier trimestre. A quoi cela va-t-il servir ? A mieux connaître la maladie, et mieux la faire connaître. C’est donc là-aussi un outil qui va nous permettre d’installer notre médicament de manière encore plus forte auprès des prescripteurs.

Quelle est la part du Loramyc dans votre chiffre d’affaires ?
Nous n’avons pas annoncé le chiffre au quatrième trimestre, mais vous vous rappelez sans doute que sur le troisième trimestre, on avait annoncé un chiffre qui correspondait à sa mise en place.

Pour lancer un produit dans le système de distribution de l’industrie pharmaceutique, vous êtes obligés de mettre en place un certain nombre de boîtes dans le circuit des grossistes qui vont ensuite utiliser ces boîtes, si bien que l’on a un écoulement progressif au démarrage du lancement d’un produit. Ceci permet d’amorcer la courbe des revenus que nous espérons voir croître rapidement dans les mois qui viennent.

En parallèle, vous avez le circuit des hôpitaux qui s’enclenchent avec des commandes directes.

C’est pourquoi nous avons voulu insister sur les patients qui se trouvent en bout de chaîne, et qui sont déjà 3 000 à être traités avec notre produit. C’est un marché de niche, nous avons donc peu de patients concernés…

Pouvez-vous nous donner une idée de la taille de ce marché ?
D’après les études que nous avons réalisées, ce marché représente au niveau mondial -des grands pays industrialisés- environ 350 millions d’euros. L’Europe représente environ 30% du marché, et la France, 20% de l’Europe, soit près d’une vingtaine de millions d’euros...

Ceci dit, 3 000 patients après quelques mois de démarrage, c’est très encourageant, d’autant plus que ce marché n’a pas connu d’innovation depuis longtemps et où nous avions noté une forte attente de la part des spécialistes.

Avez-vous un premier retour de la part des patients traités ?
Nous n’en avons pas encore, mais c’est une des raisons pour lesquelles nous souhaitons mettre en place cet observatoire, afin d’avoir des remontées bien précises des patients. Nous avons simplement pu constater lors du développement clinique du Loramyc que c’était un produit efficace, guérissant effectivement la candidose… Quant aux médecins, ils ont déjà identifié l’aspect pratique de ce médicament qu’il suffit de coller sur la gencive.

Votre trésorerie se monte à 56 millions d'euros. Votre capitalisation, elle, se monte à 75 millions, soit quelque 20 millions de plus que la trésorerie, ce qui revient à dire que les brevets et les recherches actuelles sont valorisés par le marché à 20 millions d’euros… Est-ce-là une valorisation qui reflète le potentiel de BioAlliance ?
Il me semble que toutes les valeurs, petites et moyennes, ont subi de plein fouet la crise qui secoue actuellement les marchés. Je pense que nous sommes aujourd’hui dans une situation assez exceptionnelle, or comme d’habitude, les petites valeurs souffrent davantage que les autres. Par ailleurs, les secteurs qui, dans l’esprit des investisseurs sont considérés comme plus risqués que d’autres, sont certainement plus impactés.

D’autant que le montant des valorisations et des cours n’est pas très élevé sur ce type de sociétés, ce sont donc les premières dont on peut sortir dans la mesure où on sait d’une part, que l’on peut y revenir facilement sans avoir de gros écarts, et d’autre part, que ce sont des valeurs d’avenir où l’on peut revenir dans 2 ou 4 ans sans être nécessairement en retard, contrairement à d’autres secteurs.

Nous avons un portefeuille de produits assez riche avec sept produits, dont trois en phase 3 : le Loramyc aux Etats-Unis, le Lauriad dans le traitement de l’herpès acyclovir, et un autre que l’on développe sous forme de nano particules pour le traitement du cancer primitif du foie.

En résumé, avec une société disposant de trois produits en phase 3, dotée d’un financement total qui n’excède pas 100 millions d’euros, avec déjà un produit sur le marché et avec deux accords signés en 2007 représentants 80 millions d’euros -plus les royalties- et dont nous avons déjà reçu 19 millions d’euros, je dirais qu’il y a aujourd’hui une déconnexion claire entre le cours de bourse et la valeur intrinsèque de l’entreprise.

Avez-vous des signatures de partenariats en cours ?
La signature de partenariat, c’est la manière dont on conçoit notre développement à l’international : nous nous fondons sur notre expertise en termes de développement, qui est complété par une expertise en enregistrement de produits et en lancement, mais notre territoire de prédilection reste l’Europe. C’est ici que nous disposons en propre d’une force de vente directe.

Pour nos produits en portefeuille, le reste du monde constitue davantage un territoire de licences. Donc en fonction de l’avancement de nos développements, notre objectif est de trouver des partenaires pour les produits de notre portefeuille. En parallèle, notre objectif est aussi de compléter notre portefeuille par des acquisitions de licences européennes, qui permettront d’optimiser notre forte de vente.

Qu’est-ce qui vous coûte le plus cher ? Les développements en phase 3, l’aspect marketing…?
La totalité est beaucoup moins chère que ce qu’on imagine, en tout cas si on prend pour comparaison les grands laboratoires de l’industrie pharmaceutique. Ainsi, pour le Loramyc, on tourne autour de 15 millions d’euros, pour un développement sur cinq ans contre huit à quinze ans, pour plus de 100 millions d’euros, pour les développements dans l’industrie pharmaceutique traditionnelle.

Finalement, nous bénéficions d’un certain nombre de choix pour accélérer ces développements :
- les maladies sévères dans lesquelles nous pouvons accélérer le développement d’un produit en réduisant le nombre d’essais cliniques.
- Nous travaillons sur des principes actifs connus, tel que le Myconazole qui est un antifongique et un générique très connu
- Dans certains cas, nous pouvons aussi bénéficié du statut «orphelin», notamment dans le cas de notre produit contre le cancer du foie, où nous pouvons développer notre médicament avec un seul essai pivot.

Tous ces éléments réduisent donc les coûts, et nous sommes également dans des marchés de niche qui nous permettent donc de développer des produits avec un nombre limité de patients pour nos essais cliniques, contrairement au développement dans la ménopause ou autre, et pour laquelle il vous faut 10 000 patients pour les essais cliniques.

Que pensez-vous des propositions du rapport Attali concernant les biotechs et la recherche en France, notamment concernant le renforcement des liens entre entreprises innovantes et universités ?
BioAlliance s’inscrit complètement dans cette optique, dans la mesure où il s’agit d’une des bases de notre développement.

Depuis dix ans, BioAlliance réalise des alliances avec des centres académiques d’excellence (CNRS, etc.). Finalement, notre recherche fondamentale est externalisée, nous ne supportons donc pas son coût, en revanche, dès qu’un projet nous intéresse, nous nouons un partenariat contractuel avec ces établissements, et ils nous connaissent aujourd’hui comme étant un acteur dès qu’il y a un problème en matière de résistance de médicaments.

Nous pensons donc que le rapport Attali contient de bonnes choses et si l’on pouvait mettre en œuvre ses propositions, ce serait certainement un fort moteur de la croissance française. Du côté des biotechnologies, on voit que ce modèle de pont entre l’académie et l’industrie fonctionne énormément aux Etats-Unis, ainsi qu’en Angleterre avec les centres de Cambridge et d’Oxford.

Nous en sommes encore très loin en France, mais je pense également que France Biotechs joue un rôle efficace dans ce lobbying-là, et dans tout un tas d’autres mesures allant dans le sens d’un renforcement des biotechs en France : le crédit impôt recherche (CIR), le statut de jeune entreprise innovante (JEI) et de jeune entreprise innovante universitaire (JEIU) pour aider les professeurs à créer eux-même leur entreprise.

Propos recueillis par Marjorie Encelot et Nicolas Sandanassamy



Publié le 04 Février 2008
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