Le verdict est attendu pour ce soir! Le contrat pour fournir l'armée américaine en avions ravitailleurs doit être décerné à l'un des deux ennemis héréditaires de l'aéronautique mondiale. Cela fait près de dix ans que les deux avionneurs se battent pour remporter ce contrat d'un montant de 35 milliards de dollars pour 179 avions ravitailleurs. Dans un premier temps, Boeing l'avait emporté en 2003, mais EADS était parvenu à faire annuler l'appel d'offre pour irrégularités. En 2008, c'est l'Européen qui l'a emporté en partenariat avec l'américain Northrop Grumman. Boeing déchaîne alors tout ce qu'il compte en réseaux politiques et lobbyistes pour faire annuler cette offre, ce qu'il obtiendra.

Louis Gallois n'a jamais caché son optimisme sur ce dossier et a toujours estimé que son offre était la meilleure. L'année dernière, il s'est ému auprès des autorités américaines sur les fuites qui ont permis à Boeing de récolter certaines informations inhérentes à l'offre commerciale d'Airbus. Il réclame alors, dans un souci d'égalité, que Boeing divulgue des informations équivalents. Plus tard, EADS décide de baisser le prix de ventes de ses avions ravitailleurs. Il explique que ce contrat créerait près de 48 000 emplois aux Etats-Unis. Enfin, il argue du fait que l'avion ravitailleur qu'il propose, un dérivé de l'A330, existe vraiment, contrairement à celui de Boeing qui n'existe encore qu'en dessin. Pour Boeing, son avion coûtera moins cher à l'usage, notamment sur la consommation de carburants.

En vérité, Boeing a de puissants lobbys auprès de l'administration américaine, et plusieurs Etats soutiennent l'avionneur. Washington n'a d'ailleurs pas l'habitude de favoriser des groupes étrangers, surtout pas EADS. Il suffit de voir la terrible bataille juridique qui déchire les deux continents à l'OMC sur les questions de financements publics des deux avionneurs. La crise économique a rendu fébrile les électeurs américains, et le Président Obama se sait sur la sellette. Dans tous les cas, la décision qui sera rendue ce soir sera polémique: l'émoi en Europe si Boeing était choisi, l'effroi aux Etats-Unis si l'offre d'Airbus était retenue.