Fallait-il s'attendre à une autre issue? Le contrat du siècle de l'armée américaine (35 milliards de dollars) aurait-il pu être décerné à un autre que Boeing? Certes, en 2008, c'est le consortium EADS/Northrop Grumman qui l'avait emporté, mais ce faisant, l'administration n'avait pas l'impression de conférer le contrat à un étranger. En choisissant ce consortium composé d'un industriel américain, le Pentagone s'assurait que la valeur ne serait pas importée, et que l'emploi serait maintenu sur le territoire américain. Mieux! Washington pouvait espérer un transfert de technologies... Mais c'était sans compter les troupes de lobbyistes de Boeing, et les intérêts de plusieurs Etats américains. La décision est révoquée, et la compétition repart de plus belles. Mais Northrop Grumman se retire de la course. EADS promet alors de créer 48 000 emplois sur le sol américain en travaillant avec une constellation de sous-traitants américains. Le groupe européen va jusqu'à baisser le prix de vente de ses avions. Louis Gallois y croyait dur comme fer. "Notre offre est la meilleure" répétait-il à l'envie.

Aujourd'hui, le patron d'EADS se dit "décu et perplexe". "On s'interroge sur les raisons pour lesquelles on a perdu. Je crois que l'US Air Force a indiqué que c'était une question de prix" a-t-il expliqué ce matin. Il a ajouté que la décision de faire appel n'avait pas encore été prise. Le groupe se prononcera après la réunion de débriefing de lundi. Louis Gallois semble toutefois se résigner et estime que le groupe EADS aura "d'autres occasions de se développer aux Etats-Unis". Pour lui, ce revers ne change rien à la stratégie d'EADS sur ce créneau des avions militaires.

EADS a pêché par trop d'optimisme ou de naïvetés. Les Etats-Unis ont une propension au protectionnisme non-dissimulé. Boeing estime être dans son pré-carré et qu'il est le légitime fournisseur de l'armée américaine. De même qu'EADS peut s'attendre à ce que les Etats européens privilégient, à quelques exceptions, son catalogue. C'est de bonne guerre!