Louis Gallois envisage de plus en plus des rapprochements dans le secteur de l'aéronautique mondiale. Alors que tous les pays émergents annoncent de grands projets aéronautiques, pour le patron d'EADS, il n'y aura pas de places pour tout le monde. C'est à peine si le patron admet que le lancement de moyen-courriers par les Chinois, les Russes, les Brésiliens ou les Canadiens, mettront un terme au duopole historique entre Boeing et Airbus. D'après lui, tous ces acteurs seront contraints de s'allier ou de disparaitre, et le futur paysage du secteur se limitera à un oligopole de quelques acteurs. Airbus et Boeing ont toutes les chances de rester parmi les rescapés grâce à leur avance technologique. Ils craignent toutefois que la guerre des prix rognent leurs marges, ou pire, que les marchés émergents leurs échappent.

Pour beaucoup, Louis Gallois prépare l'opinion à l'annonce d'un grand partenariat avec un constructeur qui ne serait pas européen. Depuis un an maintenant, la presse se fait l'écho de pourparlers avec Embraer, le constructeur aéronautique brésilien. Les deux pourraient s'allier sur la partie des jets régionaux où le Brésilien est leader mondial. EADS mettrait alors à profit sa filiale ATR qui, contrairement à Embraer, a choisi la technologie des turbopropulseurs, moins gourmands en carburants que les turboréacteurs des avions brésiliens. Autre hypothèse, EADS pourrait aider Embraer à lancer un avion moyen-courrier, ce qui permettrait de verrouiller le marché sud-américain au profit d'un consortium où l'Européen aurait toute sa part.

Déjà, le lancement d'une ligne de production d'A320 en Chine en partenariat avec Avic, le constructeur aéronautique Chinois, avait été très critiqué en Europe. Des politiques avaient alors accusé les dirigeants d'Airbus de céder trop facilement au chantage des autorités chinoises en termes de transferts de technologies. Pour Louis Gallois, l'arrivée des Emergents dans le domaine de l'aéronautique est inéluctable, et il a choisi d'en prendre son parti, plutôt que de subir une offensive commerciale et industrielle qui sera difficile, même si ce n'est qu'à long terme.