Le secteur de la grande distribution, l’hôtellerie, les télécoms, la banque, l’assurance sont autant de secteurs en mauvaise posture, où le pouvoir d’augmenter les prix est en déperdition. « La grande distribution lutte pour maintenir les flux dans les magasins. C’est ainsi qu’une des principales chaines de grande distribution américaines, Target, prévoit pour cette année une régression de son chiffre d’affaires de 3% à 5% alors que le PIB des Etats-Unis devrait se situer entre 2% et 2,5%. « L’explication de cette mise à mal réside dans l’explosion des achats par Internet. Ce dernier phénomène sévit même en Chine où les ventes de produits frais sur le net ont augmenté de 35% » commente Gérard Moulin, gérant du fonds Amplegest Pricing Power.

L’hôtellerie est un autre segment dans lequel la croissance d’activité tend vers le négatif du fait d’un cocktail redoutable composé d’une part des plateformes de comparaison des chaines hôtelières, d’autre part de l’apparition des plateformes de location de logements en ligne comme AirbnB ou encore HomeAway. « A l’instar des compagnies aériennes low cost, il est très probable que ces plateformes parviendront à étendre leurs services à la classe affaires au-delà de la clientèle touristique» .

Au sein du secteur des télécoms, les opérateurs sont confrontés à une farouche réticence des clients à payer davantage pour de meilleurs produits dès lors qu’ils ont le nécessaire. « Les dépenses consacrées à la recherche et au développement pour des offres à plus forte valeur ajoutée technologique sont de ce fait très difficilement répercutés sur les clients finaux » signale Gérard Moulin.

Le secteur banque et assurance souffre, quant à lui d’un double handicap, de l’avis du gérant d’Amplegest. La rentabilité opérationnelle s’inscrit dans un certain déclin. En outre les barrières à l’entrée sont faibles si ce n’est inexistantes. «Nous avons comme obsession dans notre processus de sélection des titres le repérage d’une forte barrière à l’entrée. Celle-ci peut résider dans une innovation, un savoir-faire, un réseau de distribution étoffé... Nous cherchons à déterminer en premier lieu quelles sont les barrières et à évaluer si celles-ci sont pérennes». Or dans le secteur banque et assurance, les barrières sont surtout des barrières usuelles, juge Gérard Moulin. « 85% des clients de réseaux bancaires choisissent leur agence parce qu’elle n’est pas loin de chez eux. Les positions dominantes qui offrent une relative latitude en termes de pricing power intéressent surtout des marchés de niche » note Gérard Moulin.

Les secteurs en bonne position

Le premier secteur favorable à une hausse du pricing power évoqué par Gérard Moulin est celui des maisons de retraite avec des acteurs comme Orpea ou Korian. Ces sociétés s’inscrivent dans une bonne dynamique notamment en raison du profil type des personnes qu’elles hébergent : des femmes de plus de 80 ans avec plusieurs pathologies. « Le temps de séjour s’étant considérablement raccourci, en moyenne de 18 mois, il est alors propice à des augmentations des loyers pour les nouveaux arrivants » indique Gérard Moulin.

Un autre secteur dans lequel la pratique de la hausse des prix est bien accueillie est celui des spiritueux. « On observe une certaine « premiumisation » des produits. La valeur ajoutée réelle des produits est souvent faible mais le flaconnage, la publicité, le marketing sont tels qu’ils donnent la sensation d’une montée en gamme et permettent alors un accroissement des tarifs. C’est notamment le cas au Japon ou encore aux Etats-Unis » énonce le gérant d’Amplegest.

Les acteurs du luxe et des cosmétiques sont également pleinement plébiscités par Gérard Moulin. Une société comme LVMH constitue la première ligne du portefeuille. Sephora, filiale du groupe, est clairement percçue comme un « category killer ». « Avec un chiffre d’affaires de 12 milliards en constante expansion, l’enseigne jouit désormais de 2000 magasins avec 150 ouvertures en moyenne par an » relève Gérard Moulin.
Le valeur L’Oréal est aussi convoitée en raison de la capacité avérée du groupe à dépenser intelligemment dans le marketing pour atteindre de nouveaux profils de clients et de nouveaux marchés géographiques. « Nous jouons un nouveau L’Oréal numérique, très malin, très agile qui a particulièrement su trouver les moyens de stimuler ses ventes online ».

Les équipementiers automobiles et aériens jouissent au sens de Gérard Moulin d’un changement de statut. Longtemps considérées comme des valeurs cycliques, beaucoup de sociétés de ce secteur sont devenues des sociétés de haute technologie. Ainsi en est-il de Valeo qui est parvenue à planifier un plan stratégique à horizon 2021 ou encore de Safran qui a su préparer la phase d’accélération de la cadence pour son nouveau moteur sorti il y a six ans en mobilisant 150 ingénieurs sur le projet.