Dans un secteur aérien agité par la décision de plusieurs Etats du Golfe de rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar, qu'ils accusent de financer le terrorisme islamiste, Air France-KLM garde le cap. Vers 14h mardi le titre s'adjuge 3,8%, à 10,7 euros, après avoir déjà doublé de valeur cette année (+107%). Air France-KLM signe ainsi la plus forte hausse du SBF 120 depuis le 1er janvier. 

L'association internationale du transport aérien (Iata) a relevé hier ses prévisions pour l'année en cours. Elle prévoit désormais un chiffre d'affaires cumulé dans le secteur de 734 milliards de dollars (contre 736 milliards de dollars prévus en décembre 2016) et des bénéfices de 31,4 milliards de dollars (29,8 en décembre). Bien que ce chiffre soit inférieur à celui de 2016 (34,8 milliards de dollars de bénéfices), il reflète des fondamentaux encore favorables : hausse du trafic passager et du fret, maintien des cours du pétrole à des niveaux historiquement bas.

Le titre du groupe franco-néerlandais profite par ailleurs d'une note de Société Générale publiée vendredi. Selon le bureau d'études, "l'amélioration des recettes unitaires constitue le principal moteur" de l'embellie boursière depuis le début de l'année. "Après une baisse des recettes unitaires au 1er trimestre de 'seulement' 0,5%, contre - 5,3% en glissement annuel au 4e trimestre 16, Air France-KLM a publié avec ses chiffres de trafic d'avril une 'hausse par rapport à avril 2016' du revenu unitaire par siège kilomètre disponible", souligne-il. Un signe positif qui a poussé les analystes à relever leur objectif de cours de 10 à 12 euros, avec une recommandation d'achat.

Turbulences pour les compagnies du Golfe

Air France pourrait en outre bénéficier des difficultés conjoncturelles rencontrées par les compagnies du Golfe. L'interdiction des ordinateurs en cabine pour les vols en provenance du Moyen-Orient, en vigueur depuis le mois de mars aux Etats-Unis ainsi qu'au Royaume-Uni, a entraîné une baisse de 2,8% du trafic de ces compagnies en avril vers les Etats-Unis, "une première" selon l'Iata. Or, certaines étaient déjà confrontées à des surcapacités en 2016 dans un contexte de concurrence internationale accrue.

Face à la menace américaine d'étendre l'interdiciton des ordinateurs à l'ensemble des vols internationaux, le président de l'Iata Alexandre de Juniac (ex PDG d'Air France) est monté au créneau." Nous pensons qu'une telle mesure ne serait pas appropriée", a-t-il indiqué, évoquant des mesures alternatives comme le renforcement des moyens de détection des explosifs et l'amélioration des échanges d'informations sur les passagers entre les Etats. M. de Juniac a également dénoncé la tentation du protectionnisme dans plusieurs endroits du monde car elle crée des "vents contraires" pour l'ensemble de l'industrie. Une industrie qui, malgré ces vents contraires, devrait transporter cette année plus de 4 milliards de passagers, un record.