Le groupe aéronautique européen Airbus a annoncé mardi un accord avec le canadien Bombardier dont il va reprendre la gamme d'avions Cseries, au cœur d'une bataille commerciale avec Boeing. L'avionneur américain accuse en effet Bombardier de vendre son avion à perte et a poussé le gouvernement américain a instaurer des droits de douane 'préliminaires' de 300% sur ce type d'appareils.

L'irruption d'Airbus dans ce bras de fer commercial pourrait changer la donne. Sans bourse délier, l'avionneur européen récupère une participation majoritaire (50,1%) dans le programme et entend doper les ventes, au point mort depuis un an et demi. Pour ce faire, il mettra à contribution sa force de frappe commerciale et en matière d'approvisionnement afin de permettre au Cseries de trouver sa place sur le marché très concurrentiel des monocouloirs de 100 à 150 places.

Avec 360 exemplaires vendus depuis son lancement commercial, en 2004, le CSeries est encore loin de son seuil de rentabilité (800 appareils). «Ceci est un accord gagnant-gagnant pour tout le monde!», s'est réjoui le PDG d’Airbus, Tom Enders, cité dans un communiqué. «Je n’ai pas de doute que notre partenariat avec Bombardier va gonfler les ventes et la valeur de ce programme énormément.» 

«Airbus est le partenaire parfait pour nous», a de son côté estimé Alain Bellemare, le PDG de Bombardier, alors que les deux groupes avaient déjà envisagé un rapprochement il y a deux ans. 

Boeing pris à son propre piège

"La beauté de l'opération réside dans sa gratuité (relative car des investissements seront nécessaires)", a commenté Tangi Le Liboux, analyste marchés chez Aurel BGC, cité par l'agence Reuters. "Airbus ne dépensera pas un euro à court terme mais s'engage à apporter son savoir-faire industriel et commercial au service du programme CSeries."

"L'avionneur européen se renforce ainsi sur un segment de marché qu'il avait délaissé, celui des moyen-courriers de moins de 140 sièges", a-t-il ajouté. Selon Scott Hamilton, analyste chez Leeham Co, l'engagement d'Airbus dans le Cseries, un avion de 110 à 130 sièges, signe peut-être l'arrêt de mort de l'A319, le plus petit modèle de la famille A320, dont le groupe européen n'a pas vendu un seul exemplaire depuis des années.

L'opération est surtout un pied de nez à Boeing et à ses menées contre l'avion canadien. Le siège du programme Cseries ainsi que la ligne d’assemblage principale resteront au Québec, ont indiqué Airbus et Bombardier. Cependant les appareils à destination des compagnies américaines pourraient être assemblés dans l'usine Airbus de Mobile, en Alabama, ce qui permettrait de contourner les droits de douane mis en place par le Département du Commerce. "L'assemblage aux Etats-Unis peut résoudre ce problème", a confirmé Alain Bellemare lors d'une conférence de presse organisée à Toulouse.

Sachant que le marché américain représente environ 30% des ventes de Cseries à ce jour, ce ne serait pas neutre. Suite à cette annonce la compagnie américaine Delta Air Lines, qui avait confirmé la semaine dernière sa commande de 75 appareils à Bombardier, s'est dite impatiente d'incorporer les avions à sa flotte. Boeing a quant à lui dénoncé "un accord contestable entre deux concurrents subventionnés par l'Etat". 

Ces annonces parviennent en tout cas à faire oublier les enquêtes pour corruption dont Airbus a annoncé faire l'objet ces derniers jours. A la mi-journée le titre gagne 2,3% sur un marché parisien en baisse de 0,05%.