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Espace: Bruxelles se place en orbite avec fracas

Espace: Bruxelles se place en orbite avec fracas

(Easybourse.com) C'est désormais la Commission européenne qui chapeaute l'industrie spatiale européenne. Elle veut toutefois revoir sa structure qu'elle juge trop concentrée et pas assez compétitive. Les industriels s'insurgent.

La Commission Européenne n'aime pas les oligopoles, c'est bien connu ! Elle les aime encore moins lorsque ceux-ci sont défendus par des intérêts politiques. Et Bruxelles a tendance à prendre au pied de la lettre sa mission de créer un marché unique européen… L'industrie spatiale n'y échappera peut-être pas. En effet, depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, c'est la Commission Européenne qui coordonne le secteur. L'Agence spatiale européenne sera désormais sous la coupe de la Commission. Celle-ci a d'ores et déjà établi son diagnostic : pas assez de concurrence, pas assez de PME, pas assez

La space policy de Bruxelles ne peut pas se réduire à une redistribution des fonds aux PME

compétitive… Une rengaine qui a le don de faire hurler les industriels. «La Commission semble n'avoir aucune compréhension des mécanismes fondamentaux de l'industrie spatiale mondiale» s'insurge Frédérique Auque, président exécutif d'EADS Astrium dans une interview aux Echos. Le patron d'Astrium estime que la Commission s'égare en imaginant que les PME sont de taille à exporter. «Qui va se frotter aux américains à l'export ?» s'interroge-t-il. «Tous les pays soutiennent leur industrie (spatiale, ndlr), sauf l'Europe» a-t-il ajouté.

Deux acteurs, 60% des effectifs

La Commission n'est pas de cet avis. Elle a publié un prérapport sur le secteur où elle a identifié un certain nombre de problématiques. Le premier d'entre eux est la très forte concentration du secteur entre deux acteurs, à savoir EADS Astrium et Thalès Alenia Space. «La space policy de Bruxelles ne peut pas se réduire à une redistribution des fonds aux PME» s'insurge un analyste du secteur. «L'allocation en R&D est essentielle pour ce secteur, même pour les plus gros» estime-t-il. Ainsi ces deux constructeurs concentrent près de 60% des effectifs en Europe. Astrium, filiale à 100% d'EADS, construit satellites et lanceurs, dont la fameuse famille Ariane. L'entreprise a réalisé un chiffre d'affaires de 4,8 milliards d'euros en 2009 (+12%) avec un carnet de commandes de plus de 14 milliards d'euros. Thalès Alenia Space est le fruit de la fusion en 2007 détenu par Thalès et l'italien Finmeccanica. Il réalise 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans la construction de satellites.

En début d'année, la Commission a attribué en guise de leçon, le premier lot de 14 satellites du programme Galileo à OHB, une PME allemande. Le système de guidage satellite européen doit être mis en service en 2014, et Louis Gallois, patron d'EADS, espère qu'Astrium sera mieux placé pour les prochains lots. En fait, le recours aux PME irait beaucoup plus loin d'après les idées avancées par la Commission. Partage des contrats entre plusieurs entreprises, obligations de recours à la sous-traitance… «La Commission fait semblant d'ignorer les économies d'échelles nécessaires pour amortir les coûts qui fait parti du modèle économique de l'industrie spatiale» déplore un analyste.

Le «juste retour géographique» en question

Les gouvernements pourraient également être froissés par les projets de la Commission. Bruxelles veut mettre un terme au principe de «juste retour géographique». Ce principe implique que la répartition des investissements soit proportionnelle aux efforts de chacun. «Inefficient !» a jugé Bruxelles qui ne voit dans ce principe que doublons et redondances de compétences. «Sans le principe de juste retour géographique, la mutualisation des moyens aurait été insuffisante pour construire l'industrie spatiale européenne» nuance un analyste. «L'Agence spatiale européenne a toujours su contourner et gérer l'écueil des doubles compétences» ajoute-il. Si l'industrie spatiale européenne a atteint un degré de maturité technologique significatif, elle ne devra toutefois pas renoncer aux investissements en R&D. Reste à savoir si elle peut désormais s'autofinancer. A cet égard, la Commission ne pourra pas se passer des géants du secteur, seuls capables de mobiliser les financements suffisants. En clair, elle ne pourra pas mener de politiques spatiales par la contrainte, elle devra agir de concert avec les industriels.
Nabil Bourassi

Publié le 17 Septembre 2010

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