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Aviation régionale: un marché en mutation avancée

Aviation régionale: un marché en mutation avancée

(Easybourse.com) Avec la crise financière mondiale, le marché des avions régionaux a été sérieusement affecté, poussant ses principaux acteurs, dont Bombardier et Embraer, à repenser en profondeur leur modèle économique et leur positionnement technologique...

En 2010, le marchés des avions régionaux et d'affaires (entre 70 et 130 places et moins de 30 places) représentait un peu plus de 2 000 appareils, soit 19 milliards de dollars de chiffre d'affaires, selon les données fournies par le constructeur privé Gamma. La crise est passée par là.

Avions régionaux: un marché en mutation


Preuve que cette activité est "extrêmement sensible aux fluctuations de l'environnement économique" comme le souligne Bruno Goutard, analyste spécialisé du secteur aéronautique chez Euler Hermes : en 2007, "ce segment représentait un peu plus de 4 000 appareils". La récession est donc passée par là, mais n'a pas seulement impacté ce marché, celui des avions régionaux a également souffert de la crise économique et financière mondiale.

Le marché des avions régionaux est un marché beaucoup plus volatil que celui des gros porteurs

"Le marché des avions régionaux est un marché beaucoup plus volatil que celui des gros porteurs" estime ainsi Antoine Nodet, spécialiste Aéro-Défense et associé-gérant chez AA Fineval. D'après lui, "les cycles d’activités sont en effet plus courts chez les constructeurs d'avions régionaux, dans la mesure où les vols régionaux sont souvent opérés par des compagnies de petite taille qui sont, de fait, plus sensibles à la conjoncture."

Des compagnies aériennes qui, par ailleurs, sont elles-mêmes soumises à leur propre logique économique. Une logique qui les poussent à acheter des appareils répondant à leurs besoins, amenant inévitablement les avionneurs à se positionner en fonction d'eux. Comme le rappelle Antoine Nodet, "dans une compagnie aérienne régionale, la moitié des coûts de fonctionnement provient du carburant et du personnel volant."

Pour les compagnies aériennes, la tendance consiste donc à augmenter le nombre de passagers par avion, puisqu'avec un avion de grande capacité, le nombre de personnels volants n'est pas beaucoup plus élevé et que la quantité de carburant nécessaire, rapportée au nombre de passagers, est logiquement réduite.

Les plus petits appareils devraient voir leur nombre diminuer au fil du temps

En outre, tout le monde souhaite prendre l'avion près de chez lui, mais personne ne veut habiter à proximité d'un aéroport. "Il y a donc une double logique, juge Bruno Goutard : celle économique et financière des compagnies aériennes, et puis cette logique de capacité aéroportuaire dans des zones de saturation avérée pour les principaux aéroports, tout cela dans une perspective d'accroissement de la demande."

Dès lors, selon Antoine Nodet, "l'une des solutions à ce paradoxe est de faire croitre la taille, et donc les capacités, des avions régionaux." Et de conclure que "les plus petits appareils devraient voir leur nombre diminuer au fil du temps, tandis que ce sont les moyens porteurs qui vont voir leur part augmenter." Un phénomène qui s'observe également dans le cas des gros porteurs, comme le démontre l'exemple du très gros porteur A380 d'Airbus.

Vers la fin du duopole Airbus/Boeing

Les prévisions de Bombardier confirment d'ailleurs cette évolution du marché. Les 20-59 places devant passer de 3 700 unités en 2009 à 1 300 en 2029, tandis que les 60-99 places passeraient de 2 200 à 7 000, et les 100-149 places, de 5 300 à 9 000.

Les perspectives de développement et de croissance se trouvent bel et bien sur le marché des avions de 120 à 200 places

Sur les vingt prochaines années, les spécialistes du secteur tablent sur 25 000 appareils vendus, soit un peu plus de 3 200 milliards de dollars. Pour l'essentiel, soit près de 70%, ces avions seront des moyens porteurs. Il ne fait donc aucun doute pour Bruno Goutard que "les perspectives de développement et de croissance se trouvent bel et bien sur le marché des avions de 120 à 200 places".

Dans ce contexte et face à la volatilité excessive de ce marché, la stratégie de développement des principaux acteurs de l'aviation régionale apparait pour le moins naturelle, pour ne pas dire forcée. En effet, le duopole dans lequel se sont confortablement installés Airbus et Boeing montre des signes de fissure, que les entreprises chinoise, russe et canadienne tentent d'exploiter en pénétrant sur le marché bien plus lucratif des avions commerciaux...
Nicolas Sandanassamy

Publié le 01 Juin 2011

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