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Avec le Dreamliner, Boeing montre ses muscles

Avec le Dreamliner, Boeing montre ses muscles

(Easybourse.com) L'avion du constructeur américain doit enfin voler cette année après trois années de retard. Il marque l'offensive de Boeing sur les longs-courriers et sa capacité d'innovation technologique et industrielle.

«Quand nos clients utiliseront cet avion, ils nous pardonneront le fait qu'il soit arrivé avec un peu de retard», a déclaré le patron de Boeing Commercial Airlines, Jim Albaugh, lors d'une cérémonie à l'usine d'Everett, dans l'Etat de Washington. Malgré trois années de retard, le Dreamliner garde l’antériorité sur l’A350 d’Airbus, son rival, qui ne sera pas mis en service avant 2013. Ouf ! Car si la bagarre est sans concession sur les moyens-courriers, Boeing se prévaut de garder la haute-main sur tout le segment long-courrier où son catalogue est autrement plus fourni que celui d’Airbus. Avec les B747 (plus de 400 places) et le B777 (plus de 300 places), le catalogue répond à tous les besoins des compagnies grâce à des caractéristiques spécifiques. « Certes, le succès du B777 repose sur son rayon d’action et sa capacité. Mais l’A350, dans sa version la plus longue, après définition définitive de ses caractéristiques, sera vraisemblablement un concurrent crédible », estime Bruno Goutard.. Mais l’essentiel pour Boeing est de rester offensif sur le segment des longs-courriers moyens-porteurs, les plus demandés, d’où l’importance stratégique du Dreamliner. Il sera d’ailleurs moins cher que son homologue européen…

Boeing veut mieux partager le risque dans un environnement économique difficile et où les subsides publics sont beaucoup plus contrôlés



Avec le Dreamliner B787, Boeing rêve de reproduire le succès d’Airbus avec son A320 NEO très économe en carburant. L’avion de l’européen s’est vendu à plus de 1 200 exemplaires. Le Dreamliner doit faire économiser près de 20% de carburant par rapport à son prédécesseur. Sur des lignes longs-courriers, cet argument sera décisif auprès des compagnies aériennes soucieuses de renouveler leur flotte vieillissante dans un contexte de prix du pétrole élevé, et qui sera amené à le rester…

Cette performance énergétique est le résultat d’un recours massif aux matériaux composites. 50% du B747 est fabriqué à base de matériaux composites ce qui permet d’alléger la structure. «L’utilisation à grande échelle de matériaux composites est un véritable challenge technologique et industriel. L’acquis d’expérience sera intéressant pour le développement de nouveaux programmes», explique Bruno Goutard.

Fabriquer un avion comme un iPhone


Le projet initial du Dreamliner devait consacrer une nouvelle configuration industrielle en accélérant le recours à la sous-traitance. Sur ce programme, l’objectif était d’atteindre une part de 80% d’externalisation de la production… Mais celle-ci ne s’élèvera qu’à 60%.«Les avionneurs ont toujours été, à des degrès divers, des intégrateurs de sous-ensembles produits par les equipementiers. L’intérêt d’aller encore plus loin dans l’implication de ces derniers en leur confiant davantage de poids dans la conception et la fabrication des appareils de prochaines générations s’explique par la nécessité pour les constructeurs de mieux partager le risque financier croissant que constitue un nouveau programme, du fait, entre autres, d’un environnement économique offrant de moins en moins de visibilité et où les soutiens publics dans les phases de développement sont désormais sous haute surveillance», analyse Bruno Goutard.

Cette nouvelle architecture industrielle est une véritable aubaine pour les équipementiers aéronautiques qui se voient confier de nouvelles tâches, mais qui, en échange, rivalisent d’investissements en R&D pour rester compétitifs ou en acquisitions pour dégager des économies d’échelles. Ils envisagent également de délocaliser dans les pays émergents. Résultat, les avions sont conçus par Boeing mais la production est de plus en plus assurée à l’étranger… un peu comme un iPhone ! En réalité, Boeing garde la main sur l’assemblage mais veut se concentrer sur les activités à plus forte valeur ajoutée à l’image d’Apple. L’avionneur met en place une véritable division internationale du travail.

Boeing se montre plus offensif sur le segment du B787 contrairement aux moyens-courriers… Sur le plan industriel également, Boeing est à la manœuvre pour rester compétitif et maintenir sa capacité d’innovation tout en limitant le risque financier. A travers le Dreamliner, le constructeur américain a montré qu’il entendait bien garder l’initiative tranchant avec la passivité de ces dernières décennies…
Nabil Bourassi

Publié le 04 Septembre 2011

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