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Airbus A320 NEO: la bataille des moyens-courriers est relancée...

Airbus A320 NEO: la bataille des moyens-courriers est relancée...

(Easybourse.com) En annonçant une remotorisation de son moyen-courrier, Boeing tente de rattraper Airbus et le succès de son A320 NEO. Les tergiversations de l'américain sur ce sujet ont favorisé l'européen qui a déjà enregistré plus de 1200 commandes. Mais le jeux sont encore loin d'être faits...

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Les prochaines années marqueront un tournant dans l’histoire de l’aéronautique mondiale. Ce sera d’abord la fin du duopôle américano-européen, en tout cas sur le segment des moyens-porteurs. Brésiliens, Chinois, Russes et Canadiens se bousculent dans les salons internationaux pour présenter leurs monocouloirs qui devraient voler d’ici 2016.

La bagarre promet d’être sanglante. Il faut dire que ce segment est le plus important en termes de volumes, mais le plus faible en valeur. Les monocouloirs sont peu rentables, mais permettent de faire tourner les lignes de production grâce à un effet volume, essentiel dans cette industrie. Il y a encore un an toutefois, Airbus et Boeing n’avaient pas encore tranché la problématique d’un renouvellement de leur gamme moyen-courrier. Fallait-il repenser totalement l’avion ou simplement le remotoriser ? La première option n’envisageait pas de commercialisation avant 2025 ou 2030 alors que la seconde permettait un lancement plus précoce. Pour Airbus, 2025 était une échéance beaucoup trop longue compte tenu du fait que le Comac chinois allait être équipé d’une nouvelle génération de réacteurs plus performants. A l’inverse, une remotorisation impliquait un investissement de 1,6 milliard d’euros et nécessitait des ressources d’ingénierie déjà mobilisées autour de projets prioritaires : l’A350, la montée en cadence de l’A380 et l’avion militaire A400M. Airbus sait qu’il faut néanmoins prendre l’initiative s’il veut s’accaparer une part conséquente de ce marché qu’il estime à 18 000 unités dans le monde dans les vingt prochaines années. L’avionneur européen décide donc de remotoriser son moyen-courrier baptisé A320 NEO. Proposé aux compagnies aériennes, ce nouvel avion qui doit voler dès 2015 a rencontré un succès au-delà de toute espérance. Avec l’envolée des cours du pétrole et l’intensification des réseaux moyens-courriers que ce soit dans les pays émergents et en Europe, l’A320 NEO arrive à point nommé puisqu’il offre une économie de carburant de 15% par rapport au modèle précédent.

L'électrochoc American Airlines...

Boeing, de son côté, a tergiversé. Il n’a pas saisi l’urgence des compagnies à résoudre la problématique d’un pétrole trop cher. Au salon du Bourget, une porte-parole s’est même aventurée à déclarer que «l’actuel B737 resterait de toute façon plus économique que le futur A320 NEO». Arrogance ? Cela a en tout cas renforcé le sentiment que l’A320 NEO serait la seule option pour constituer une flotte compétitive et les compagnies se sont donc précipitées en achetant plus de 1200 exemplaires de cet appareil en moins d’un an. Il s’agit du plus grand succès commercial d’un avion encore en développement. Mais c’est la conclusion du plus grand contrat de l’histoire de l’aéronautique qui a produit un électrochoc chez l’américain. «Boeing a réalisé les conséquences de ses

Les jeux ne sont pas encore faits malgré l’avance d’Airbus sur les monocouloirs remotorisés

atermoiements en particulier lors des négociations avec American Airlines qui a finalement privilégié l’avion européen»,
estime Bruno Goutard, analyste aéronautique chez Euler Hermès. Airbus a, en effet, obtenu la majeure partie de la commande de la compagnie américaine avec 625 avions contre 300 pour Boeing (fermes et options comprises). D’après Bruno Goutard, «Boeing a, peut-etre, compté sur ce qu’il considerait comme étant son pré carré commercial face à Airbus». Sur l’enjeu majeur que représente le renouvellement de la flotte nord américaine vieillissante , il n’y a plus guère de place pour les préférences nationales et seules les considérations financières guideront les décisions. «Plus largement, les jeux sont très loin d’être faits, malgré l’avance accumulée par Airbus, lors des derniers mois, sur les monocouloirs remotorisés», temporise Bruno Goutard.

Lors des négociations avec Delta Airlines, Boeing a ainsi changé son fusil d’épaule dans l’urgence. La compagnie américaine finit par annoncer qu’elle passe une commande de 100 B737-900 remotorisés alors même que l’avionneur n’a ni officialisé ni détaillé son projet. Aujourd’hui, avec le B737 Max, l’avionneur américain espère rattraper son retard. Il affirme avoir d’ores et déjà enregistré près de 500 commandes mais sans divulguer le nom des compagnies. Si elles étaient confirmées, il s’agirait d’un bon départ pour le nouveau monocouloir de Boeing…
Nabil Bourassi

Publié le 04 Septembre 2011

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