Espace Aéronautique - News, articles, interviews et dossiers

Fusion EADS-BAE Systems : les clés pour comprendre

Fusion EADS-BAE Systems : les clés pour comprendre

(Easybourse.com) La fusion annoncée entre l'avionneur européen EADS et le groupe britannique BAE Systems soulève de nombreuses questions en France et dans les différents pays concernés. Si la création d'un leader mondial de l'aéronautique et de la défense semble être un bel objectif, il est encore difficile d'évaluer son impact pour l'industrie européenne et pour les actionnaires. A deux semaines de la date butoir du 10 octobre, le point sur ce mariage sous haute tension.

Interview de Damien Lasou

Interview

Damien Lasou

responsable Aéronautique et Défense

Accenture

Dans deux semaines, le 10 octobre exactement, les états-majors d’EADS et de BAE Systems sont censés dire si leurs discussions en vue d’un rapprochement ont abouti. Autant dire que les tractations entre les deux industriels, mais aussi entre gouvernements et actionnaires vont bon train. L’enjeu est énorme, puisqu’il s’agit de créer un nouveau champion européen qui règnerait en maître sur les marchés mondiaux de l’aéronautique et de la défense. Son chiffre d’affaires, estimé à 75 milliards d’euros par an, le placerait devant Boeing et tous les autres groupes du secteur, principalement américains.

Du point de vue d’EADS, ce projet permettrait de rééquilibrer ses activités aujourd’hui dominées par Airbus et l’aéronautique civil (70% du chiffre d’affaires), au profit de la défense. BAE Systems est en effet le numéro trois mondial de la défense et a ses entrées sur des marchés-clés comme les Etats-Unis. A lui seul, le marché américain représente 40% du chiffre d’affaires du groupe, là où EADS n’en réalise qu’une petite partie. Pour BAE, l’enjeu est également celui d’une diversification de ses activités, à l’heure où les budgets militaires – américain en particulier- se contractent. Ensemble, les deux groupes peuvent espérer capter une bonne partie de la croissance du marché mondial de l’aéronautique et de la défense, tirée par la demande des pays émergents.

Un projet complexe

Pour autant, les analystes se montrent sceptiques sur les bénéfices à court terme d’une fusion. La plupart ont d’ailleurs abaissé leurs recommandations sur les titres des deux groupes ces dernières semaines. « La création du premier groupe aéronautique-défense mondial permettrait certes un équilibre des activités civiles et militaires (46% vs. 24% du CA) et lisserait certainement le profil de génération de cash mais la complexité de l’organisation à mettre en place, les barrières à la génération rapide de synergies et l’incertitude sur l’ampleur des coupes budgétaires ne nous permettent pas de conserver une opinion acheteuse sur le titre », explique ainsi le courtier Oddo Securities.

Le projet est en effet complexe, car il touche à une industrie stratégique, la défense, et risque de bouleverser les rapports de forces au sein des deux groupes. EADS, né de la volonté de plusieurs Etats européens (France,

Nous posons beaucoup de questions concernant l'intérêt stratégique d'une telle fusion (Moscovici)

Allemagne, Espagne) de créer un champion industriel rassemblant les compétences acquises au niveau national, est aujourd’hui étroitement contrôlé par un pacte d'actionnaires liant l'Etat français, qui détient 15% du capital, le constructeur automobile allemand Daimler (22%) et le groupe français de médias Lagardère (7,5%). De son côté, BAE Systems présente un actionnariat beaucoup plus éclaté, même si l’Etat britannique dispose d’une « golden share » (action en or) qu’il exerce en cas de menace sur ses intérêts nationaux.

La volonté des dirigeants de BAE et d’EADS est de limiter au maximum l’influence des Etats dans le futur ensemble, en incitant les Etats à se désengager du capital tout en attribuant à chacun une « golden share ». Mais ces derniers, se montrent très réticents et exigent au contraire des garanties sur les retombées de la fusion. « Nous posons beaucoup de questions concernant l'intérêt stratégique d'une telle fusion, les conséquences industrielles, les synergies possibles entre les deux entreprises, la gouvernance de l'entité, l'avenir de notre industrie de défense et l'emploi en France », a reconnu la semaine dernière le ministre de l'Economie français, Pierre Moscovici. Paris ne veut « en aucun cas renoncer à sa part dans EADS », a affirmé de son côté le journal allemand Handelsblatt, ce qui pourrait être rédhibitoire pour la fusion. La Grande-Bretagne craint en effet que la présence française au capital du futur ensemble ne pénalise les ventes de BAE Systems aux Etats-Unis. (voir aussi : La France moins présente dans le futur ensemble EADS-BAE Systems).

Valorisations contestées

Outre ces questions de gouvernance, la valorisation des deux groupes fait encore débat parmi les analystes. Dans leur projet, EADS et BAE envisagent que les actionnaires d'EADS aient des droits sur 60% d'un futur groupe, contre 40% pour les actionnaires de BAE. Cette répartition « ne prend pas suffisamment en compte l'évolution nettement plus favorable de l'activité et de la profitabilité d'EADS », estime le courtier CM-CIC Securities. La stratégie de BAE Systems de se concentrer sur le seul secteur de la défense trouve aujourd’hui ses limites avec la baisse des dépenses militaires américaines, et le groupe affichait à fin juin 2012 un carnet de commandes de seulement 50 milliards d’euros, contre 550 milliards d’euros pour EADS.

« La parité 60-40 se justifie si l'on regarde les résultats des deux sociétés attendus pour 2013, analyse Yann Deroclès, spécialiste du secteur chez Oddo Securities. En revanche, sur un horizon à 4-5 ans, en prenant en compte l'accélération de la génération de cash d'EADS, la parité ressort plutôt à 75-25 ». C’est ce qui expliquerait la chute du titre EADS depuis l’annonce du projet de fusion. En deux semaines, ce dernier a perdu 12% et effacé l’essentiel de ses gains depuis le début de l’année. Si elle se concrétise, la fusion risque de peser à court terme sur le cours du groupe, mais à moyen terme, ce géant des airs pourrait faire le bonheur des investisseurs.

François Schott

Publié le 27 Septembre 2012

OK, tout accepter
Fermer