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Interview de Olivier Zarrouati : PDG de Zodiac

Olivier Zarrouati

PDG de Zodiac

La croissance du trafic aérien se réduit mais reste loin de la crise

Publié le 24 Septembre 2008

Vous venez de publier un chiffre d’affaires en progression de 13,5% en organique au quatrième trimestre 2008. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?
Nous sommes assez satisfaits de ce chiffre d’affaires du quatrième trimestre, et de la progression de 10,3% sur l’ensemble de l’année. Mais ces chiffres ne constituent  pas une surprise. Ils sont conformes à l’indication que nous avions donnée il y a un an.

La bonne surprise dans le contexte actuel, c’est que la prévision soit tenue. Nos métiers restent des métiers à forte visibilité.

Quels ont été les moteurs de croissances sur cette période ?
A la fois les produits neufs et la rechange.

Concernant les produits neufs, la production d’avions demeure excellente, au plus haut des capacités actuelles des fabricants d’aéronefs. Ceci est non seulement le cas des deux géants du secteur, Airbus et Boeing, mais c’est également vrai pour Embraer, Bombardier ou Dassault. Les fournisseurs d’avions régionaux ou d’affaires sont dans la même logique que les fabricants d’avions commerciaux…

Dans le domaine aéronautique, les usines tournent aujourd’hui à plein rendement. Et la capacité installée est insuffisante pour répondre à la demande en appareils neufs. Ceci a également pour conséquence qu’il y a peu d’annulations de commandes. Les carnets des avionneurs affichent sept années de production, par conséquent, même une compagnie en situation difficile hésitera à annuler sa commande et va plutôt la conserver pour maintenir son rang dans la file d’attente. Et quand bien même elle ne parviendrait pas à prendre livraison de son appareil, elle cherchera plutôt à céder son créneau de livraison à une autre compagnie au lieu de tout simplement le libérer. Dès lors, les prévisions de charge des avionneurs n’ont absolument pas diminué.

Quant à l’après-vente, l’activité reste soutenue parce que, tout simplement, les avions volent, et que le business model des équipementiers aéronautiques n’est pas celui des compagnies aériennes. Ces dernières peuvent gagner plus ou moins d’argent sur leurs opérations, mais tant que les avions volent, ils ont besoin d’être entretenus. Et cette maintenance est réglementaire, elle n’est peut être différée.

Si bien que si les avions volent, ils génèrent de l’après-vente. Le seul moment où ce ne serait pas le cas, c’est si les compagnies cessent de faire voler leurs avions, et pour cela il faut qu’elles libèrent les créneaux aéroportuaires dont elles disposent, ce qui est une décision très lourde… 

Mais pour le réaménagement des anciens appareils, les analystes attendent également une plus faible croissance…
Aujourd’hui, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a adopté un ton très alarmiste, mais ceci n’est pas étonnant de la part d’une association de lobbying des compagnies aériennes. Cela étant, quand on regarde les chiffres, on voit que la croissance du trafic aérien se réduit mais on est encore loin de la situation de crise gravissime qui est actuellement commentée à l’envie dans la presse. Nous sommes toujours en croissance.

Il faut aussi se souvenir que lors de la précédente crise, après le 11 septembre 2001, le trafic a chuté… A ceci s'ajoutait une crise économique, le SRAS, le début de la guerre en Irak. Or malgré ce contexte, les équipementiers sont restés bénéficiaires…

Nombre d’analystes considèrent que l'affaiblissement des perspectives du secteur aérien et l'effondrement attendu des résultats des compagnies sur fond de montée des prix du pétrole risquent d’avoir un impact important sur vos résultats. Qu’en pensez-vous ?
Nous observons simplement que les avions continuent de voler, que les passagers ont toujours besoin d’être transportés, et si on se place dans une perspective longue, nous restons optimistes.

Il est vrai que le pétrole est aujourd’hui plus cher, mais encore une fois, si on veut se placer dans une perspective longue, on peut dire que le transport aérien, autour d’un équivalent baril d’une centaine de dollar, reste pérenne. Par conséquent, sur le long terme nous restons optimistes.

Avez-vous ressenti les effets de l’envolée des prix du pétrole (en tant que matière première) sur vos activités d’équipementier aéronautique ?
Les prix des matières premières ont effectivement augmenté. Mais pour nous l’impact est négligeable. Les matières premières que nous achetons, sont des matières premières déjà très ennoblies par différentes transformations. Nous achetons par exemple des cartes électroniques sur lesquelles nous plaçons nos propres composants… Nous achetons également des tissus qui sont effectivement dérivés du pétrole, mais qui sont très transformés et incorporent beaucoup de main d’œuvre… Globalement, les prix de nos achats restent maîtrisés.

Pourriez-vous nous fournir quelques détails sur l’état de votre carnet de commandes ? Avez-vous déjà enregistré des reports importants ?
Nous avons eu quelques reports de commandes, mais qui ont été immédiatement remplacées par de nouvelles. Par ailleurs, le carnet de commandes n’est pas un indicateur que nous avons l’habitude de publier, dans la mesure où il s’agit d’une notion pour laquelle il existe trop de définitions en vigueur et parce que, finalement, nous ne considérons pas cela comme une notion comptable.

Pour les produits neufs, ce sont les carnets de commandes des avionneurs qui sont le meilleur indicateur de nos perspectives. Ceci est lié à notre modèle économique. Si nous sommes sélectionnés sur un programme, les appareils sont certifiés pour voler avec nos équipements, et pas d’autres.

Tout cela pour dire que nous n’avons pas de chiffres à donner, mais en termes de perspective, notre visibilité aujourd’hui n’est pas moins bonne qu’elle ne l’était il y a un an.

Le chiffre d’affaires de la branche Technology a reculé, de 8,5%, à cause des activités airbag en net repli. Quelles perspectives entrevoyez-vous pour ce secteur ?
Dans la branche Technology, il y a deux activités : la division télémesure et la division airbag. La première continue de bien se comporter, à être rentable et à progresser. En revanche, la division airbag régresse en chiffre d’affaires mais se maintient en profit.

Autrement dit, l’analyse que nous avons faite sur les produits automobiles et sur ce secteur, nous a conduis à penser qu’il ne faut pas chercher la croissance mais la rentabilité, tout en défendant nos positions (technologique et de marché)… Il faut donc accepter de vendre moins mais mieux.

Nous pourrions d’ailleurs céder cette activité. Il faudrait pour cela que nous puissions la vendre à un prix qui reflète ses perspectives de rentabilité, qui sont tout de même bonnes. Or le marché de l’automobile est tel aujourd’hui que ses acteurs ne sont pas suffisamment en bonne santé pour se permettre de réaliser ce genre de transaction.

Rappelons en outre que l’activité airbag n’est pas suffisamment importante pour nous impacter autrement que de façon très marginale…

Qu’attendez-vous des rachats de Driessen, TIA et Adder ?
Il s’agit de sociétés tournées vers l’aménagement intérieur. Ainsi, Driessen est le leader mondial dans le domaine des trolleys et des galleys pour avions monocouloirs (famille A320, et B737)…  Ces produits sont complémentaires de nos activités de C&D et de sièges, et nous devrions donc tirer des synergies commerciales de cette acquisition.

Adder est une petite société qui produit notamment des séparateurs de classe que l’on trouve dans les cabines d’avions. Adder détient une très bonne position de marché dans cette petite niche, qui nous permet de consolider notre position dans le domaine des intérieurs de cabine…

Enfin, TIA, est une société spécialisée dans les équipement de cuisine que l’on appelle «inserts» en anglais, c'est-à-dire l’électroménager. Elle détient elle aussi une très belle position de marché dans ces équipements, en particulier à destination des avions d’affaires. Cette activité nous permet de renforcer notre position sur ce type d’équipements. Cette opération est particulièrement intéressante, dans la mesure où nous venons d’être sélectionnés pour fournir les équipements de l’A350. Nous considérons qu’il y a une bonne synergie technologique entre les produits de TIA et ceux que nous allons vendre à Airbus dans un premier temps, pour le programme A350. Ensuite, nous essaierons de développer cette ligne de produits de façon plus large…

Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy