Interview de Marc Riez : Directeur général de Vega Investment Managers

Marc Riez

Directeur général de Vega Investment Managers

Nous nous sommes renforcés sur Valeo et nous avons débuté une exposition sur Vinci

Publié le 28 Avril 2015

Quel regard portez-vous sur le rallye des actions françaises depuis le début de l’année ?
La vigueur du mouvement haussier ne nous inquiète pas outre mesure. Il s’explique aisément par le quantitative easing de la Banque centrale européenne. Celle-ci est censée acquérir l’équivalent de 60 milliards d’euros de titres de dette tous les mois jusqu’ à septembre 2016. Nous ne sommes qu’à deux mois environ du début de ce programme.
Par ailleurs, nous sommes face à une absence criante d’alternatives d’investissement intéressantes. Plus de 40% du gisement des taux souverains européens se situent en dessous de 0. Les rendements offerts par les obligations d’entreprises de bonne qualité mais aussi par les obligations d’entreprises plus risquées se sont en conséquence énormément amoindris.
Parallèlement, le marché des actions américaines se veut moins attrayant. Les valorisations sont extrêmement élevées et la dynamique bénéficiaire est moins vive. La remontée du dollar et le repli du cours du baril affectent de manière plus ou moins prononcée les entreprises américaines.
Enfin, des risques sont clairement palpables dans les autres grands marchés actions, en particulier dans la sphère émergente.

Comment expliquez-vous l’ampleur inattendue du rallye ?

Tout d’abord par la dimension du QE. Beaucoup n’anticipait pas le montant des 60 milliards avancé ou même l’horizon temporel indiqué. Le sentiment selon lequel le prix du baril de pétrole allait demeurer à un niveau bas n’était pas dominant. La hausse du dollar contre l’euro n’était pas présagée avec une telle intensité.
Ce sont tous ces éléments qui n’avaient pas été bien appréciés qui expliquent la force du rallye. Sans oublier le fait que par nature les marchés ont tendance à aller plus vite que ce qui était imaginé au départ.

Est-ce qu’une pause s’impose selon vous ?
On observe que les corrections liées à une mauvaise nouvelle sur le front macroéconomique ou politique sont très vite résorbées. Rapidement, un afflux de liquidité réapparait. Aussi, il me semble que le marché n’est pas encore suffisamment mûr pour un trou d’air durable. Ce d’autant plus que les résultats publiés par les entreprises sont de bonne facture. Si la croissance organique est très molle, l’effet devise joue à plein, de manière plus importante que prévu, de 9% à 13%. Qui plus est, certains dossiers présentent toujours des valorisations attrayantes. Un titre comme Société Générale se traite avec une décote de 13% par rapport à sa valeur comptable.
Un essoufflement pourrait avoir lieu ultérieurement. Mais ce n’est pas encore le moment.

La poursuite du rebond doit être à présent nourrie par une hausse des bénéfices. Le consensus table sur une variation positive de 15%. Qu’en pensez-vous ?

En premier lieu, je pense qu’on a tort de limiter la hausse du marché à la hausse des bénéfices. Les considérations relatives à l’abondante liquidité, à l’absence d’alternatives intéressantes, à l’amélioration de la confiance sur fond d’une embellie de la macroéconomie, à la multiplication des opérations capitalistiques doivent être pleinement appréhendées.
A présent le puissant levier opérationnel dont disposent les entreprises européennes consécutivement à leurs efforts sur les couts, autorise un niveau minimum de 12-13%. Nous pourrions aller bien au-delà.

Quels sont les principaux risques identifiés ?
Le principal risque que j’identifie à moyen terme, autrement dit pour 2016, est le rythme de remontée des taux par la Réserve fédérale américaine. Des flux très conséquents se sont positionnés sur les actions de la zone euro depuis le début de l’année, environ 70 milliards d’euros. Un relèvement violent des taux par la Fed pourrait compromettre cette tendance.
L’inflation américaine a gagné de l’élan ces derniers temps. Un possible dérapage de cette inflation n’est pas hors de propos. Si une accélération est avérée, notamment sur fond d’une revalorisation plus poussée des salaires, la Fed n’aura pas d’autre choix que d’agir de façon plus agressive.

Je ne crois pas du tout à une sortie de la Grèce de la zone euro même si la probabilité pricée aujourd’hui est au dessus de 40%. Personne n’y aurait intérêt. Une telle éviction entamerait profondément la crédibilité et la solidité de la zone euro.

Ce n’est pas la date de la première remontée des taux qui vous inquiète mais l’amplitude de la hausse dans son ensemble ?
Absolument.

A quel niveau escomptez-vous le Cac 40 en fin d’année ?

Entre 5500 et 5700 points.

6000 points vous semble exagéré ?

Je n’écarte pas l’éventualité mais ce n’est pas mon scénario central.

Selon vous une grande erreur à ne pas commettre serait de se dire que comme le marché est monté de 20%, il ne peut plus connaitre de rallye significatif pour le reste de l’année ?
Le nouveau paradigme que nous décelons sur les actions européennes et françaises ne doit pas amener à penser que nous avons atteint un niveau qui justifierait des prises de profits massives.

Quelles sont vos thématiques d’investissement ?
Nous avons plutôt une gestion prudente en ligne avec les besoins de nos clients davantage de nature patrimoniale. Cette gestion se caractérise donc par une certaine aversion pour le risque.
Nous investissons exclusivement dans des valeurs de croissance pérenne ; qui à coté de la croissance de leur chiffre d’affaires sont en mesure d’accroitre leur marge et qui ne se contentent donc pas d’une stratégie basée sur la diminution des prix ; qui offrent de la visibilité sur leur carnet de commandes, sur des contrats de long terme ; qui jouissent de fortes barrières à l’entrée, par le biais d’une intensité capitalistique, d’un oligopole organisé, de brevets, de marques.
Des valeurs types que nous détenons sont Hermes, Novo Nordisk, Roche, Essilor, Nestlé, Air Liquide.

Y a-t-il des secteurs que vous évitez délibérément ?
La téléphonie en raison de la guerre des prix à laquelle se sont livrés les acteurs ; les services aux collectivités du fait de l’endettement de leurs clients ; les valeurs pétrolières et celles liées aux matières premières.
Alors que nous avons longtemps été sous pondérés sur les valeurs bancaires, nous sommes quelque peu revenus sous l’impulsion de la politique monétaire de la BCE. Nous avons initié des positions sur Société Générale, Crédit Agricole.

Quels sont les derniers ajustements apportés à votre allocation ?
Nous avons pris des profits sur Safran et sur Airbus qui ont très bien performé du fait de la force du dollar.
Nous nous sommes renforcés sur Valeo et nous avons commencé une exposition sur Vinci.

Propos recueillis par Imen Hazgui