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Sial 2010 : l'agroalimentaire en France, un déficit d'image paradoxal

Sial 2010 : l'agroalimentaire en France, un déficit d'image paradoxal

(Easybourse.com) Sur les dix dernières années, la France est tombée de la première à la quatrième place mondiale parmi les exportateurs de produits agroalimentaires. En cause notamment, une myriade de PME qui ne disposent pas toujours de la taille critique nécessaire pour se lancer à l'international.

La crise n'a pas été tendre avec le secteur agroalimentaire, dont le chiffre d'affaires 2009 a baissé de près de 8% sur un an et la balance commerciale a diminué de 30%. Pourtant, dans son ensemble, le secteur semble avoir su «faire le dos rond» durant la crise, en maintenant notamment l'emploi et en continuant à générer de l'excédent commercial, a rappelé Jean-René Buisson, président de l'Ania (Association nationale des industries alimentaires). Toutefois, 2010 n'est pas marqué par une franche reprise de la consommation, et les industriels doivent faire face à des problématiques comme la volatilité des prix des matières premières agricoles, les relations complexes avec les distributeurs et les hausses de coûts de production.

A l'heure actuelle, le paysage du secteur agroalimentaire français est constitué de plus de 10 500 entreprises employant plus de 400 000 personnes, soit une nébuleuse de PME et quelques grands groupes. Selon les données 2009 de l'Ania, ce secteur a dégagé un chiffre d'affaires global annuel de 139 milliards d'euros, et pèse pour 74% dans les exportations françaises. Mais, selon le président de l'Ania, qui a organisé dans le cadre du Salon international de l'agroalimentaire (Sial) 2010 les «Premières rencontres économiques de l'agroalimentaire», l'industrie agroalimentaire en France n'est pour l'instant pas suffisamment valorisée auprès du grand public au regard de son rôle prépondérant dans l'économie française. Mettre en valeur le capital humain, l'innovation et la recherche, la réputation et les valeurs des produits des entreprises françaises, apparaît dès lors comme une nécessité. Paradoxalement, l'agroalimentaire français bénéficie d'une image positive de longue date à l'étranger.

Retrouver sa place de leader mondial

Outre les difficultés liées à la crise, le secteur agroalimentaire français a également perdu son rang de leader mondial du secteur qu'il occupait au début des années 2000. Désormais, la France occupe la quatrième place d'exportateur mondial dans le domaine de l'agroalimentaire, se plaçant ainsi derrière l'Allemagne, les Pays-Bas et les Etats-Unis. L'Allemagne s'appuie notamment sur ses produits laitiers, étant donné que le prix du lait est moins élevé avec une logique de volume, moins de diversité de produits et des exploitations plus grandes. La crise a aussi révélé le renforcement de concurrents supplémentaires parmi les pays émergents, tels que l'Inde, le Brésil ou la Chine.
L'un des chevaux de bataille de l'Ania est donc de retrouver cette place de leader mondial, de «passer à l'offensive» en allant s'exporter à l'international. Bruno Le Maire, ministre de l'Alimentation, l'agriculture et la pêche, invité à la conférence de l'Ania, a souligné que l'industrie agroalimentaire était «stratégique» pour l'économie de la France, l'emploi, la balance commerciale. Le ministre a appelé les industriels à «gagner la bataille de la compétition mondiale» mais aussi à rendre les métiers de leur secteur le plus «attractif» possible afin de pouvoir assurer la relève en recrutant des jeunes. Bruno Le Maire a par ailleurs tenu à rappeler que l'Etat avait pris de mesures en soutenant l'innovation dans les industries agroalimentaires avec le crédit d'impôt recherche et en mobilisant des fonds provenant du Grand Emprunt.

Véritable vitrine du marché mondial alimentaire, le Sial 2010 s'est tenu du 17 au 21 octobre au Parc des Expositions à Villepinte, présentant de nombreuses innovations parmi les 5 500 exposants. Cette année, les «Grands prix Tendances et Innovations» créés par le Sial, ont été notamment décernés à des gaufrettes aux légumes (France), un croque-monsieur «micro-ondable croustillant» (France), un sandwich dans lequel le riz remplace le pain (Pays-Bas) ou encore de l'huile de graines de potiron (Autriche). Plus de la moitié (8 sur 15) de ces produits proviennent de l'innovation française.

Un paysage fragmenté, entre richesse et fragilité

Pourtant, l'une des faiblesses majeures du secteur en France est d'être composé, mis à part quelques grands groupes, d'une nuée de petites et moyennes entreprises (PME). Cette dispersion se traduit aussi par un manque de cohésion au sein de la filière, ont relevé Bruno Le Maire comme l'Ania. Toutefois, une consolidation du secteur n'apparaît pas comme la solution miracle aux yeux des responsables de l'Ania ou à ceux des dirigeants d'entreprises agroalimentaires, étant donné que la spécificité et la spécialisation des petites ou moyennes entreprises sur des produits agroalimentaires font aussi partie de la force du secteur en France.

Ces plus de 10 000 entreprises se retrouvent face à une situation complexe quant à leurs relations avec les 7 principaux distributeurs en France. Jean-René Buisson observe que les relations commerciales entre distributeurs et industriels «relèvent le plus souvent d'une confrontation plutôt que d'un partenariat gagnant-gagnant» dans un rapport de force parfois déséquilibré et tournant à l'avantage des distributeurs en position de force par leur concentration.

L'industrie agroalimentaire française semble bien décidée à se refaire une beauté dans les prochaines années à venir pour retrouver sa place de numéro 1 mondial des exportateurs du secteur. La dynamique d'export à l'international est déjà une réalité de long terme pour des groupes comme Danone, Bonduelle, Bongrain, ou Fleury Michon. Reste à savoir si cette compétition sera accessible aux nombreuses PME qui constituent le secteur.

Claire Lavarenne

Publié le 22 Octobre 2010