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Le secteur agroalimentaire français peut-il récupérer son leadership ?

Le secteur agroalimentaire français peut-il récupérer son leadership ?

(Easybourse.com) Renforcer sa présence à l'international, «sortir de l'ombre de la distribution» et «devenir l'industrie préférée des Français», voilà les défis que se lance le secteur agroalimentaire français d'ici à 2015.

Regagner de sa superbe, dépasser la position défensive et passer à l'action, tels sont les objectifs du secteur agroalimentaire français, selon l'Association nationale des industries alimentaires (Ania). Première étape dans cette perspective : engager un travail de réflexion, de remise en cause et de prospective. L'Ania a tenté de mettre en lumière les principaux points faibles du secteur, soit le manque d'unité, le manque de valorisation des métiers, les relations complexes avec les distributeurs, ainsi que la forte volatilité des prix des matières premières agricoles. Les «Premières rencontres économiques de l'agroalimentaire», organisées par l'Ania, avaient pour thème «Quelles stratégies pour 2015 ?». Dans un contexte de consommation encore fragile du fait de la crise, l'Ania et le gouvernement appellent l'industrie agroalimentaire française à se mobiliser pour reprendre sa place de leader mondial des exportateurs du secteur.

Unité, compétitivité, exportation et réduction des coûts de production

Le ministre de l'Alimentation, l'agriculture et la pêche, Bruno Le Maire, a édicté un ensemble de principes dans cette perspective : parvenir à une certaine «unité et en finir avec les divisions intra filière» en mettant en place une «identité visuelle, un labelle pour les produits agroalimentaires français» et en «mutualisant les forces». Le ministre a mis en avant la nécessité de maintenir voire renforcer le niveau de compétitivité notamment à travers l'innovation. L'unité passe aussi par un regroupement des entreprises qui n'ont pas la taille critique à l'heure actuelle pour exporter à l'international, selon Bruno Le Maire qui considère que la plus grande faiblesse du secteur est d'être composée de trop de petites entreprises. L'industrie agroalimentaire française, secteur où les PME dominent, compte plus de 10 000 entreprises, dont près des trois quarts comptent moins de 20 salariés et plus de 95% comptent moins de 250 salariés. Le ministre a également abordé la question des coûts de production, notamment ceux du travail.

Selon une enquête réalisée par le cabinet Oliver Wyman et menée auprès de 79 dirigeants d'entreprises agroalimentaires, l'amélioration de la compétitivité, la réduction des coûts, les différentes réglementations, ainsi que la volatilité des prix des matières premières agricoles, ressortent comme les défis les plus importants à relever dans les 5 ans à venir. Les évolutions des modèles économiques liées au développement durable apparaissent comme une problématique de plus en plus importante aux yeux des industriels ces dernières années. En revanche, la question du développement dans les pays émergents arrive bien plus loin dans les défis. Néanmoins, le défi de la conquête des marchés émergents a également pris plus d'importance au cours des 5 dernières années. Pour plus de trois dirigeants sur cinq, la concentration des acteurs de la filière devrait continuer mais ne pas atteindre le stade d'un modèle comme celui de la distribution ou de l'automobile, rapporte l'enquête. Le segment des produits laitiers a connu une certaine consolidation ces dernières années. De plus, pour près de quatre dirigeants sur cinq, la taille critique d'une entreprise est inférieure à 500 millions d'euros.

Adapter le business model

Pour les cinq prochaines années, les industriels de l'agroalimentaire comptent miser sur l'amélioration de leur productivité industrielle, de leur efficacité commerciale, et de la relation client, tout en réduisant les coûts d'achat et de logistique. La compétitivité s'inscrit surtout dans une position défensive des marchés où les industriels sont déjà présents, plutôt que dans une perspective de développement des implantations à l'international, de recours à la sous-traitance ou de délocalisation des moyens de production. S'agissant d'un éventuel développement à l'international, ils évoquent la Chine en premier lieu, puis le Brésil, les Etats-Unis et l'Inde. Sur le marché français par exemple, les industries agroalimentaires pourraient avoir à s'orienter vers un business model privilégiant les prix bas et/ou un modèle jouant sur la différenciation du produit, pour répondre aux critères d'achat des consommateurs.



Le cabinet Oliver Wyman propose ainsi douze stratégies aux industries agroalimentaires d'ici à 2015. Ces stratégies se regroupent en quatre objectifs majeurs : rééquilibrer les pouvoirs avec la grande distribution (regroupement, nouveaux canaux de distribution avec la restauration hors foyer, renforcement des partenaires agricoles), reconquérir le consommateur (créer une marque forte, imposer une norme de consommation, invention d'un blockbuster), ouvrir de nouveaux horizons (développement durable, extension à l'international), se différencier par l'excellence des opérations et des coûts.

Mais, il reste quelques obstacles à surmonter. Pour l'instant, de nombreux industriels du secteur préfèrent rester en terrain connu : ils n'explorent pas assez les marchés émergents, et ont recours à la dette ou à l'autofinancement plutôt qu'à l'ouverture du capital à de nouveaux partenaires. Le mouvement de concentration et de consolidation se fait plus lentement que dans d'autres secteurs. Ces choix de stratégies défensives risquent de s'avérer insuffisants pour améliorer le déficit d'image du secteur auprès du grand public et des jeunes recrues potentielles. En résumé, à en croire les experts du secteur, la solution repose sur la capacité des entreprises agroalimentaires françaises à être davantage offensives, tout en gardant l'objectif d'une consolidation du secteur.

Claire Lavarenne

Publié le 26 Octobre 2010