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Yoplait : la guerre du yaourt aura-t-elle lieu ?

Yoplait : la guerre du yaourt aura-t-elle lieu ?

(Easybourse.com) Malgré un rejet de son offre, le français Lactalis n'entend pas abandonner son projet de rachat de Yoplait, qui pour sa part semble voir le groupe suisse Nestlé comme un «candidat idéal» pour lui donner les moyens de conquérir de nouveaux marchés.

Le groupe français Lactalis voulait tenter un rachat de 100% du spécialiste des produits laitiers frais Yoplait, mais ses deux actionnaires, PAI Partners et Sodiaal, ont dit non. A cela, deux raisons évoquées, d’une part, Sodiaal n’entend pas céder sa participation de 50% dans Yoplait. D’autre part, le montant de 1,4 milliard d'euros proposé par Lactalis a été estimé comme insuffisant par les deux actionnaires. «Dans le cas de Yoplait, la situation est complexe car les deux actionnaires ne partagent pas un intérêt commun. PAI est pressé de vendre sa participation, tandis que Sodiaal est à la recherche d’un partenaire qui n’aurait pas de culture hégémonique tout en ayant les moyens de développer opérationnellement l'affaire», explique Pierre Tegnér, analyste chez Oddo Securities. PAI espère parvenir à un accord sur la vente de sa part dans Yoplait d’ici à la fin du premier trimestre 2011.

D’entrée de jeu, les positions respectives des deux actionnaires compliquent le processus de vente. Sodiaal souhaite conserver le contrôle du management de Yoplait, mais pourrait éventuellement accepter de réduire un peu sa part dans le capital. En effet, la coopérative laitière, à l’époque appelée Sodima, a lancé en 1965 la marque Yoplait. En 2002, alors que Sodiaal rencontrait des difficultés financières, PAI Partners est entré au capital de Yoplait. Ce dernier est présent dans près de 50 pays à travers le monde, et compte quelque 1 500 employés dont 1 300 en France. Cette marque représente un chiffre d'affaires autour de 3,5 milliards d'euros dans le monde, en direct et par le biais de franchisés. Yoplait est la deuxième marque mondiale de produits laitiers frais, derrière Danone.

Lactalis ne renonce pas à Yoplait, malgré son offre rejetée

«La structure proposée par Lactalis ne répond pas à la volonté de Sodiaal de demeurer un actionnaire stable et pérenne de Yoplait», ont indiqué les deux groupes. De plus, «le prix proposé par Lactalis ne reflète ni la valeur intrinsèque et stratégique de Yoplait, ni ses perspectives de croissance». Toutefois, Lactalis ne compte pas abandonner pour autant, bien décidé à se lancer dans de nouvelles négociations. Le groupe est prêt à «associer Sodiaal au développement de Yoplait», en particulier dans la gestion de la marque, et à maintenir en l'état les contrats d'approvisionnement laitier avec la coopérative.

Alors que les autres éventuels candidats au rachat de 50% de Yoplait seraient des groupes étrangers, Lactalis peut aussi jouer sur l’argument de la préservation du patrimoine national que représente Yoplait. Des groupes comme l'américain General Mills, qui est le principal franchisé de Yoplait qui distribue la marque aux Etats-Unis, Unilever, Kraft, PepsiCo, le mexicain Lala, le chinois Mengniu, des opérateurs laitiers venant des pays émergents, des fonds d'investissement, ont été cités dans la presse comme potentiels candidats. Les choix éventuels de General Mills ou de fonds de private equity paraissent moins plausibles, aux yeux de l’analyste. En revanche, «un fonds comme Butler Capital pourrait être bien positionné, s’il faisait une offre sur Yoplait. Par le passé, il avait fait l’acquisition de Galbani et de Royal Champignon», estime-t-il.

Nestlé, un gendre idéal pour Yoplait ?

Dans un entretien accordé au journal suisse Le Matin Dimanche, le président de Yoplait, Lucien Fa, a expliqué la nécessité pour son groupe de se développer davantage à l’international, en particulier sur les marchés émergents tels que l'Inde, la Chine ou le Brésil. Un tel projet demande d’importants investissements et un changement de stratégie. «Nous allons opérer une rupture avec le modèle du passé fondé sur le système de franchise, et approcher ces marchés en participant au contrôle des opérations, avec les partenaires locaux. Cela signifie de gros investissements, notamment pour la Chine et l'Inde, nos priorités», a précisé Lucien Fa. «La solution Nestlé pourrait présenter un bon équilibre, en termes de capacités financières mais aussi parce que le groupe suisse connait bien le marché français. Toutefois, cela suppose que Nestlé renonce à son statut de chevalier blanc de Danone si le groupe redevenait menacé par une OPA», précise Pierre Tegnér.

Ainsi, sur le profil d'entreprise, le groupe agroalimentaire suisse Nestlé «est le candidat idéal. Il a l'argent, les structures, les hommes. Il est partout et partage aussi le souci de produits bons pour la santé», a indiqué le dirigeant de Yoplait. En 2006, les groupes Lactalis et Nestlé ont décidé de créer une filiale commune dans le domaine des produits laitiers frais en Europe. Cette coentreprise, baptisée Lactalis Nestlé Produits Frais (LNPF), couvre 9 pays européens (France, Belgique, Luxembourg, Grande-Bretagne, Irlande, Espagne, Italie, Portugal et Suisse), et détenue par Lactalis à 60% et par Nestlé à 40%. Toutefois, selon un autre expert du secteur, un tel rachat ne figure probablement pas dans les priorités de Nestlé, qui avec cette coentreprise se dirigeait davantage dans une voie de désengagement du segment des produits laitiers frais. De plus, le rachat de 50% de Yoplait n’apporterait pas à Nestlé la force suffisante pour devenir leader sur ce segment, a ajouté l’expert. Néanmoins, le suisse pourrait regarder le dossier et cette opération pourrait

Yoplait considère Nestlé comme un candidat idéal

avoir du sens s'il envisageait de se renforcer dans les produits laitiers frais par le biais d'autres opérations, toujours d'après le spécialiste.

Cette proximité de Lactalis et Nestlé dans le domaine des produits laitiers frais peut soulever des questions quant aux offres de rachat sur Yoplait. «On peut du reste se demander, si l'offre de Lactalis émane d'elle seule, ou avec le support sous-jacent de Nestlé», s’est interrogé Lucien Fa. «La candidature de Lactalis fonctionne politiquement et financièrement, mais il reste le problème d’entente avec Sodiaal. De plus, alors que Lactalis gère la marque La Laitière via sa coentreprise avec Nestlé, racheter Yoplait pourrait le mettre face à un conflit d’intérêt», soulève Pierre Tegnér. Lactalis, qui possède notamment les marques Lactel, Président et Bridel, avait déjà manifesté son intérêt pour Yoplait en septembre 2008. Un rachat de Yoplait serait stratégique pour Lactalis, lui permettant de donner naissance à un poids lourd des produits laitiers au niveau mondial qui ferait face à Danone.

Selon le Wall Street Journal, PAI Partners et Sodiaal réfléchiraient à une éventuelle restructuration de Yoplait passant par une possible séparation d’activités, mettant d’un côté la société opérationnelle, dont la fabrication, et d’un autre côté, celle qui gèrerait la marque et récupèrerait les royalties des franchises de Yoplait. Partant de cette hypothèse, Sodiaal serait prêt à vendre plus de 50% de la partie opérationnelle de Yoplait mais voudrait garder 50% de la société gérant la marque, rapporte le journal américain. Sodiaal ne souhaite pas perdre le contrôle du management de Yoplait, mais la coopérative pourrait éventuellement accepter de réduire un peu sa part dans le capital. Mais, cette position pourrait compliquer la tâche. Trouver un acheteur qui ne pourrait véritablement avoir de pouvoir décisionnel n’est jamais chose simple.

Ce vendredi vers 16h05, le titre Nestlé prenait 0,53%, à 56,75 francs suisses, après deux jours de nette hausse, à la bourse de Zurich. Le titre General Mills reculait de 0,26%, à 35,15 dollars, à la bourse de New York.


Claire Lavarenne

Publié le 26 Novembre 2010