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Rémy Cointreau : Chine-Cognac, le cocktail gagnant

Rémy Cointreau : Chine-Cognac, le cocktail gagnant

(Easybourse.com) Chez Rémy Cointreau, plus de la moitié du chiffre d'affaires Cognac, activité phare du groupe, est réalisée en Asie. Ce constat illustre l'enjeu stratégique que représente cette zone, en particulier la Chine, comme moteur de croissance dans le secteur des vins et spiritueux.

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Miser sur l’Asie est devenu l’une des clés stratégiques pour les groupes de vins et spiritueux à dimension internationale comme Diageo, Pernod Ricard ou encore Rémy Cointreau. Sur ce créneau, ce dernier a prévu à terme de faire de la Chine son premier marché, notamment grâce à son activité cognac.

Le cognac, une eau de vie qu'apprécient tout particulièrement les Chinois.  Il se boit à discrétion ou à volonté au cours des repas de fête ou d'affaires, pour les happy hours ou pendant une partie de Mah Jong entre amis. Il a été longtemps une des boissons alcoolisées préférées des Chinois. Depuis quelques années, le vin rouge a fait son apparition sur les tables en Chine et remporte un vif succès. Mais, le cognac a encore de beaux jours devant lui, restant un produit de luxe très prisé.

Au vu de ses résultats, Rémy Cointreau a su en profiter et devrait réaliser «une bonne année 2010-2011 qui clôture à fin mars. La croissance est toujours largement tirée par l'activité Cognac, la division la plus rentable et la plus exposée à l’Asie (52,6% du CA cognac réalisé en Asie en 2009-2010 contre 35,3% pour l'ensemble du groupe)», précise Christine Ropert, analyste spécialisée sur le secteur chez Gilbert Dupont.

Sur son chiffre d’affaires 2009-2010, l'Asie représente 28% du CA, les Amériques 30% et  l'Europe 35%. Pour la spécialiste, «l’Asie va continuer à monter en puissance, la zone Amériques devrait rester stable ou progresser un peu, tandis que l’Europe va probablement s’incliner».

Et la branche Cognac devrait rester «en croissance soutenue par le retour d'un effet prix positif. La consommation aux Etats-Unis devrait être plus favorable tandis que l'Europe devrait légèrement progresser, notamment en raison d'un moindre impact négatif de Metaxa [marque de boisson alcoolisée grecque] en Grèce».

Reprise du secteur : des disparités régionales

Pourtant, le secteur français revient de loin. Les exportations de vins et spiritueux avaient reculé de près de 17% en 2009, année calamiteuse encaissant les effets de la crise. L’année dernière a marqué la reprise des ventes. Selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, les exportations françaises sont en hausse de 18,3% en 2010. Pour 2011, il est prévu une croissance de 5 à 7% des exportations, à condition d’une reprise économique confirmée. Pour tous les producteurs, l’Asie est la zone qui se distingue et qui devrait être le principal moteur de croissance dans les prochaines années.

«Après une année 2010 largement soutenue par la croissance des ventes en Asie, les signaux de reprise tendent à se renforcer. Le moteur asiatique restera un élément fort de la croissance en 2011 accentué par le redressement du marché américain, notamment pour les marques haut-de-gamme, et de façon plus marginale pour l'Europe qui reste pénalisée par de fortes disparités selon les pays», indique Christine Ropert.

En effet, on constate que l’Europe de l’Est est bien repartie, tandis que l’Europe de l’Ouest reste encore contrastée. Ainsi, des différences se font sentir entre la Grèce et l’Espagne d’un côté, où le climat économique reste assez difficile, et l’Europe du Nord, plus dynamique, explique l’analyste. Dans son ensemble, l’Europe devrait retrouver une stabilité voire une croissance positive mais sur une tendance encore modérée, prévoit-elle.

Le rachat d'une marque de whisky ferait sens

Rémy Cointreau ne va pas se contenter de suivre la tendance. Le groupe prépare une réorganisation de ses produits. Il est entré en négociations exclusives avec le groupe EPI pour lui céder sa branche Champagne. Avec le cash dégagé de cette vente, Rémy Cointreau pourrait réinvestir dans d’autres marques, «pourquoi pas des liqueurs brésiliennes, mais il ne souhaite pas réinvestir sur une autre marque de cognac», indique la spécialiste du secteur.

Selon Christine Ropert, le rachat d'une marque de whisky haut-de-gamme semblerait pertinent dans la mesure où «cette catégorie s'intègre bien dans la stratégie du groupe de montée en gamme par le vieillissement, que le groupe n'est pas présent en propre sur ce segment et que le marché est l'un des plus dynamiques de l'univers des spiritueux». En revanche, l’objectif n’est pas d’aller sur des marchés de volumes comme la vodka ou sur des micromarchés, ajoute-t-elle.

Claire Lavarenne

Publié le 17 Mars 2011