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Agroalimentaire : les allégations santé face au règlement européen

Agroalimentaire : les allégations santé face au règlement européen

(Easybourse.com) A l'heure d'une crise qui impacte en partie le comportement du consommateur et d'un durcissement de la réglementation européenne, la course à l'allégation de santé la plus vendeuse reste-t-elle une priorité pour les groupes agroalimentaires ?

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Un yaourt qui aide à la digestion, du beurre allégé en matières grasses, un chocolat enrichi de vitamines…de nombreux industriels agroalimentaires font appel à toutes sortes de ressources pour mieux vendre leur produit, y compris les allégations nutritionnelles et de santé. Jusqu’à présent, malgré l’existence d’un organisme de contrôle au niveau français comme au niveau européen, les limites entourant ces allégations restaient parfois floues.

Fin 2010, Danone estimait dans son rapport sur le développement durable que «depuis que le règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé [règlement européen n°1924/2006] est entré dans sa phase d’application, force est de constater que la mise en oeuvre est complexe tant pour les institutions européennes en charge de son application (l’EFSA et la Commission européenne) que pour les scientifiques et les industriels». Pour le groupe dirigé par Franck Riboud, «deux sujets principaux font l’objet de discussions : la clarté et la précision des critères d’évaluation, et la méthodologie pour évaluer les dossiers».

Allégations santé : une réglementation encore en construction

Cependant, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a mis au point une liste d’un peu plus de 500 allégations autorisées sur environ 4 600 propositions transmises par la Commission européenne. Cette dernière avait dû faire un premier tri sur 44 000 allégations proposées par les Etats membres. La liste officielle devrait être publiée prochainement, a priori au début de l’année 2012, et servir de référence pour les allégations utilisées par les industriels agroalimentaires. Toutefois, les groupes pourront encore, individuellement, déposer des demandes d’autorisation spéciale pour un produit en particulier.

Dans une société où des maladies comme l’obésité et le diabète se répandent, les pouvoirs publics multiplient les campagnes de communication pour encourager les populations à une alimentation équilibrée. En France, par exemple, les industriels agroalimentaires ont été mis à contribution avec des messages à diffuser comme «manger cinq fruits et légumes par jour», ou «éviter de manger trop gras, trop salé, trop sucré». La préoccupation santé reste un critère de choix significatif chez les consommateurs.

Parmi les futures allégations autorisées, certaines devraient permettre par exemple de mettre en avant tel nutriment à condition qu’il se trouve en quantité suffisante dans le produit. «Nous n’avons pas déposé de dossier à Bruxelles sur des allégations. Cela dit, nous attendons la liste européenne des allégations permises notamment sur les vitamines. Si nous avons dans un légume un taux de fibres ou de vitamines qui nous permet de mettre en valeur les bienfaits associés, nous le ferons», souligne Christophe Château, directeur de la communication chez Bonduelle.

La réglementation européenne, un filet aux mailles serrées ?

Face à l’EFSA et sa réglementation, certaines entreprises ont parfois renoncé à utiliser des allégations. Ainsi, en 2010, Danone a préféré retirer sa demande de validation auprès de l'EFSA concernant les produits Activia et Actimel. Pour expliquer cette décision, le groupe avait alors évoqué le «manque de visibilité dans l'application du règlement européen sur les allégations santé». Fin 2009, les autorités britanniques avaient interdit un spot publicitaire pour Actimel dont il disait qu’il «est scientifiquement prouvé qu'il aide à soutenir les défenses naturelles de vos enfants». Toutes les demandes ne sont toutefois pas vouées à l’échec. Dans son rapport 2010 de développement durable, Danone mentionne aussi deux avis favorables de l’EFSA datant de 2009 : un dossier «établissant un lien entre la consommation de calcium et vitamine D, et la croissance osseuse des enfants», et un dossier «montrant que le phytostérol contenu dans Danacol permet de réduire significativement le taux de cholestérol dans le cadre d’une consommation quotidienne, d’une alimentation variée et d’un mode de vie sain».

Le cas du producteur de légumes transformés Bonduelle est particulier en matière de positionnement face à l’argument santé. «Les légumes sont, par définition, bons pour la santé. Nous proposons très peu de produits comportant des allégations santé. Par contre, nous essayons de faire connaître les vertus nutritionnelles des légumes, et en particulier des légumes transformés», explique Christophe Château. Dans le cadre du programme «Visa Santé, nous avons revisité l’ensemble des recettes de nos produits pour les améliorer (diminuer les taux de sel, enlever l’huile de palme, diminuer les matières grasses). Nous avons classé nos produits en trois grandes catégories, selon leur niveau d'élaboration culinaire. Sur la troisième catégorie, les 'produits plaisir', donc par définition plus riches, nous nous sommes interdits de faire toute communication santé prétextant la présence de légume», ajoute-t-il.

Au-delà d’une réglementation qui se renforce, les acteurs du secteur doivent aussi faire face à un consommateur de plus en plus méfiant, souhaitant être informé au mieux sur ce qu’il mange. En parallèle, la morosité de l’économie ne pousse pas forcément les consommateurs à dépenser plus pour manger un produit enrichi en tel ou tel nutriment. Les allégations de santé pour les produits de grande consommation ne sont peut-être plus des arguments de vente infaillibles. Néanmoins, les entreprises agroalimentaires ont plus d’une corde à leur arc pour promouvoir leur «image santé» (R&D, fondation comme l'Institut Danone, information du consommateur…).

C.L.

Publié le 25 Novembre 2011