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Agroalimentaire : une stratégie santé tous azimuts

Agroalimentaire : une stratégie santé tous azimuts

(Easybourse.com) Veiller au respect des normes d'hygiène, mettre en avant les qualités nutritives des produits : ces arguments restent indispensables mais ne sont plus suffisants pour assurer aux groupes agroalimentaires une image des plus compétitives sur le marché.

L’image de bon élève d’une entreprise agroalimentaire est loin de passer seulement par les allégations nutritionnelles ou de santé qu’elle utilise dans une démarche commerciale. Pour appuyer leur volonté affichée de contribuer à la bonne santé du consommateur, les acteurs de ce secteur investissent notamment dans la recherche scientifique.

A l’heure des organismes génétiquement modifiés (OGM), de l’augmentation du nombre de personnes touchées par l’obésité ou le diabète, les consommateurs cherchent à être informés au mieux sur ce qu’ils mangent. De leur côté, les pouvoirs publics ont multiplié les campagnes de communication encourageant les citoyens à faire attention à leur santé (manger bouger, manger cinq fruits et légumes par jour, éviter de manger trop gras, salé et sucré…).

Dans le cadre du plan d’austérité, le gouvernement français veut ainsi mettre en place une taxe sur les boissons contenant des sucres ajoutés et des édulcorants de synthèse. Cette mesure a été vivement critiquée par les entreprises agroalimentaires qui se sont dites stigmatisées. «Une telle mesure revient à stigmatiser ces produits en les désignant comme 'mauvais' ou 'nocifs', en appliquant la même politique fiscale que pour le tabac, sans justification scientifique», avait protesté l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) en août 2011. Une taxe sur les boissons sucrées existe déjà en Belgique, en Finlande, aux Pays-Bas, et au Danemark. Ce dernier a, d’autre part, récemment instauré un impôt sur les produits contenant des graisses saturées.

Investir dans la recherche et l’information du consommateur

Mais les grands groupes agroalimentaires n’ont pas attendu ces mesures pour investir dans leur image santé. Des entreprises comme Danone, Nestlé ou encore Bonduelle, ont mis en place non seulement des départements de Recherche et Développement (R&D) pour avancer dans l’innovation produits, mais aussi des fondations pour soutenir la recherche scientifique plus largement. L’institut Danone veut «promouvoir et diffuser les connaissances sur les liens entre alimentation et santé», tandis que la fondation Louis Bonduelle souhaite «faire évoluer durablement les comportements alimentaires, en mettant les bienfaits des légumes au service de l'intérêt collectif». Les principales cibles de ces organismes se trouvent parmi les professionnels de la santé ainsi que ceux de la vie scolaire.

«En 2004, nous avons lancé la fondation Louis Bonduelle dans laquelle nous investissons entre 600 000 et 1 million d’euros par an», explique Christophe Château, directeur de la communication chez Bonduelle. Cette fondation finance des programmes de recherche scientifique (European Childhood Obesity Group, Fondation Cœur et Artères), et décerne des prix. «Nous menons des actions concrètes de terrain par le biais d’appels à projets qui concernent les comportements alimentaires. Ces projets s’adressent souvent aux enfants, comme développer un potager dans une école ou mettre le légume plus à l’honneur dans les restaurants scolaires», ajoute Christophe Château.

Nutrition médicale : un marché de niche prometteur ?

Outre la promotion de leurs produits grand public par le biais d’une image santé positivée, les grandes entreprises agroalimentaires comme Danone ou Nestlé se sont également lancées dans le développement de branches plus spécialisées. Ces dernières années, les deux groupes ont eu tendance à se renforcer dans le domaine de la nutrition médicale, qu'ils considèrent comme un marché d'avenir. L'essor du secteur de la nutrition médicale repose notamment sur le phénomène de vieillissement de la population, les maladies qui peuvent apparaître avec l'âge tel qu'Alzheimer, mais aussi les problèmes de malnutrition des jeunes enfants dans les pays émergents. Le développement de la nutrition médicale est également lié à l'évolution des modes de vie qui s'accompagnent d'un nombre croissant de personnes souffrant de diabète, d'obésité, ou d'allergies alimentaires.

Dès le début des années 2000, Danone a décidé d'orienter sa stratégie vers l'alimentation santé, qui regroupe Nutrition médicale et Nutrition infantile, tandis que Nestlé Nutrition a été créé en 2004 et se compose de Infant Nutrition (nutrition pour bébé et infantile), HealthCare Nutrition (nutrition clinique), Weight Management (gestion de poids), Performance Nutrition (nutrition pour athlètes de haut niveau). En 2007, avec le rachat de Numico, Danone a créé son pôle de nutrition médicale qui s'appelle Nutricia Advanced Medical Nutrition et compte 3 500 employés implantés dans une trentaine de pays. En 2010, le chiffre d’affaires de la branche nutrition médicale de Danone a crû de 9% pour atteindre 1,05 milliard d’euros (soit plus de 6% du CA total), alors que le chiffre d’affaires total du groupe a augmenté de près de 7%, à 17,01 milliards d’euros. L’activité de la division nutrition infantile a progressé de presque 9% également, portée par l’Asie et les laits.

«Nous constatons dans nos études que la préoccupation santé est toujours là chez les consommateurs», relève Christophe Château. «Actuellement, une autre tendance de fond émerge, c’est celle de l’environnement et plus globalement de la responsabilité sociétale des entreprises», ajoute-t-il. D’autre part, les grands groupes cherchent des relais de croissance sur des segments de niches comme la nutrition médicale, mais aussi la nutrition infantile qui vise notamment les pays émergents à forte croissance.

C.L.

Publié le 01 Décembre 2011