L’Espagne est-elle devenue un pays à bas coûts ? A voir les constructeurs automobiles français « charger » leurs usines ibériques, on peut se poser la question. Renault a ainsi annoncé le 21 novembre un plan de développement industriel sur dix ans qui entraînera une hausse de sa production en Espagne et la création de 1300 emplois. Le constructeur va notamment confier à son usine de Palencia quatre nouveaux modèles et prévoit d’augmenter de 30 % la production de moteurs et de boîtes de vitesse de ses usines de Valladolid et Séville.

De son côté, PSA a fait savoir qu’il produirait en Espagne deux nouvelles berlines, la Peugeot 301 et la Citroën C-Elysée, destinées aux marchés émergents. Les premiers modèles de 301 sont déjà sortis de l’usine de Vigo et celle-ci devrait monter en charge au cours des prochaines années, même si à terme elle partagera cette production avec une autre usine du groupe…située en Chine.

Ces deux exemples témoignent de l’évolution rapide de l’économie espagnole grâce aux réformes engagées par le gouvernement de Mariano Rajoy. Celles-ci, en instaurant une plus grande flexibilité du marché du travail, ont abouti à des gains de compétitivité substantiels. « Entre 2008 et le deuxième trimestre de cette année, les coûts salariaux unitaires dans l’industrie ont reculé de 9,8% en Espagne quand ils augmentaient de 5,3% en France », souligne ainsi le centre de recherches Coe-Rexecode, proche du patronat français, dans une note publiée lundi 19 novembre.

Taux de chômage record

Cependant le taux de chômage bat des records, frôlant aujourd’hui les 25% alors qu’il était inférieur à 10% en 2008. Il faudra certainement de longues années pour résorber ce chômage de masse qui n’est pas sans conséquence sur le niveau de vie des Espagnols. Les salariés de Renault l’ont bien compris et c’est certainement la raison pour laquelle ils ont accepté d’importants sacrifices en échange d’investissements supplémentaires du groupe dans ses usines ibériques. Dans le cadre d’un « pacte social », les syndicats ont avalisé l’allongement de la durée de travail de un à trois jours par an, le plafonnement des hausses de salaires, et la création d'une nouvelle grille salariale moins favorable pour les nouveaux arrivants. Autant d’efforts nécessaires, selon Renault, au maintien d’une production automobile en Europe. Le constructeur espère d’ailleurs appliquer la même recette en France dans le cadre des discussions qu’il mène avec les syndicats, et qui doivent aboutir à une nouvelle organisation industrielle en début d’année prochaine.

Quoi qu’il en soit, l’Espagne a pris une longueur d’avance en matière de compétitivité, estiment les analystes de Natixis. « L’Espagne commence à regagner de la compétitivité, à la fois par le freinage des salaires et par les gains de productivité, ce qui redresse aussi fortement la profitabilité des entreprises ». Même si la contraction de la demande intérieure freine encore l’investissement des entreprises, l’industrie espagnole « va commencer à attirer des investissements directs », prédisent-ils. « Les perdants de cette évolution seront les pays européens à coûts salariaux nettement plus élevés que l’Espagne et à niveau de gamme semblable : la France en particulier. » Pour Renault et PSA, le mouvement a déjà commencé.