Six mois après le bras de fer qui l’a opposé aux dirigeants de PSA, Arnaud Montebourg a réagi mercredi aux annonces faites la veille par Renault, qui prévoit de supprimer 7500 postes en France d’ici 2016. Contre toute attente, le ministre du redressement productif n’a pas fustigé la direction du groupe mais a au contraire semblé valider les réductions d’effectifs, sous certaines conditions.

« L'Etat est particulièrement attentif à ce que Renault, puisse, dans une période très déprimée (...) conserver ses avantages compétitifs et comparatifs de manière à ce que cette entreprise ne prenne pas le chemin d'autres entreprises en Europe dans le monde des constructeurs automobiles », a affirmé M. Montebourg à la sortie du conseil des ministres. Ces suppressions, « cela fait partie du cadre normal dans lequel une entreprise peut décider de gérer par avance ses effectifs et son personnel », a-t-il ajouté. Le plan de restructuration de Renault serait plus acceptable que celui de PSA car il s’étale sur quatre ans au lieu de deux et ne prévoit pas de fermeture d’usine (voir notre article).

Un accord au forceps

Les salariés, eux, ne sont pas de cet avis. Ce matin, des débrayages étaient organisés sur plusieurs sites, notamment à Sandouville et Cléon, en Seine-Maritime. Pour la CGT, l’annonce d’hier est « une nouvelle saignée dans les effectifs qui va encore affaiblir Renault » tandis que FO s’interroge sur la faisabilité de réaliser les mêmes volumes de production avec des milliers de salariés en moins. Les syndicats dénoncent par ailleurs le « chantage » de la direction qui conditionne le maintien de ses sites français à la signature d'un 'accord de compétitivité' par au moins 30% des syndicats représentatifs. Cet accord prévoit, outre les réductions d’effectifs, des concessions sur le temps de travail (passer de 1.500 heures annuelles à 1.603) et sur les mobilités obligatoires. Il doit être conclu au plus tard en février.

Lignes rouges

Le gouvernement entend d’ici là obtenir un certain nombre d’engagements de la part du constructeur : « premièrement pas de plan social, pas de licenciement (…) Deuxièmement pas de fermeture d'usines, pas de fermetures de sites », selon M. Montebourg. « Troisième ligne rouge: nous demandons qu'il y ait de la charge de la part des alliés de Renault, notamment du côte de Nissan (...) et notamment de Daimler: nous souhaitons que les usines françaises soient rechargées en travail de la part des alliés de Renault. ». Enfin, dès que le marché européen repartira, le gouvernement veillera à ce que le constructeur embauche des jeunes pour remplacer les départs en retraite.

Cela n'empêchera pas les réductions d'effectifs. En 2009 dans la branche, 28,3% des salariés avaient plus 50 ans et 5.000 départs en retraite sont prévus chaque année d'ici 2020, selon une étude relayée par l'observatoire de la métallurgie.

Vers 15h15, l’action Renault cède 1,6% à la Bourse de Paris sur un marché en baisse de 0,1%.