Encore une année compliquée pour les constructeurs automobiles français. Malgré une croissance soutenue du marché automobile mondial (+3,9%), Renault et Peugeot ont fait face à des vents contraires sur leurs marchés respectifs, notamment en Europe. Ailleurs, ils n’ont pu qu’assister au « match des titans » entre Volkswagen, General Motors et Toyota, sans parvenir à réduire l’écart qui les sépare de ces poids lourds. En revanche, Renault a presque rattrapé PSA en nombre d’immatriculations, avec 2,63 millions de véhicules écoulés l'année dernière contre 2,8 millions pour son compatriote.

Renault relève la tête

Grâce au renouvellement de sa gamme et au succès international de sa marque à bas coûts Dacia, le groupe de Boulogne-Billancourt a enrayé la chute de ses ventes en Europe (-18% en 2012). Il signe même la plus forte progression de part de marché (+0,4 point) mais reste en dessous de la barre symbolique des 10%, à 9,5%. A l’international (hors Europe), les ventes de Renault ont progressé de 3,8 % tirées notamment par la Russie et l’Amérique latine hors Brésil. C’est surtout grâce au succès de sa gamme ‘entry’ (des Dacia rebadgées Renault) qui représente désormais 41% des ventes du groupe alors qu’elle n’existait pas il y a dix ans. Au final, Renault affiche une hausse de 3,1% de ses ventes mondiales, légèrement inférieure à la croissance du marché. Mais son chiffre d’affaires, lui, recule. Sur les neuf premiers mois de l’année, il affichait une baisse de 1,5% liée notamment à la dépréciation des devises de pays émergents dont le real brésilien. Outre cette stagnation inquiétante du chiffre d’affaires, Renault est limité dans son développement par son absence du premier marché automobile mondial, la Chine. Dernier grand constructeur occidental à ne pas y avoir d’usine, il n’a obtenu qu’en fin d’année dernière le feu vert de Pékin pour s’implanter. Les travaux doivent démarrer cette année pour une mise en production au mieux d’ici deux ans.

PSA encore dans le brouillard

PSA, lui est bien présent en Chine où ses ventes ont bondi de 26% en 2013. Mais c’est là pratiquement le seul motif de satisfaction pour le constructeur tricolore qui a vu ses ventes reculer de 7,3% en Europe et de 4,9% au global. Le groupe invoque la conjoncture très défavorable en France et en Italie, ainsi que sa volonté de monter en gamme, synonyme de volumes moins importants. Mais cette stratégie s’avère risquée face aux constructeurs allemands qui dominent le marché premium. Les résultats qui seront publiés le 19 février s’annoncent mauvais pour PSA, tant au niveau du chiffre d’affaires que de la rentabilité. En pleine restructuration après une perte financière de 5 milliards d'euros en 2012, le groupe a besoin d’argent frais. Il a dévoilé lundi un projet d’augmentation de capital de trois milliards d’euros qui verra l’arrivée dans son capital de l’Etat français – une première dans l’histoire du groupe – et du constructeur chinois Dongfeng Motors, avec qui il détient une coentreprise. De nouvelles mesures d’économie ne sont pas à exclure même si le groupe a déjà imposé de gros efforts à ses salariés, notamment la suppression de 11 000 postes entre 2012 et 2015.

Pour l’heure ce projet n’enchante guère les investisseurs qui ont lourdement sanctionné le titre lundi (-11%). Quant à Renault, il doit dévoiler le 13 février prochain le deuxième volet de son plan 2011-2016. « Ce plan devra convaincre les troupes de Renault et les investisseurs », souligne le courtier Oddo qui a relevé cette semaine son objectif de cours sur le titre Renault, à 83 euros. Selon lui, les résultats du groupe devraient s’améliorer en 2014 et au-delà grâce notamment aux accords de compétitivité mis en place l’année dernière et à l’augmentation des synergies avec Nissan. Renault espère toujours atteindre la barre des 3 millions de véhicules vendus par an, initialement prévue pour 2013. Mais cet objectif semble hors de portée en 2014, où le groupe ne table que sur une croissance de 2% du marché automobile mondial.