La conjoncture macroéconomique au sein de la zone euro devrait continuer à s’améliorer. L’indice composite PMI de l’ensemble de la zone se trouve au delà du seuil de 50 qui sépare la zone d’expansion de l’activité de la zone de contraction. « Sept des huit grandes puissances de la zone euro, excepté la Grèce, ont un indice PMI au-dessus de la barre fatidique » note Xavier Lespinas, directeur de la gestion actions chez Swiss Life Banque Privée.

Les nouveaux délais demandés par certains Etats membres -notamment la France- pour prendre les mesures qui s’imposent en vue d’assainir les finances publiques et de ramener le déficit à 3% du PIB devraient donner une bouffée d’oxygène complémentaire non négligeable à la croissance.

Les taux obligataires à long terme des grands pays de la périphérie, comme l’Espagne et l’Italie, aujourd’hui autour de 3,50% devrait poursuivre leur repli à 3%. L’amoindrissement du coût de refinancement au niveau des souverains devrait se refléter sur le coût de refinancement des entreprises de bonne qualité implantées dans ces Etats.

L’ensemble de ces éléments mis bout à bout devrait aider les bénéfices par action à s’apprécier. « Les effets de change, déjà largement intégrés par les investisseurs, devraient  se faire sentir surtout au premier trimestre. Les trimestres suivants devraient être moins impactés » présage Xavier Lespinas.

Au-delà des profits, les opérations capitalistiques-fusions-acquisitions et introductions en bourse-devraient animer plus vivement les marchés. « Nous devrions voir les rapprochements-à l’instar de Lafarge et Holcim ou Steria et Sopra- se multiplier » juge Xavier Lespinas.


Un soutien plus ferme de la BCE

Si l’inflation constitue un point d’inquiétude, la zone euro ne devrait pas connaitre une déflation à la japonaise. « La déflation au Japon a été causée par une bulle dans le marché de l’immobilier et par un engorgement des banques japonaises de créances douteuses. Nous ne sommes pas dans ce cadre au sein de la zone euro. De plus, même s’il existe un enjeu démographique au sein de la région, elle est différente de celle qui prévaut au Japon. Certains pays sont mieux lotis que d’autres. Le modèle social de la zone euro, s’il perdure et s’il se diffuse, est un filet de sécurité efficace » indique Laurent Geronimi, directeur de la gestion taux chez Swiss Life Banque Privée.

Ceci étant, « parce que le volume des prêts à la consommation est revenu à un point bas atteint en 2009 en pleine récession, il y a lieu de penser que la BCE aura à cœur de faire repartir le moteur du crédit pour stimuler la croissance » ajoute Laurent Geronimi.
Ainsi, une fois l’audit des actifs et les stress tests effectués, vers la fin de l’année, la BCE devrait se lancer dans une opération de refinancement à long terme à des conditions avantageuses, et de manière ciblée, autrement dit un LTRO spécifique.
Par ailleurs, la transparence faite sur les risques détenus dans les bilans bancaires devrait pousser la BCE à opter pour le lancement d’un programme d’achat de titres de dette adossés à des crédits bancaires accordés à des petites et moyennes entreprises dans les Etats membres en difficulté. « La question de la discrimination dans les titres achetés ne devrait pas poser problème pour au moins deux raisons. La première est liée au fait que la Cour Constitutionnelle allemande a déjà eu à se prononcer en faveur de cette discrimination par le passé. Il y a donc un précédent qui va dans ce sens. Ensuite, la BCE a déjà eu à pratiquer la discrimination dans l’élargissement des actifs éligibles en collatéral en contrepartie des prêts octroyés » explique Laurent Geronimi.

Entre temps la BCE pourrait prendre des mesures symboliques comme abaisser davantage son taux directeur de 10 à 15 points de base et diminuer son taux de rémunération des dépôts. « Ce dernier taux ne devrait cependant pas être mis en dessous de 0 en raison de la crainte de voir les banques européennes répercuter sur les clients le coût des dépôts effectués auprès de la BCE » suppose Laurent Geronimi.

La BCE pourrait également mettre fin à la stérilisation des titres achetés dans le cadre du programme SMP, au paroxysme de la crise des dettes de la zone euro. Le montant de ces titres est d’environ 180 milliards d’euros. «Toutes les semaines, la BCE procède à un appel d’offre en vue de récupérer sous forme de dépôts l’équivalent de ces 180 milliards d’euros auprès des banques européennes afin de ne pas laisser ce surplus de liquidité circuler dans le système. La BCE pourrait alors décider de ne plus procéder à ces appels d’offre » signale Laurent Geronimi.

Si la BCE ne devrait pas intervenir directement sur le marché des changes, il n’est cependant pas exclu que l’institution monétaire se montre verbalement plus déterminée à considérer la force de l’euro dans la conduite de sa politique monétaire. « La Banque centrale pourrait évoquer à l’oral une potentielle fixation d’un seuil pour le cours de l’euro contre le dollar, comme la fait la Banque centrale suisse pour le cours du franc suisse contre l’euro. La seule annonce sans mise en œuvre derrière pourrait avoir des conséquences concrètes sur la valeur de la monnaie unique » estime le directeur de la gestion taux de Swiss Life Banque Privée.

Les principaux risques identifiés

L’abandon progressif de la politique monétaire de la Fed devrait se faire sans heurt. La Banque centrale américaine ne devrait pas être amenée à relever de manière anticipée et brutalement son taux directeur. « La reprise devrait rester solide mais pas excessivement. Les tensions inflationnistes devraient demeurer limitées en particulier du fait du rétablissement très graduel du marché de l’emploi » justifie Xavier Lespinas.

La Chine est bien entendu une source de préoccupation. Néanmoins le risque systémique est écarté, malgré le fait que plusieurs autres défauts d’entités diverses sont attendus. « Les autorités ont les moyens de prendre les mesures qui s’imposent pour éviter le dérapage et atteindre une croissance d’environ 7,5% comme escompté officiellement» augure Xavier Lespinas.

A noter que les secteurs plébiscités par le directeur de la gestion actions afin de capter la majeure partie de la performance envisagée sur les actions de la zone euro sont le secteur automobile (constructeurs et équipementiers), le secteur aéronautique (constructeurs et équipementiers), et les services informatiques.

La société a 4 milliards d’euros sous gestion.