Coup de force ou retour de l’Etat stratège ? Mercredi le gouvernement a annoncé un investissement inattendu dans Renault via l’acquisition d’environ 14 millions de titres du constructeur (4,73% du capital). L’Etat, qui détient déjà 15% du capital de Renault, « a souhaité se donner les moyens de soutenir l’adoption des droits de vote doubles par Renault », explique Bercy dans un communiqué.

Cette règle issue de la loi Florange 29 mars 2014 prévoit que sauf décision contraire des assemblées générales, tout actionnaire qui conserve ses titres pendant au moins deux ans est récompensé par l’octroi de droits de vote doubles : chaque action qu’il détient alors lui donne deux voix lors des assemblées générales. « Les droits de vote doubles sont d’ores et déjà aujourd’hui une réalité dans plus de la moitié des entreprises du CAC 40 », souligne le ministère. Mais Renault fait de la résistance : une résolution s’opposant à l’adoption des droits de vote double doit justement être soumise au vote lors de la prochaine AG, le 30 avril. L’intention de l’Etat est donc claire : faire barrage à cette résolution, en augmentant sa participation (et donc ses droits de vote, qui atteindront 23,2%) juste avant l’AG.

Options de vente

Il n’hésite pas pour cela à casser sa tirelire : le coût d’acquisition des 14 millions de titres est estimé entre 814 millions d’euros et 1,23 milliard d’euros. La majorité (environ 10 millions) a déjà été acquise auprès d’un « prestataire de services d’investissement ». Le solde, soit environ 4 millions d’actions, doit l’être dans les prochains jours sur les marchés. L’opération « a pour but de conforter le poids de l’Etat actionnaire dans la gouvernance de la société, avec le souci de protéger ses intérêts de long terme, qui sont les mêmes que ceux de tous les actionnaires de long terme, et particulièrement ceux des actionnaires salariés de Renault (…) Elle ne préfigure en aucun cas un mouvement durable à la hausse ou à la baisse sur sa participation au capital de l’entreprise », précise Bercy.

En réalité l’Etat espère revendre les titres qu’il vient d’acquérir et réaliser ainsi une opération blanche pour les finances publiques. Les 14 millions d’actions sont en effet « protégées par des options de vente à prix fixe souscrites par l’APE et des options d’achat à prix fixe souscrites par le prestataire de services d’investissement, pour une durée de 6 mois suivie d’une période de dénouement échelonnée ». Acheter des titres en espérant les revendre sous six mois : on a vu mieux comme investissement de long terme.