Encore tabou il y a quelques mois, le rééquilibrage de l’alliance Renault-Nissan est désormais sur la table. Les menées de l’Etat français au capital du groupe de Boulogne-Billancourt ont fait ressurgir cette revendication latente du constructeur japonais. 

Nissan, allié de Renault depuis 1999, contrôle 15 % du capital du groupe français alors que ce dernier détient 43,4 % du japonais. Cependant, au titre de la règle française de "l'autocontrôle", les parts de Nissan ne lui confèrent pas de droit de vote à l'assemblée générale des actionnaires de Renault. Or, l’Etat français, lui aussi actionnaire à hauteur de 15%, est monté en avril dernier à 19,7%, obtenant un doublement de ses droits de vote en vertu d’une loi visant à protéger les groupes français contre la spéculation (loi Florange).

C’en est trop pour Nissan pour qui un rééquilibrage s’impose. De deux choses l’une: soit Renault passe sous la barre des 40% de Nissan, afin de débloquer les droits de vote du japonais, soit Nissan monte lui-même au capital de Renault. Le japonais envisagerait des participations croisées de l'ordre de 25% à 35%, selon l’agence Reuters.

Même si le ministre de l’économie Emmanuel Macron appelle à « ne pas déstabiliser l'alliance par des changements, des rééquilibrages, des modifications de gouvernance qui, d'ailleurs, pourraient créer des conflits d'intérêts », on voit mal comment ne pas donner raison à Nissan. Le groupe, qui vend deux fois plus de voitures que Renault et réalise un chiffre d’affaires de 85 milliards d’euros (contre 41 pour Renault), a toutes les raisons de vouloir renforcer son poids actionnarial, qui ne ferait que refléter les liens technologiques et industriels très forts entre les deux groupes. Pour autant, une fusion est exclue.

Le gouvernement - qui a lui-même pris récemment ses distances par rapport à un projet qui lui était prêté de vouloir fusionner Renault et Nissan – a proposé un compromis sur les droits de vote la semaine dernière, mais celui-ci a été rejeté, affirme encore Reuters. Hiroto Saikawa, le numéro deux de Nissan, doit faire un compte rendu aux membres de son conseil d’administration d'ici quelques semaines tandis qu'un nouveau conseil de Renault est prévu le 11 décembre.