Après avoir été mises sous pression en ce début d’année, les obligations high yield européennes, autrement dit les obligations émises par les entreprises en euro ayant une notation à risque rencontrent un véritable engouement de la part des investisseurs.
« Le segment offre en moyenne un rendement de 6% alors que les fondamentaux des entreprises sont globalement solides, ce d’autant plus qu’elles tirent avantage d’un prix du baril faible et d’un euro encore déprécié, et supposent une bonne capacité de remboursement » commente Julie Gualino-Daly.

Dans un environnement compliqué comme celui que nous connaissons, parsemé de doutes divers et variés, les obligations high yield européennes se veulent de bons placements qui permettent sous certaines conditions de diminuer la volatilité du marché et le risque de taux, admet la gérante d’Edram.

Un coup de pouce à cet univers a par ailleurs été apporté dernièrement par la Banque centrale européenne qui a décidé d’élargir son programme de quantitative easing aux obligations des entreprises européennes de bonne qualité (dites investment grade). « Cette mesure, qui sous tend une raréfaction à venir des papiers disponibles dans le compartiment des obligations européennes IG, a vocation à pousser les investisseurs traditionnellement positionnés sur cette dernière classe d’actifs à s’orienter vers les obligations européennes HY ».

Le pétrole et le secteur bancaire : des risques à relativiser

« Le stress de ce début d’année trouve notamment son explication dans le fait que nous avions atteint un niveau de valorisation exagéré en fin d’année dernière », éclaire Julie Gualino-Daly. Le rendement moyen est tombé jusqu’à 4%. Des prises de profits étaient à cet égard quasi inévitables.
Ceci étant les tensions se sont avérées, contre toute attente, particulièrement violentes en raison des craintes soulevées sur le ralentissement de la Chine, les contrecoups pressentis dans le secteur pétrolier du fort repli du cours du baril, les heurts observés dans le secteur bancaire européen (Novo Banco, banques italiennes, Deutsche Bank).
A présent que l’accalmie est revenue, il semble à considérer la situation d’ensemble plus attentivement, que les menaces qui pèsent sur le segment du high yield européen ne soient pas d’une telle ampleur qu’elles puissent conduire à véritable crise qui affecterait l’ensemble des noms évoluant dans cette sphère.
S’agissant du secteur pétrolier tout d’abord, il est manifeste que de nombreuses entreprises comme Petrobras, Vallourec, CGG, ont beaucoup souffert d’un prix du baril descendu à son plus bas niveau en janvier, à 27 dollars. La situation de ces entreprises est cependant acquise par le marché. « Les investisseurs ont pleinement conscience que les ebitda, les free cash flows se retrouveront à des niveaux dramatiquement bas ». Qui plus est, le faible cours du baril ne fait pas que des victimes. Il redonne du levier opérationnel à certaines entreprises comme Air France qui utilisent abondamment la matière première.
Les banques européennes ont été selon Julie Gualino-Daly exagérément attaquées. « D’ailleurs elles ont assez rapidement rebondi par rapport aux points bas qu’elles ont atteints » relève la gérante. « Celles-ci sont bien mieux capitalisées qu’auparavant et sont beaucoup aidées par la BCE » poursuit cette dernière.
« Si l’on se fie au contrechoc pétrolier que nous avons vécu dans les années 1970, il ne fait pas sens de penser que le contrechoc pétrolier que nous vivons actuellement entrainera une cascade de faillites bancaires » précise de son coté Jacques-Aurélien Marcireau, gérant actions internationales chez Edram, également présent à la conférence. « L’ensemble des expositions au secteur pétrolier représente un montant 10 fois moindre que les expositions que l’on a pu dénombre au segment des subprimes lors de la survenance de la crise de 2008 » complète Julie Gualino-Daly.

Deux sources de perturbation potentielles demeurent : l’arrivée massive des fallen angels et le Brexit

« Nous ne voyons pas forcément le passage de sociétés notées investment grade à high yield d’un bon œil » énonce Julie Gualino-Daly. Les noms sujets à une telle dégradation sont Areva, Gazprom, Petrobras, Anglo American, Casino…autant de sociétés qui ont vu leur santé financière se détériorer sérieusement. L’entrée d’une entité comme Casino sur le marché du high yield devrait lui couter en année pleine 80 millions d’euros de frais financiers. « Aussi nous ne sommes pas nécessairement friands de ces titres » confie Julie Gualino-Daly. « Nous prenons le temps de les analyser dans le temps et pouvons patienter jusqu’à un an avant de considérer que la valeur constitue finalement une bonne opportunité en raison du plan de restructuration qu’elle a su mettre en place ».
Pour l’instant, le marché ne price pas grand-chose sur le segment par rapport au Brexit. Nul n’a une réelle vision de ce que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne peut occasionner comme dégâts collatéraux. « Toutefois, force est de penser que plus nous nous rapprocherons de la date du référendum fixée au 23 juin et plus nous aurons de la volatilité qui émane de cet élément de risque » augure Julie Gualino-Daly. Dans le cas où le camp de la sortie l’emportait, certains scenarii tablent sur un écartement de l’indice crossover de 150 points de base, une amplitude trois fois plus élevée que celle envisagée pour le Grexit l’année dernière.
« Pour notre part nous prenons ces épisodes de volatilité comme des points d’entrées qui nous permettent de nous renforcer ou d’initier des positions sur les sociétés sur lesquelles nous avons des convictions eu égard à aux fondamentaux ».

Les biais sectoriels et géographiques

Assez naturellement, l’allocation de la gérante se veut dépourvu de titres appartenant au secteur de l’énergie. « Nous n’avons pas investi dans Areva, ni dans Vallourec ».
A l’inverse, un secteur apprécié est celui des sous traitants automobiles à l’instar de Faurecia, qui ont été démesurément impactés par le scandale Volkswagen.
Sur le front géographique, la voilure a été fortement réduite sur le Royaume-Uni, à la fois les émissions en sterling et les émissions en euro des sociétés britanniques. Une sortie a ainsi été orchestrée des grands leaders des ventes au détail, Tesco et NewLook. « Notre exposition totale au Royaume-Uni s’élève présentement à moins de 2% ».
Le cap a en revanche été resserré sur la France, en particulier dans le domaine médical. Ainsi le choix a été fait d’investir dans certaines sociétés spécialisées dans les tests urinaires ou les tests sanguins. Le nom de Numéricable a également été mentionné parmi les sociétés hexagonales qui présentent un profil rendement/risque attractif. « La société évolue dans un domaine d’activité prospère. Le câble est de plus en plus perceptible comme un produit de première nécessité. Le cash généré est extrêmement significatif. De ce fait, nous jugeons les reins de l’entreprise suffisamment solides pour faire face à la dette qu’elle a contractée. Ce d’autant plus que la direction a veillé à ce qu’il y ait une stricte ségrégation des différentes filiales de la holding afin d’éviter toute éventualité de « cross défault » » développe Julie Gualino-Daly.