L'affaire Volkswagen n'est que la partie émergée de l'iceberg. Telle est la conclusion d'une étude sur les véhicules diesel publiée lundi par l'ONG bruxelloise Transport & Environment. L'organisation qui fédère une cinquantaine d'associations environnentales a compilé les résultats des tests effectués par les gouvernements français, britannique et italien dans la foulée du scandale. Il en ressort que la majorité des véhicules diesel commercialisés depuis 2010 en Europe ne respecte pas les normes anti-pollution. Plus de 80% des véhicules homologués "Euro 5" émettent trois fois plus d'oxyde d'azote (NOx) que ce qui est prévu, les deux-tiers des véhicules "Euro 6". Autrement dit, selon l'ONG, 29 millions de véhicules diesel "sales" ont été mis sur les routes au cours des six dernières années.

L'étude va plus loin, en détaillant les modèles les plus polluants et en classant les constructeurs en fonction de leurs piètres performances. A ce petit jeu, Renault-Dacia se voit décerner le titre des moteurs diesel les plus "sales" pour la norme Euro 5, avec des émissions sur routes près de huit fois supérieures à la limite fixée pour les tests en laboratoire. Suivent Land Rover, Hyundai, Opel-Vauxhall (dont Chevrolet, autre marque du groupe GM) et Nissan. Pour les véhicules Euro 6, Fiat (y compris de marques Alfa Romeo, ainsi que Suzuki à qui il fournit des moteurs) hérite du titre : ses véhicules émettent jusqu'à 15 fois plus de gaz polluants que la limite fixée en laboratoire. Mais Renault-Dacia-Nissan vient juste derrière (14 fois plus d'émissions), devant Opel-Vauxhall et Hyundai. PSA se situe, lui, plutôt parmi les bons élèves tout comme… Volkswagen. Le géant allemand a introduit sur sa dernière génération de moteurs des évolutions techniques bénéfiques, précise l'ONG.

Le dépassement généralisé des seuils antipollution provient notamment de la méthode d'homologation des véhicules à partir de tests en laboratoire jugés "irréalistes" et manipulables, comme l'a montré l'affaire Volkswagen. Sur ce point Transport & Environnement ne cache pas sa suspicion vis-à-vis des autres constructeurs. La plupart des modèles identifiés comme "sales" intègrent un dispositif de désactivation des filtres anti-pollution à certains niveaux de température, qui pourrait expliquer les niveaux élevés d'émissions constatés sur route. Là-encore Renault est soupçonné d'avoir abusé de ce type de mécanisme même si les données recueillies ne sont pas suffisantes pour conclure à une volonté délibérée de tricherie (voir également : Renault épargné par la commission Royal ?). L'ONG déplore ainsi la "connivence" des gouvernements avec les constructeurs et les exhorte à pousser plus loin leurs investigations. "L'industrie automobile a pris en otage ses régulateurs, et les Etats européens doivent maintenant résister au nom de leurs citoyens et arrêter de scandaleusement étouffer" la situation, a commenté Greg Archer, en charge des véhicules propres pour T&E. Mais alors que le diesel représente encore plus de la moitié des ventes de voitures neuves en Europe, la messe n'est pas dite.