La révélation est plutôt gênante à la veille de l'assemblée générale du constructeur. D'après l'agence Reuters l'une des banques-conseil de l'alliance Renault-Nissan a élaboré un projet permettant de verser des millions d'euros de bonus annuels supplémentaires au PDG Carlos Ghosn et à d'autres dirigeants, en franchise de charges sociales et sans que cette rémunération ne soit soumise au vote des actionnaires.

Le montage prévoit que Renault, Nissan et leur nouvel allié Mitsubishi versent à une société spécialement créée pour l'occasion une portion des synergies dégagées grâce à l'alliance. Les fonds transférés sous la forme de bonus en numéraire et en titres serviraient à "encourager les dirigeants à poursuivre les opportunités de synergies", selon le document rédigé par Ardea Partners, une banque privée installée à Londres dont le fondateur est un proche de Carlos Ghosn, précise Reuters.

Réagissant à ces informations, une porte-parole de Renault-Nissan a rejeté toute initiative de la part des dirigeants de l'alliance. «Aucune décision de la sorte n'a été prise. Ce sont des spéculations, tirées de documents que nous n'avons pas pu consulter. Et des consultants qui avisent officiellement ou non un groupe comme le nôtre, il en existe des douzaines", a indiqué Catherine Loubier au Parisien.

Mais ces révélations risquent de semer le trouble parmi les actionnaires qui se réunissent en assemblée générale jeudi 15 juin à Paris. L'année dernière, l'AG de Renault avait rejeté la rémunération de Carlos Ghosn, une première dans l'histoire du groupe, mais le conseil d'administration l'avait aussitôt confirmée. Cette année le conseil a accepté de baisser très légèrement la rémunération du PDG, à 7 millions d'euros au lieu de 7,2 millions, en dépit de la progression des résultats du groupe. Quant à Carlos Ghosn, s'il a renoncé en février dernier à la direction générale de Nissan pour n'en conserver que la présidence, il touchera plus de 8 millions d'euros de la part du constructeur japonais au titre de l'année 2016. Il cumulera par ailleurs à compter de l'année prochaine un troisième salaire en tant que nouveau président de Mitsubishi, dont Nissan a racheté 34% l'an dernier.

Alors que son mandat à la tête du conseil d'administration de Renault arrivera à échéance en 2018, le patron va au-devant de turbulences s'il ne fait pas taire une fois pour toutes les polémiques sur sa rémunération. Nul doute qu'une clarification est nécessaire dès ce jeudi.