La chute des valeurs automobiles européennes se poursuivait lundi en début d'après-midi après la révélation par le magazine Der Spiegel de soupçons d'entente entre les cinq principaux fabricants allemands (Volkswagen, BMW, Audi, Porsche et Daimler). Vers 14h40, l'indice sectoriel Stoxx 600 Automotive cédait encore 1,9% après avoir lâché près de 3% vendredi. A la bourse de Francfort, Daimler abandonnait 3,7%, BMW 2,9%, Volkswagen 2,6%, entraînant dans leur glissade leurs concurrents français Renault (-1,3%) et PSA (-2,3%).

"L'industrie automobile allemande s'est concertée depuis les années 1990 dans des groupes de travail secrets sur la technique utilisée dans les voitures, les coûts, les sous-traitants, les marchés, les stratégies et aussi sur la diminution des émissions polluantes de leurs véhicules diesel", écrit Der Spiegel.

L'hebdomadaire phare de la presse allemande dit tirer cette information «d'un document écrit que le groupe VW a adressé aux autorités de la concurrence» allemandes en juillet 2016, comme «une sorte d'auto-dénonciation». Daimler se serait également auto-dénoncé dans l'espoir d'obtenir un peu de clémence de la part des gendarmes de la concurrence car la facture des amendes pour entente peut être extrêmement douloureuse. Daimler en a fait l'amère expérience l'été dernier, quand la Commission européenne lui a infligé un milliard d'euros d'amende pour s'être mis d'accord sur les prix de vente de ses camions avec trois autres fabricants européens.

Quant à Volkswagen, il a accepté de payer près de 18 milliards de dollars d'amendes et d'indemnisations aux Etats-Unis pour avoir introduit un logiciel truqueur dans ses moteurs diesels, et fait encore l'objet de nombreuses plaintes dans d'autres pays. Or, le "cartel" tel que le nomme Der Spiegel ne serait pas étranger au scandale qui a éclaboussé le principal constructeur allemand en 2015. Dès 2006 les cinq constructeurs germaniques se seraient entendus sur la taille des réservoirs d'Adblue, un additif qui permet de réduire les émissions polluantes d'oxyde d'azote sur les moteurs diesel. De gros réservoirs se révélant plus chers, les groupes auraient opté de concert pour de petits réservoirs, ne contenant pas assez de liquide pour réduire de manière suffisante les gaz polluants émis.

1000 réunion secrètes

Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, selon l'hebdomadaire, qui évoque "plus de 1000 réunions secrètes" impliquant 200 salariés des groupes concernés sur les cinq dernières années. «Ce n'est pas l'oeuvre de quelques rares managers criminels du groupe Volkswagen, mais le résultat d'accords secrets de l'ensemble de l'industrie automobile allemande», assène le journal.

Ces informations tombent au plus mauvais moment pour l'industrie automobile allemande qui doit entériner début août avec le gouvernement un "plan de sauvetage" du diesel, face au durcissement de normes européennes en matière d'émissions. Proche d'Angela Merkel, le député conservateur Volker Kauder a appelé lundi "à faire table rase" dans cette histoire. "On doit dire les choses clairement : le droit et la justice valent aussi pour l'industrie automobile", a-t-il insisté. Si les informations du Spiegel se révélaient exactes, "ce serait une gigantesque escroquerie sur le dos des clients et des fournisseurs, souvent des entreprises de taille moyenne", a prévenu le rival social-démocrate de la chancelière, Martin Schulz.

De son côté, la Commission européenne a simplement confirmé avoir "reçu des informations" et être en train de les examiner. En théorie, l'amende de Bruxelles peut aller jusqu'à 10% du chiffre d'affaires des entreprises concernées. Pour les constructeurs automobiles allemands, cela pourrait atteindre presque 50 milliards d'euros, en se basant sur leurs revenus de 2016.