Le groupe Renault a publié vendredi des résultats record au premier semestre grâce aux ventes et aux réductions de coûts de la marque au losange, auxquelles sont venus s'ajouter un premier apport du constructeur russe Avtovaz et une forte contribution du partenaire japonais Nissan.

Le groupe de Boulogne-Billancourt, qui avait déjà dévoilé ses résultats commerciaux mi-juillet (+10% de véhicules écoulés sur le semestre), a publié un chiffre d'affaires en hausse de 17,3% à 29,5 milliards d'euros, un résultat opérationnel de 1,82 milliard d'euros (+18,1%) et un bénéfice net, part du groupe, de 2,38 milliards d'euros (+58,5%) au titre du premier semestre. Le consensus Inquiry Financial pour Reuters donnait un chiffre d'affaires de 29,85 milliards d'euros et un bénéfice net de 2,23 milliards.

Vers 14h30 le titre cédait 5,3%, signant la plus forte baisse du CAC 40 (-1,2%). "Les résultats au premier semestre sont excellents, mais ce sont les perspectives pour la suite qui sont sanctionnées", a commenté un analyste parisien cité par l'AFP. Le groupe a pourtant confirmé ses objectifs pour 2017 d'une croissance de sa marge opérationnelle et de son chiffre d'affaires à changes constants, au-delà de l'impact d'Avtovaz, et d'un flux de trésorerie opérationnel de l'automobile positif. Il vise par ailleurs un chiffre d'affaires de 70 milliards d'euros à horizon 2022 avec une marge opérationnelle de 7% et un flux de trésorerie positif. "Ces perspectives sont inférieures aux attentes des marchés", a noté l'analyste en ajoutant que la "sanction était malgré tout disproportionnée".

D'autres mettent en exergue la moindre rentabilité du constructeur par rapport à son compatriote PSA. Ce dernier a réussi à dégager une marge opérationnelle de 7,3% au premier semestre dans sa division automobile contre 4,8% "seulement" pour Renault. "L'effet mix/prix/enrichissement chez Renault est négatif de 180 millions d'euros, ce qui est surprenant au vu des nouveaux modèles Mégane, Scenic, Kadjar, Espace et Talisman et alors que le chiffre d'affaires offre une image plus positive", commente le courtier Bernstein dans une note.

Questions en suspens


Contrairement à PSA, l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est engagée dans une course à la taille avec comme objectif la première place mondiale des constructeurs. Un objectif qu'elle a d'ailleurs atteint au premier semestre où elle a fait jeu égal avec l'allemand Volkswagen en nombre de véhicules vendus. De ce point de vue, le groupe exécute parfaitement sa stratégie fondée sur les synergies au niveau mondial entre ses trois constructeurs. Au cours d'une conférence avec les analystes, le directeur délégué à la Compétitivité Thierry Bolloré a d'ailleurs indiqué que Renault était bien parti pour réaliser environ 450 millions d'euros d'économies sur l'ensemble de l'année.

Néanmoins des questions demeurent sur la capacité de l'alliance à faire face aux défis qui l'attendent : redressement du japonais Mitsubishi, succession de Carlos Ghosn mais aussi transition vers des motorisations moins polluantes avec l'abandon progressif du diesel. Visé, comme plusieurs autres constructeurs européens, par une enquête du Parquet de Paris pour "tromperie" sur les émissions de ses modèles diesel, le groupe avait rappelé fin 2016 plusieurs milliers de véhicules afin de les mettre en conformité avec la législation européenne. La question de l'adaptation de sa gamme aux nouvelles exigences environnementales sera certainement au coeur du plan stratégique 2017-2022 qu'il doit dévoiler à l'automne.