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PSA et Renault aux avant-postes des voitures écologiques

PSA et Renault aux avant-postes des voitures écologiques

(Easybourse.com) Hormis les marchés émergents, la voiture écolo constitue pour les constructeurs automobiles l'autre relais de croissance pour la décennie à venir. Les projets des groupes français sont à la fois ambitieux et très divergents.

Interview de Flavien Neuvy

Interview

Flavien Neuvy

Responsable de L'Observatoire Cetelem

Observatoire Cetelem

Interview de Flavien Neuvy

Interview

Flavien Neuvy

Responsable de L'Observatoire Cetelem

Observatoire Cetelem

C'est un match de plusieurs milliards d'euros qui s'ouvre dans le monde de l'automobile. Celui de la voiture écolo de demain. D'un côté, la voiture à motorisation hybride, une idée mise en place par Toyota à la fin des années 1990, est devenue l'arme choisie par PSA. De l'autre côté, la voiture électrique que Renault a décidé de proposer à très grande échelle dès 2012 avec la Zoé. Des sommes colossales sont en jeux : infrastructures, coûts de développements de technologies, mise en place d'un modèle industriel… Ce match pourrait se jouer sur plusieurs décennies, mais des remplaçants pourraient entrer sur le terrain.


Avec 4 milliards d'euros mis sur la table, Renault a probablement mis en place le programme de voiture électrique le plus ambitieux du monde. L'objectif est à la hauteur : 10% du marché mondial à horizon 2020 ! Carlos Ghosn est sûr de son coup. Pour développer cette technologie, son entreprise a complètement renoncé à la technologie hybride qui a pourtant meilleure presse auprès des consommateurs. Pour Renault, le marché de l'électrique va forcément décoller. La question est seulement de savoir quand car, pour le moment, cette technologie présente un certain nombre d'inconvénients : autonomie, infrastructures de recharges, coûts d'achats… A toutes ces problématiques, Renault a une réponse. Autonomie ? Une voiture électrique peut assurer jusqu'à 150 kilomètres avec un «plein», or 81% des déplacements quotidiens sont inférieurs à 55km en Europe. Pour ce qui est des infrastructures de recharges, Renault compte sur les gouvernements pour financer une partie des investissements nécessaires, au nom de la lutte contre les émissions de CO2. D'ailleurs, la marque au losange a signé des accords avec des municipalités ou des grands électriciens comme EDF afin de partager les frais de déploiement.

Un plein entre 2 et 4 euros

C'est sur le prix de vente que Renault a fait preuve d'imagination. Le constructeur français s'est donné pour objectif de vendre sa voiture au prix d'une Clio. Pour ce faire, il vendra la voiture sans sa batterie. Celle-ci sera vendue sous forme d'abonnement. Résultat, la Zoé (photo ci-contre) sera vendue au prix de 21 300 euros, prime comprise, avec un abonnement mensuel de 72 euros pour la batterie. Mais c'est sur le mode d'industrialisation que Renault veut accomplir son modèle économique. En s'adressant au grand public, le groupe veut passer à des cadences industrielles de masse pour sortir l'électrique de son marché de niche. C'est bien là que se trouve le défi de Renault. La marque au losange est convaincue qu'avec les volumes, les économies d'échelles lui permettront de proposer des modèles à des prix compétitifs. A l'inverse de PSA qui réserve ses deux modèles (iOn ou C-Zéro, et son utilitaire léger) à une flotte d'entreprises ou d'organismes publics, l'ex-régie veut vendre ses voitures électriques aux particuliers. Une véritable gageure sans un parking privé. Les habitudes de consommation seront assurément un frein. Le particulier devra ainsi accepter un véhicule réservé aux distances «courts-courriers» en format citadine ou posséder un véhicule familial long-courrier en parallèle. L'avantage de la voiture électrique réside dans sa consommation et ses coûts de maintenance réduits. Renault estime qu'il faut compter entre 2 et 4 euros pour faire un «plein». Un

General Motors a mis le doigt sur quelques choses de très prometteur qui aura l'avantage d'être à la fois électrique donc zéro émission, tout étant hybride

argument de poids face à la hausse tendancielle des cours du carburant.

L'hybride diesel, une première mondiale  made in France

Pour PSA, il y a trop de «si» dans le modèle électrique. Le constructeur français préfère regarder du côté des motorisations hybrides. Il envisage des émissions en-dessous de 50g de C02 par kilomètre, soit moitié moins que les moteurs diesels actuels les plus performants. Le groupe dirigé par Philippe Varin ne veut pas être réduit à suivre le modèle de la Prius Toyota. PSA lance ainsi le premier moteur hybride diesel du monde. Fort de son expertise dans les motorisations diesels, le constructeur vise des performances supérieures aux hybrides classiques. Cette innovation permet à Peugeot de réaliser un bon coup et de rattraper de nombreux concurrents comme Honda, ou BMW. Le groupe français reste cependant tenu en respect par Toyota qui a fait évoluer son système hybride grâce à la technologie plug-in qui permet de recharger le moteur électrique sur une prise classique. Une technologie que PSA proposera à partir de 2012.


Les constructeurs savent que les jeux ne sont pas faits et de nombreuses innovations sont à venir. General Motors pourrait révolutionner ce petit écosystème avec le Chevrolet Volt, ou sa version européenne, Opel Ampera. Son moteur électrique assure la propulsion du véhicule, avant d'être relayé par un petit moteur essence qui, en roulant, recharge les batteries. «Avec cette technologie, General Motors a mis le doigt sur quelques choses de très prometteur qui aura l'avantage d'être à la fois électrique donc zéro émission, tout étant hybride» observe Frédéric Bonneau, analyste spécialiste du secteur automobile au Crédit Agricole. La consommation de cette berline est de 1,6 litre pour 100 kilomètres et 40g d'émissions de CO2 par kilomètre lorsque le véhicule passe en mode thermique. Par comparaison, le Peugeot 3008 hybrid 4, envisage une consommation de 3,8 litres, pour 99 g de CO2, tandis que le Toyota Prius est à 2,6 litres avec 59 g de CO2. Frédéric Bonneau estime, de son côté, qu'il ne faut pas sous-estimer les progrès des motorisations thermiques. Chaque progrès du moteur thermique est un progrès pour son application hybride.

En fait, la vraie bataille de motorisations des prochaines années est là et PSA devra multiplier les investissements pour tenir la corde face aux offensives des géants comme Toyota, ou même General Motors. Renault l'a bien compris et se sent plus à l'aise sur son créneau électrique où il n'y pas foule. Il devra toutefois attendre quelques années pour espérer gagner de l'argent. Si tout va bien…
Nabil Bourassi

Publié le 15 Octobre 2010