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Renault VS Peugeot-Citroën: un dilemme pas si Cornélien

Renault VS Peugeot-Citroën: un dilemme pas si Cornélien

(Easybourse.com) Au lendemain du mondial de l'automobile, les constructeurs français abordent une industrie en pleine mutation. Les investisseurs sont alors confrontés à un choix entre deux stratégies opposées. Nos deux champions affichent toutefois des performances inégales.

Décidément, nos deux constructeurs automobiles nationaux suivent deux trajectoires radicalement différentes. Le Mondial de l'automobile de Paris a encore une fois, été l'occasion de contempler leurs divergences stratégiques. Pour un peu, on penserait que c'est une affaire entendue afin de ne pas se gêner sur leur marché domestique. D'autres ont été jusqu'à imaginer un véritable champion national créés qu'au vu de leur complémentarité, ces deux frères ennemis réunis créeraient un véritable champion national. L'investisseur, de son côté, va se livrer à un arbitrage entre leurs deux stratégies industrielles. La décision d'investissement devient, de fait, un pari sur l'avenir d'une industrie en pleine mutation, mais non dénué de relais de croissance, même en Europe.


Quelle communauté d'intérêt entre le tout électrique choisi par Renault et la stratégie hybride de PSA ? Le repositionnement premium de PSA est-il plus pertinent de la logique industrielle et grand public de Renault ? L'Alliance Renault-Nissan apporte-t-elle davantage que la tactique de partenariats diversifiés choisis par la firme de Sochaux ?

Les réponses à ces trois principales questions commanderont le choix de l'investisseur. Or, déjà, il s'avère que Peugeot-Citroën a pris de l'avance sur son compatriote. Le groupe dirigé par Phillipe Varin dispose d'une carte majeure entre ses mains : ses positions en Chine. Avec deux usines et une troisième en construction, PSA est d'ores et déjà en route pour se tailler une place de choix dans l'Empire du Milieu qui est déjà devenu le premier marché automobile mondial l'année dernière. Et encore, celui-ci devrait continuer à croître à un rythme soutenu pour les prochaines années. En réalité, le groupe réalise d'énormes efforts sur son marché domestique. Son repositionnement dans les gammes supérieurs a trouvé un écho favorable, parfois même au-delà des attentes. Sa stratégie de partenariats industriels s'avère également beaucoup plus efficients, plus souple et moins onéreux que les échanges capitalistiques de Renault.

Renault sauvé par Dacia?

Renault de son côté souffre. Il souffre d'une image brouillée, où le consommateur lui reconnait, certes, la qualité de conduite et sa sécurité (Renault rafle régulièrement les 5 étoiles des tests de EuroNCAP), mais où il s'ennuie de ses voitures pas assez sexy. Quant à l'alliance avec Nissan, celle-ci est intéressante mais reste peu visible à long terme. Renault reste l'actionnaire d'un groupe qui construit un million de véhicule de plus que lui, et sera bien incapable d'aller au-delà de 44% du capital du constructeur japonais. En fait, personne n'envisage de faire de ces deux constructeurs un groupe intégré. La question reviendrait en fait à se demander si l'alliance Renault-Nissan survivrait à Carlos Ghosn, véritable star au Japon où biographies et mangas lui sont consacrés.

Non ! La vraie force de Renault réside dans Dacia. Cette trouvaille de la voiture à bas coût est une véritable machine de guerre pour le constructeur français. Son catalogue réduit permet de conquérir les marchés émergents avec une redoutable efficacité. Avec plus de 600 000 véhicules vendus cette année, le groupe vise le million avec l'ouverture prochaine de l'usine de Tanger. Le Maghreb est déjà conquis par les Sandero et Logan et se frotte les mains avec la sortie du Duster. L'Amérique Latine est en ligne de mire, alors que la Russie et les pays de l'Est sont d'ores et déjà prêts à monter en gamme avec… Renault. C'est ici que s'accomplit la stratégie de Renault. Encore faut-il que la montée en gamme attendue par ces nouvelles classes moyennes en mal de reconnaissance soit incarnée par les voitures Renault... Dernier espoir pour la firme dirigée par Carlos Ghosn, le jackpot du marché électrique s'il décollait comme il l'entend. Dans ce dernier cas de figure, il s'agit plutôt d'un investissement à long terme.

Nabil Bourassi

Publié le 20 Octobre 2010