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Jusqu'où ira Volkswagen?

Jusqu'où ira Volkswagen?

(Easybourse.com) Le géant allemand est en route pour la première place du podium mondial. La stratégie industrielle du groupe lui a permis de traverser la crise économique haut la main. Volkswagen fait trembler les autres constructeurs généralistes, y compris les français.

Dans le monde de l’automobile, l’annonce de Volkswagen (VW) a été vécue comme la dernière des provocations. 51 milliards d’euros seront investis en 5 ans dans le monde. Qui ? Mais qui peut encore mobiliser de telles sommes au lendemain d’une des plus violentes crises du monde automobile alors même que le marché n’a toujours pas redémarré. Pendant que la presse comptait les morts et s’apitoyait sur des ex-mastodontes sous perfusion, Volkswagen a traversé les balles avec brio, et n’a jamais été aussi sûr de remporter la première place du podium mondial. Une simple question de temps.

Hormis le groupe coréen Hyundaï-Kia, tous les concurrents sont décontenancés par l’agressivité industrielle de VW quasi-omniprésent dans le monde de l’automobile. «Le dynamisme de l’offre produit de Volkswagen qui recouvre l’ensemble des segments du marché automobile permet au groupe d’être très réactif aux évolutions de la demande, même en période de prime à la casse» explique François Pierre Arth, analyste chez Groupama AM. Avec dix marques, toutes positionnées sur un créneau spécifique tant en matière de style que de prix, le groupe dispose d’une puissance de frappe redoutable qui a quadrillé tout le continent européen, et qui compte largement sur l’internationalisation pour tirer ses ventes.

Le chêne qui ne rompt pas

Grâce à cette stratégie, Volkswagen, «voiture du peuple» en Allemand, a réussi à limiter la casse pendant le pic de la crise économique entre 2008/2009 bien qu’il ait accusé le coup de la baisse des ventes en Europe. Le chiffre d’affaires est passé de 113 milliards en 2008 à 105 milliards d’euros en 2009, et ce malgré les primes à la casse qui ont soutenu le marché européen. La profitabilité a également souffert, mais elle est restée positive passant de plus de 6 milliards à 1,2 milliards d’euros en 2009. Mais le plus important, c’est que jamais Volkswagen n’a vendu autant de voitures avec 6,3 millions

Volkswagen n’a pas besoin de faire un pari technologique, alors que Renault oui pour une question d'image

d’immatriculations. En comparaison, Peugeot-Citroën a vu ses ventes baisser de 2,2% à 3,2 millions d’unités et qui doit se contenter d’une part de marché mondial de 5,1%, contre plus de 11% pour l’Allemand. Mais le groupe fondé en 1936 par Ferdinand Porsche a plié mais n'a pas rompu et l’année 2010 est là pour le démontrer. Le chiffre d’affaires a décollé de 20% sur les trois premiers trimestres, et la production de véhicules s’est envolé de près de 23%. Les bénéfices, eux, ont déjà bondi à 4 milliards d’euros. Et cela risque de durer longtemps, puisque le groupe compte sur ses investissements en Asie et en Amérique pour continuer à accroître sa production.

Des investissements massifs, une prise de risque minime


Car la philosophie de VW est de s’engouffrer massivement vers les relais de croissances, avec des prises de risques minimum. Ainsi, Volkswagen ne met pas sa puissance au service de l’innovation et hésite avant de se lancer dans des grandes révolutions technologiques. C’est pourquoi, il reste à l’écart de la bataille qui fait rage sur les motorisations vertes et n’a pas tranché entre le tout électrique, l’hybride ou une technologie alternative comme le moteur à hydrogène. «VW laisse les autres tester le marché. Mais le jour où il aura fait son choix, il mettra le paquet» explique François-Pierre Arth. En attendant, le géant allemand poursuit tranquillement le développement de ses motorisations thermiques où il propose désormais des niveaux de consommation parmi les plus compétitifs. «Volkswagen n’a pas besoin de faire un pari technologique, alors que Renault oui pour une question d'image. Ma plus grande peur durant cette crise a été que que Volkswagen baisse ses prix. Les marques françaises n’auraient alors pas résisté» conclut François-Pierre Arth. Effrayant !
Nabil Bourassi

Publié le 30 Novembre 2010