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Les excuses de Ghosn suffiront-elles à sauver Renault?

Les excuses de Ghosn suffiront-elles à sauver Renault?

(Easybourse.com) Le parquet renonce à poursuivre la piste formulée par Renault, et parle d'une escroquerie. La mise en cause de Carlos Ghosn déstabilise Renault et son avenir.

L’affaire d’espionnage est définitivement écartée par le parquet. Renault a aussitôt présenté ses excuses publiques auprès des trois cadres licenciés sans ménagement. L’onde de choc se propage et déstabilise la direction de Renault et Carlos Ghosn en premier lieu. Un communiqué publié cette après-midi a fait état de la convocation du Conseil d’Administration où des décisions pourraient être communiquées à son issue, ce soir.

«Carlos Ghosn et Patrick Pélata présentent leurs excuses et leurs vifs regrets, à titre personnel et au nom de Renault, à MM. Balthazard, Rochette et Tenenbaum mis en cause à tort dans ce dossier. Ils s’engagent à ce que réparation soit apportée aux trois cadres concernés et que leur honneur soit restauré aux yeux de tous, en tenant compte du grave préjudice humain qu’eux et leur famille ont subi. Carlos Ghosn et Patrick Pélata recevront personnellement, dans les plus brefs délais, MM. Balthazard, Rochette et Tenenbaum» est-il écrit dans le communiqué. Mais, ces excuses seront elles suffisantes pour apaiser la pression sur le cours de Renault? Aujourd'hui, le titre perdait plus de 6%...

Un scandale qui collera à la peau

Par précaution, Patrick Pélata s’était présenté en fusible afin de couvrir le grand patron. D’autres têtes devraient également tomber. Mais les analystes sont inquiets quant à l’avenir de Carlos Ghosn. Le grand architecte de l’alliance Renault-Nissan a vu son image à jamais entachée dans cette affaire. Il a pourtant besoin de toute sa légitimité managériale pour sortir de l’ornière un groupe en grandes difficultés. Son départ pourrait tout ainsi fragiliser l’édifice de la grande alliance sans qui Renault pourrait se retrouver bien seul… Trop seul. Sans Nissan, Renault ne pèse que 2,7 millions de véhicules. Dans une industrie où l’effet de taille est crucial, cette déconvenue pourrait être fatale pour le constructeur dont les ventes stagnent en Europe (hors Dacia) et ont encore du mal à percer dans les pays émergents.

Dans l’hypothèse d’une démission précipitée, Renault devra faire face à une grave crise managériale. Le successeur de Carlos Ghosn devra convaincre Nissan de poursuivre son partenariat. Pour le constructeur japonais, l’alliance tient plus sur la présence de Carlos Ghosn que sur le partenariat avec Renault. En cas d'échec, le nouveau boss devra impulser un revirement à 360 degrés de la stratégie industrielle et commerciale du constructeur français tout en remobilisant des salariés qui ont perdu foi au projet d’entreprise. Il est vrai qu’avec 44% du groupe japonais, soit près de 14 milliards d’euros, celui-ci aurait des marges financières suffisantes. Il n’empêche ! Renault ne sait plus où il va. Carlos Ghosn ne pourra malheureusement pas se défaire d’une affaire qui lui collera à la peau toute sa carrière. Si son débarquement semble pour l'instant impensable, il pourrait être poussé à préparer sa succession plus vite qu’il ne le pensait. Le patron de choc de Renault-Nissan semble avoir définitivement perdu la main…

Nabil Bourassi

Publié le 14 Mars 2011