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Automobile: les Français misent sur les pays émergents

Automobile: les Français misent sur les pays émergents

(Easybourse.com) Pour compenser la stagnation du marché européen, Renault et Peugeot-Citroën ont accéléré leurs investissements dans les pays émergents. Ceux-ci affichent toutefois des perspectives fragiles ou ont déjà amorcé une phase de ralentissement.

Chouette ! La part à l’international de nos constructeurs automobiles ne cesse de croitre et approche désormais la barre des 40% pour les deux constructeurs. A priori, il s’agit d’une bonne nouvelle ! En réalité, cela traduit surtout une baisse des volumes en Europe. Compte tenu des perspectives de croissance du Vieux Continent, il y a fort à parier que cette part risque encore de progresser dans les prochains mois. Il faut toutefois reconnaître que nos constructeurs tricolores mettent le paquet à l’international même si les analystes préfèrent rester prudents. «Il faudra encore un peu de temps pour que l’international compense le terrain perdu sur le marché domestique», tempère Yann Lacroix, analyste automobile chez EulerHermes. Pour Frédéric Bonneau, de Crédit Agricole, «il existe de nombreux signaux de ralentissement des marchés émergents, notamment en Chine et au Brésil».

PSA seul français en Chine

Le premier d’entre eux, le marché automobile chinois, pourrait connaître une croissance proche de zéro dès cette année. Les observateurs vont même jusqu’à évoquer des surcapacités industrielles. «Les constructeurs chinois devraient être les premiers touchés par la fin des incitations publiques de petites cylindrées», nuance Frédéric Bonneau. Il faut dire que le groupe Peugeot-Citroën tente de se positionner sur un segment supérieur avec le lancement de la 408 et de la 508 bientôt rejoints par la gamme DS. Il reste toutefois du chemin à parcourir pour percer sur le segment supérieur : «les cinq premières voitures premium du marché chinois sont allemandes», constate Yann Lacroix. Autrement dit, le français doit encore se construire une légitimité sur ce segment. Il reste à espérer que Peugeot tienne son objectif de 8% de part de marché en 2015, soit un volume de plus de 1,6 millions de véhicules.

PSA est également confronté au ralentissement du marché automobile brésilien. Celui-ci a connu un fort coup de frein en 2010 où il n’a augmenté que de 3,8%, loin des taux de croissance à deux chiffres des années précédentes. Pour l’heure, le groupe reste confiant. Il détient 6,5% du marché et continue à progresser plus vite que la moyenne de ses concurrents avec un taux de croissance de 14%. Mais cette fois, il doit rivaliser avec son compatriote Renault qui détient 5,9% des parts de marché et voit ses ventes augmenter de 24% depuis le début de l’année. La marque au losange devrait accélérer son offensive avec le lancement du Duster, le 4X4 à succès de Dacia en Europe. Mais pour les deux constructeurs, il faudra réajuster leur dispositif industriel en Amérique Latine. Le gouvernement brésilien a décidé d’appliquer des barrières douanières aux voitures importées. Carlos Ghosn, PDG de Renault, qui devait annoncer un investissement conséquent dans l’usine argentine pour augmenter la production du Duster pourrait revoir ses plans. «Ce retour au protectionnisme pourrait toutefois pénaliser les groupes asiatiques très agressifs au Brésil» remarque Frédéric Bonneau.

Renault, nouveau "Tsar" de l'automobile


C’est en Russie que Renault fonde le plus d’espoirs. Avec sa montée dans le capital d’Avtovaz, l’alliance Renault-Nissan contrôle 35% du marché russe. Avec une hausse de 47% au premier semestre, le groupe ne profite que partiellement de la dynamique de ce marché qui a augmenté de 56% sur la même période. PSA de son côté a vu ses ventes s’envoler de plus de 69%, mais pour des volumes quasi-confidentiels (34 000 unités). Le groupe dirigé par Philippe Varin n’affiche d’ailleurs pas d’ambitions majeures dans le pays puisqu’il vient d’inaugurer une usine en partenariat avec Mitsubishi de seulement 125 000 unités. Là encore, le risque d’un ralentissement du marché est réel. «Le marché russe est fortement corrélé à l’effet richesse procuré par les cours des matières premières et du pétrole en particulier. En 2009, le marché automobile russe avait fortement baissé après la chute de Lehman Brothers…», explique Frédéric Bonneau (voir graphique ci-dessous). Autrement dit, une nouvelle récession mondiale pourrait être funeste pour ce marché…

Nabil Bourassi

Publié le 28 Septembre 2011