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Qui arrêtera Volkswagen?

Qui arrêtera Volkswagen?

(Easybourse.com) Depuis le succès planétaire de la Coccinelle, le groupe aux dix marques ne fait qu'étendre son empire. Il vise désormais la place de numéro un mondial.

De la voiture du peuple aux hippies

L’histoire de Volkswagen débute en 1938, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. A l’époque, Hitler veut rendre l’automobile plus accessible, d’où l’idée de créer une « voiture du peuple » (littéralement Volks-wagen). Il confie à Ferdinand Porsche, un brillant ingénieur passé par Daimler, le soin de concevoir un tel véhicule. Mais l’usine qu’il crée à Wolfsburg est rapidement réquisitionnée à d’autres fins pendant la guerre. Il faudra attendre la chute du troisième Reich pour que débute véritablement l’aventure Volkswagen. Le premier modèle de la marque, la Coccinelle, connaît un succès immédiat. Les Alliés sont séduits par cette voiture aux formes rondes et infatigable, qui est exportée dès 1949 aux Etats-Unis. La voiture part ensuite à la conquête du monde : exportée dans 136 pays, elle se vendra à 21 millions d’exemplaires – un record jamais égalé depuis dans toute l’industrie automobile. D’autres succès vont contribuer à bâtir la légende de la marque, notamment le fameux « Kombi » cher aux hippies ou encore la Golf dont la septième génération est aujourd’hui commercialisée.

Un appétit pour les autres constructeurs

En 1964, Volkswagen rachète son concurrent bavarois Audi. C’est le début d’une série d’acquisitions qui vont propulser le groupe au premier rang des entreprises automobiles européennes. Il est aujourd’hui présent sur toute la gamme, depuis les marques les plus populaires comme Skoda jusqu’aux plus luxueuses : Bugatti, Lamborghini, Bentley et Porsche, qui a finalement réintégré le giron de sa maison-mère en 2012. La galaxie Volkswagen regroupe ainsi dix constructeurs : VW, Audi, Seat, Skoda, Bugatti, Porsche, Lamborghini, Bentley, le fabricant de poids lourds MAN ainsi que les motos Ducati. Le groupe exclut pour l’heure toute nouvelle acquisition, même si sa trésorerie lui permettrait de saisir n’importe quelle opportunité. En effet, son bénéfice net a atteint 21,7 milliards d’euros en 2012, un autre record de l’industrie automobile. A titre d’exemple, Toyota, son premier concurrent, a engrangé 9,16 milliards d’euros de profits en 2012.

Ses points forts

A l’image de ses résultats 2012, Volkswagen affiche une santé de fer en pleine crise du marché automobile européen. Cette robustesse est le fruit d’une internationalisation précoce : le groupe réalise 60% de ses ventes hors d’Europe. Il règne en maître sur les marchés chinois et brésilien, dont la croissance compense largement la faiblesse de la demande européenne. Grâce notamment au succès d’Audi, le groupe a multiplié par dix son bénéfice au cours des dix dernières années. S’il prévoit un léger tassement de sa croissance en 2013, il vise toujours la place de premier constructeur automobile mondial en volume d’ici 2018 (celle-ci est actuellement occupée par Toyota). Pour atteindre cet objectif, il a dévoilé fin 2012 un plan d’investissements de 50 milliards d’euros sur trois ans afin d’accroître son avance technologique et sa présence dans les marchés émergents. A titre de comparaison, PSA et Renault ont investi à eux deux 6,7 milliards d’euros en 2012.

Ses points faibles

Plus jeune des grands constructeurs automobiles européens, Volkswagen semble avoir damé le pion à ses aînés. Pourtant, le groupe de Wolfsburg a aussi des faiblesses. A commencer par sa marque historique, VW, qui a connu des hauts et des bas au cours des dix dernières années. En 2005, les pertes enregistrées par VW avaient conduit le groupe à supprimer 20 000 emplois en Allemagne et à imposer une modération salariale stricte aux employés. Ce plan a porté ses fruits puisque VW a depuis renoué avec de solides bénéfices. En revanche, le groupe n’est pas encore parvenu à redresser Seat, historiquement déficitaire et qui a été frappé de plein fouet par la crise des marchés d’Europe du Sud. Le constructeur ibérique a enregistré une perte d’exploitation de 134 millions d’euros en 2012 (contre 232 millions en 2011). D’une manière générale, Volkswagen ne semble plus aussi hermétique à la crise en Europe qu’au cours des dernières années. Au premier semestre 2013, les ventes sont restées quasi stables au niveau du groupe – ralentissement en Chine oblige- tandis que le bénéfice opérationnel a chuté de 11,6%. Il prévoit néanmoins une ré-accélération de ses ventes en 2014.

En bourse, le titre affiche un faible flottant (moins de 10%). Cette situation est liée au rapprochement avec Porsche, en 2012, dont les principaux actionnaires détiennent la moitié du capital de VW. Le reste du capital se partage entre des investisseurs institutionnels étrangers (dont le Qatar) et le Land de Basse-Saxe, où sont situés le siège et cinq usines du groupe. La région dispose d’un droit de veto sur les décisions stratégiques de Volkswagen ce qui, outre le faible flottant du titre, peut constituer un frein pour d’autres investisseurs.

François Schott

Publié le 05 Septembre 2013

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