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Comment investir sur les actions françaises en 2014 ? 15 gérants vous répondent

Comment investir sur les actions françaises en 2014 ? 15 gérants vous répondent

(Easybourse.com) En ce deuxième mois de l'année, la stratégie d'investissement sur les marchés actions pour les prochains mois à venir est façonnée pour la majeure partie des gérants. Dans le but d'avoir une idée claire du positionnement à avoir sur le compartiment spécifique des actions françaises, nous avons souhaité recueillir l'opinion d'un large panel d'opérateurs exerçant soit dans des filiales de grands groupes bancaires internationaux soit dans des sociétés de gestion entrepreneuriales et évoluant pour certains dans l'univers des actions internationales et pour d'autres dans celui des actions nationales.

Interview de Pierre Guillemin

Interview

Pierre Guillemin

Directeur de la gestion diversifiée et Actions

Swiss Life Asset Management

Interview de Eve Bouard

Interview

Eve Bouard

Gérante

BNP Paribas Investment Partners

Interview de Dylan   Baron

Interview

Dylan Baron

Gérant actions

Quilvest Gestion

Interview de Fong  Sengsiry

Interview

Fong Sengsiry

Gérante actions européennes

Groupama Asset Management

Interview de Eric  Frenois

Interview

Eric Frenois

Directeur de la gestion sous mandat

Dorval Finance

Les questions posées ont été similaires pour l’ensemble des intervenants. Qu’attendre des actions françaises cette année ? Sur quels secteurs et quelles valeurs investir en particulier ? Quels risques doivent être principalement surveillés ?

Quel que soit le compartiment considéré, celui des larges, des moyennes ou des petites capitalisations, les valorisations des actions françaises sont globalement en ligne avec les moyennes historiques. Il n’y a plus de décote. Le ratio cours sur bénéfices futurs à 12 mois est de 13 fois sur le Cac 40, de 16,7 fois pour les mid caps et de 16,5 fois pour les small caps.

Trois moteurs allumés

Trois moteurs ont été identifiés par nos experts pour justifier leur anticipation d’une poursuite du rebond des actions françaises cette année. En premier lieu la progression des bénéfices qui tiendrait à trois principales raisons : une croissance mondiale supérieure à 3% et un effet de base très favorable selon Romain Boscher, responsable de la gestion actions chez Amundi auquel il faut ajouter les mesures annoncées par le gouvernement, selon Igor de Maack, gérant actions chez DNCA Finance. « En toute objectivité le CICE, le PEA PME et le Pacte de responsabilité-sont de nature à améliorer la compétitivité et la profitabilité opérationnelle des entreprises françaises qui est relativement basse par rapport à celle des entreprises américaines, britanniques et allemandes» déclare ce dernier.

Au 7 février 2014, les bénéfices sont attendus en hausse de 13,9% pour les larges capitalisations, de 31,9% pour les moyennes capitalisations et de 55% pour les petites capitalisations.

Au-delà des bénéfices, les flux devraient constituer un deuxième catalyseur. Les allocations d’actifs sont encore très déséquilibrées en défaveur des actions chez les grands investisseurs institutionnels. Or les rendements émanant des actions françaises d’environ 3% continuent à être très attrayants comparativement aux rendements délivrés par les obligations françaises, ce qui est historiquement inhabituel.
Les entrées de capitaux devraient également émaner de la classe des actifs émergents très chahutés. « En France, l’incitation fiscale est très puissante. Il y a fort à croire que lorsque les grandes lignes du PEA PME seront connues, nous aurons une vague importante d’entrée sur les petites et moyennes valeurs » ajoute Jean-François Delcaire, gérant chez HMG Finance.

Enfin les opérations capitalistiques, en premier lieu desquels les introductions en bourse et les fusions-acquisitions devraient participer à l’animation du marché. « En 2013, nous avons eu 1,1 milliard d’IPO sur le marché des small et mid caps, contre 260 millions d’euros en 2012» note Igor de Maack.
Plusieurs introductions en bourse ont été réalisées ou sont dans le pipeline : SFR, Elior, Altice (la holding de Numéricable), GTT (le leader mondial dans les membranes qui équipent les cuves des méthaniers), Crossject et Oncodesign dans la biotechnologie. « Ces entrées en bourse sont assez logiques dans une phase de redressement économique et après les performances boursières que l’on a pu avoir » commente Marie-Jeanne Missoffe, gérante actions croissance européennes chez Mandarine Gestion. « La désintermédiation gagne plus de terrain. Les entreprises se sentent les reins suffisamment solides pour faire plus appel au marché qu’auparavant afin de financer leurs projets, l’épargne disponible française étant abondante (de plus de 15%) » complète Igor de Maack.

« Nous pensons que les conditions sont réunies pour voire une nouvelle vague de fusions-acquisitions, en particulier au sein des petites et moyennes valeurs » souligne Romain Boscher. Les entreprises sont en bonne santé et les bilans regorgent de liquidité. La volatilité est moindre et la visibilité est meilleure. Les taux de financement sont exceptionnellement favorables. La demande des investisseurs sur le marché primaire est remarquablement élevée. Il est alors très facile pour les entreprises d’émettre une dette abondante. Par ailleurs, la croissance est réelle mais modérée. Ce faisant, les entreprises chercheront à gagner en dynamique par des opérations d’acquisition relutives, qui permettent une augmentation des profits.

Parmi les secteurs qui devraient connaitre le plus de mouvements figurent celui des télécoms avec Vivendi, Orange, Deutsche Telecom et celui du paiement par mobile ou par Internet. « Du fait de l’implémentation de la réglementation SEPA, les banques européennes tendent à sortir de cette activité » explique Eve Bouard, gérante actions actions small & midcaps européenne chez BNP Paribas Investment Partners. Des mouvements pourraient être observés pareillement dans le segment des recherches, avec des acteurs comme Ipsos dont on pourrait voir évoluer le périmètre d’activité.
«Nous pressentons quelques mouvements dans le secteur des logiciels qui n’est pas intensif en capital. Nous étions actionnaire de Cameleon Software en 2013 qui a été rachetée par un américain pour un bon prix. En décembre, Systran a fait l’objet d’une OPA d’un coréen avec une très belle prime de 23%. Le cours était de 1,65 euros et le prix proposé est de 5 euros. Nous aimons bien dans ce secteur Esi Group, IGE Xao » développe Jean-François Delcaire.
«LVMH pourrait aller chercher de nouvelles pépites. Après Loro Piana, le groupe pourrait jeter son dévolu sur Brunello cucinelli ou Moncler » rétorque de son côté Cédric Chaboud, président de la SPGP.

Un rebond d’une dizaine de pourcents

Ces trois catalyseurs réunis pourraient pousser les actions françaises à engranger une dizaine de pourcents supplémentaires.
Plus précisément, le Cac 40 pourrait atteindre 4550 points à fin décembre 2014 selon Arnaud Boilley, directeur général de Karakoram, 4600 points selon Fong Sengsiry, gérante actions européennes chez Groupama Asset Management et 4700 points d’après Christian Jimenez, président de Diamant Bleu Gestion.
Dylan Baron, gérant actions chez Quilvest Gestion, se montre plus prudent « le Cac 40 pourrait performer de 4% à 5%. Les small et mid caps pourraient rebondir de 3% à 4% additionnels ».

L’année devrait se dinguer en deux parties, avec un premier semestre plutôt atone et un second semestre plus dynamique. « Nous présumons que les résultats en cours et ceux du premier trimestre pourraient se révéler quelque peu décevants du fait du change. En 2013, l’euro s’est apprécié contre toutes devises, si ce n’est la devise israélienne » avance Romain Boscher.
Des fluctuations importantes comme celle que l’on a connue entre jeudi 23 et jeudi 30 janvier sont tout à fait plausibles. Du fait des tensions observées dans les marchés émergents, le dévissage sur le Cac 40 avait été de 6%, ce qui est significatif. « Il sera judicieux de déterminer des points d’entrée et de se montrer patient » préconise Igor de Maack.

Les principales convictions des 15 gérants

Toutes les actions françaises ne seront naturellement pas logées à la même enseigne. Au 31 décembre, certaines valeurs sortiront gagnantes et d’autres finiront perdantes.

Un certain engouement a été exprimé à l’égard des valeurs technologiques comme Gemalto ou Ingenico ; des valeurs automobiles à la fois les constructeurs comme Renault, Peugeot, et les équipementiers comme Plastic Omnium, Valeo, Faurecia ; des valeurs de l’aéronautique à l’instar de EADS, Safran, Zodiac ; des valeurs de médias comme Publicis, Lagardère, Nextradio, TF1.
Certains titres de capital investissement ont également été plébiscités comme Eurazeo qui a bien performé grâce à l’introduction en bourse de sa filiale Moncler, et Wendel qui détient Saint Gobain et a des participations non cotées en Afrique.

Areva, Sanofi, Eurotunnel, ArcelorMittal ou encore Bolloré ont aussi été évoquées en tant que convictions. « Nous misons sur le groupe Bolloré dans l’industrie portuaire du fait de la clarification de l’agencement de ses différentes holdings avec l’IPO de Blue Solutions qui donne plus de visibilité à la maison mère et amène plus d’analystes à s’y intéresser. Le potentiel de valorisation reste intéressant malgré le fort rebond de la valeur également en raison de son positionnement en Afrique » justifie Dylan Baron.

Des divergences de point de vue sont relevées pour les valeurs financières. « Nous avons quelques établissements spécialisés comme Natixis, CNP Assurances, ou encore Euler Hermès » confie Eve Bouard. « Nous aimons bien BNP Paribas, un groupe solide et bien géré » indique Christian Jimenez, tandis que Arnaud Boilley, directeur Général de Karakoram préfère miser sur Société Générale et Crédit Agricole.

Pour ce qui est des secteurs à éviter, les biotechs françaises ont été mentionnées à plusieurs reprises. « Nous affichons une réticence à l’égard des biotechs françaises qui nous semblent risquées » signale Eve Bouard. « Un important juge de paix pour ces entreprises réside dans les rachats industriels. Autrement dit, ces sociétés commencent à avoir de la valeur lorsqu’un grand laboratoire décide de s’en emparer pour compléter sa gamme de molécules. Or, les biotechs françaises cotées à Paris n’ont fait l’objet de quasiment aucun rachat industriel depuis 15 ans, ce qui n’a pas été le cas en Belgique ou aux Etats-Unis. La dernière grande opération a été le rachat par Serono de Genset en juin 2002. Ensuite deux autres très petites opérations ont eu lieu sur Ipsogen par Qiagen et Novagali par Santen » argue Jean-François Delcaire.

« Nous sommes très prudents sur les valeurs industrielles cycliques qui ont une faible marge bénéficiaire et souffre d’une concurrence vive comme Alstom ou Nexans » alerte Marie-Jeanne Missoffe.

La ligne de démarcation entre sociétés exposées à la consommation domestique et sociétés exposées à la consommation des pays émergents n’est pas à suivre scrupuleusement. « Les sociétés exposées à la consommation domestiques étaient en 2013 très décotées. Elles ont notablement crû au second semestre, et sont donc devenues moins attractives. Pour poursuivre leur envolée, elles doivent démontrer leur aptitude à générer des profits, ce qui n’est pas encore le cas. D’un autre coté les sociétés très présentes dans les pays émergents ont été mises à mal et offrent pour certaines des points d’entrée intéressants. La vigilance est ainsi de rigueur. La discrimination est clé» met en garde Eve Bouard.

Les risques majeurs à surveiller


Sur le front des risques majeurs à appréhender se trouvent en premier lieu l’emballement des flux sans reprise des bénéfices. « Cela se terminerait par l’éclatement d’une bulle et donc par des vives corrections » prévient Romain Boscher.
Cependant, la probabilité d’une expansion excessive des multiples parait limitée cette année pour Jean-François Delcaire. « Le fait que la Fed initie une diminution de ses achats de titres doit être perçu comme une bonne nouvelle de nature à relever les taux d’intérêt à un niveau plus rationnel et à atténuer l’arbitrage forcé vers les actions et donc à limiter le risque d’une expansion des multiples excessive ».

Un autre menace réside dans une dépréciation des devises des pays émergents et un ralentissement de la dynamique dans ces pays. «De nombreuses sociétés françaises sont très exposées aux marchés émergents. Beaucoup n’avaient pas anticipé l’ampleur des variations des devises, avec pour conséquence des répercussions négatives significatives» éclaire Marie-Jeanne Missoffe.
Néanmoins si des perturbations pourraient se manifester, le dérapage devrait être éviter. « Le seul risque systémique qui existe à mes yeux est lié à la Chine. Pour le moment la situation semble tenir dans ce pays. Le pouvoir coercitif en place parvient à piloter les éventuelles sources de dérapage (marché bancaire, immobilier...) » rassure Igor de Maack.  « Le danger nous semble limité à court terme du fait des réserves de change colossales dont dispose le pays » conforte Arnaud Tourlet, gérant chez HSBC Global Asset Management.

En Europe, du bruit devrait découler des élections européennes. Des craintes sont alimentées eu égard à une montée du vote des eurosceptiques et des votes contestataires qui pourraient déstabiliser la politique européenne. « Nous n’anticipons cependant pas des résultats très sombres qui mettraient un coup d’arrêt à la construction européenne » tranquillise Dylan Baron.

Un dernier risque franco français est celui de la fiscalité « Si la politique fiscale devait être demain excessivement décorrélée de la politique menée dans les pays des alentours, les actions françaises seront mises sous pression. Le dernier discours du chef de l’Etat a été accueilli par beaucoup de dirigeants positivement mais un doute persiste sur le financement des mesures. Leur pérennité à moyen terme n’est pas assurée.
C’est d’ailleurs ce qui explique que jusqu’à présent les entreprises françaises ne souhaitent pas accroitre leurs investissements dans du nouveau matériel et de nouvelles ressources humaines malgré un surplus du chiffre d’affaires » conclut Jean-François Delcaire.

Imen Hazgui

Publié le 13 Février 2014