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Cac small & mid : les petites et moyennes valeurs françaises au bord d'une correction boursière ?

Cac small & mid : les petites et moyennes valeurs françaises au bord d'une correction boursière ?

(Easybourse.com) Le mois de mars a marqué un nouveau record pour le Cac mid & small, à 12795,79 points. Sur le premier trimestre de l'année, l'indice a gagné 8,0%. Plus de la moitié de cette performance a été réalisée le mois dernier (+4,26%). Ni le déclenchement du processus de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, ni les déconvenues rencontrées par Donald Trump notamment sur le retrait de l'Obamacare ont brisé l'élan. La valorisation de l'indice se situe désormais bien au-dessus de sa moyenne historique, au point que certains tablent sur une consolidation du segment de marché à brève échéance. Que doit-on en penser ?

Interview de Eric Labbé

Interview

Eric Labbé

Gérant actions européennes

CPR Asset Management

Interview de Daniel Tondu

Interview

Daniel Tondu

Président directeur général

Gestion 21

Le Cac Mid & Small se paie présentement 14,8 fois l’Ebit futur à 12 mois. La moyenne sur dix ans s’établit à 12,5 fois. Nous pouvons de prime abord admettre que la valorisation actuelle est bien plus élevée que la moyenne de ces dix dernières années.

La réalité est cependant à nuancer à bien des égards. Tout d’abord, l’importance des multiples de valorisation doit s’apprécier au regard d’un contexte de taux maintenus artificiellement bas durablement en raison d’une faible croissance et d’une faible inflation. « Vraisemblablement nous ne retrouverons pas avant longtemps des taux d’intérêt supérieurs à 3% » relève Daniel Tondu, président directeur général de Gestion 21.

La valorisation du segment peut par ailleurs être appréciée sous l’angle du ratio prix sur actif net qui a la particularité de ne pas subir les à-coups du cycle économique. «Ce ratio se situe présentement autour de 2,05x, équivalant à fin 2004, début 2005. En guise de comparaison, ce même ratio était à 1x fin 2008 et à 3x en septembre 2007 » indique Raphaël Moreau, gérant actions chez Amiral Gestion.

La cherté des small caps est donc relative.

Par ailleurs, la valorisation des small et mid caps doit être jaugée en parallèle à leurs  atouts. « La hausse des bénéfices est estimée à 14% pour cette année, après 16,7% en 2016 » énonce Régis Lefort, associé fondateur de Talence Gestion. « Le vivier des small caps françaises continue à être plébiscité par les grandes sociétés en quête de croissance externe. L’univers reste en outre moins bien couvert par les analystes » ajoute ce dernier.

Une « petite » respiration ?

En dépit de ces arguments solides qui militent pour une poursuite du trend haussier qui s’est jusque- là dessiné, d’aucuns assurent qu’une correction serait d’ores et déjà dans les tuyaux. Tel est notamment le cas d’Eric Labbé, gérant actions chez CPR Asset Management. Ce dernier justifie son anticipation à la lumière de la configuration dans laquelle se trouvent les large caps actuellement. « Le marché français des large caps est majoritairement détenu par des investisseurs étrangers, qui considèrent les petites et moyennes capitalisations, non pas comme un investissement structurel, mais comme un instrument de diversification avec une optique de détention à court ou moyen termes. Un peu comme dans le cadre d’une gestion « core/satellite ». Si ces investisseurs sont en moins-value sur les large caps et en plus-value sur les small caps, ces dernières sont vendues pour compenser les pertes, quelle que soit leur valorisation. Dans ce cas de figure, les small caps apparaissent comme des victimes collatérales de la baisse des larges. Or nous sommes sur un mouvement de hausse linéaire sur les large caps depuis novembre 2016. Cette longévité associée à d'autres facteurs laissent penser que nous ne sommes pas à l’abri d’une correction » développe le gérant de CPR AM.

Sous l'impulsion du mimétisme des gérants sur les small et mid caps françaises qui ont souvent les mêmes convictions, sur un même horizon d’investissement, l’affaissement du segment dans son entièreté pourrait avoisiner les 8% à 10%.

Certaines valeurs de la santé ou de la technologie numérique qui affichent aujourd’hui des multiples autour de 30 seraient les premières victimes de cette consolidation. Certaines valeurs exposées au marché américain également. Les valeurs offrant un haut dividende ne seraient pas forcément en mesure de résister. « Si nous prenons trois titres à haut dividende, Neopost (5,90), Hermes (5,50), Scor (5), nous n’avons clairement plus d’upside possible » énonce Eric Labbé.

A la suite de cette détente, les small caps pourraient toutefois reprendre leur parcours haussier. In fine, sur l’année 2017, le Cac small net return pourrait enregistrer un score aussi remarquable qu’en 2016, de plus de 10%. « La faiblesse des rendements procurés par le marché obligataire incite les investisseurs à venir sur le marché actions, dans un contexte où par ailleurs la réglementation incite les contrats d’assurance vie à inclure des actifs plus risqués » note Régis Lefort.

Un stock picking de rigueur

Si un éventuel dégonflement se concrétisait, il serait probablement source d’opportunités. « Devant la création de points d’entrée plus intéressants, il sera essentiel de ne pas considérer les small caps comme un ensemble homogène au moment de rentrer de nouveau sur le marché», met en garde Daniel Tondu.

Pris isolément, les dossiers moins détenus car moins connus ou oubliés devront attirer l’attention, à l’instar de Technicolor, GL Events, Compagnie des Alpes.

Sur le plan sectoriel, un tri pourra notamment être fait chez les équipementiers automobiles et les entreprises du service numérique.

« Les équipementiers automobiles (Le Belier, Delfingen) jouissent d’un changement de statut. Elles dégagent des marges plus élevées que par le passé » affirme Régis Lefort. Elles ont réussi progressivement à défendre leur rapport de force avec les constructeurs renchérissent Daniel Tondu et Eric Labbé qui précisent avoir en portefeuille respectivement Faurecia et Valeo.

Les entreprises de service du numérique qui regroupent les SSII, les sociétés de logiciels, les agences digitales sont plébiscitées car portées par un marché extrêmement dynamique. « Nous avons renforcé le titre Axway Software dans le monde des logiciels » confie Régis Lefort. Ce dernier spécifie avoir aussi des lignes sur Neurones, SII, et Esker. 
Daniel Tondu notifie pour sa part des positions sur Sopra, Steria chez les sociétés de conseil, Akka, Assystem chez les sociétés de recherche externalisée. « Nous sommes investis dans Solutions 30, installateur de fibres et de compteurs électriques intelligents (smart grids)» avance de son côté Eric Labbé.

« Investir dans des titres ayant des multiples bas n’est pas gage de sécurité » alerte le président de Gestion 21. De ce fait, les « utilities » seront globalement à manier avec beaucoup de prudence. Nous sommes d’avis que la faiblesse de leur valorisation est globalement justifiée. «En particulier, nous assistons à une véritable révolution en ce qui concerne la production d’électricité» conclut Daniel Tondu.

Imen Hazgui

Publié le 04 Avril 2017

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