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Interview de Olivier Amélineau : Responsable Presse Smart Technique chez Mercedes-Benz

Olivier Amélineau

Responsable Presse Smart Technique chez Mercedes-Benz

Avec la crise, les consommateurs reportent l’achat d’une voiture

Publié le 14 Octobre 2008

Smart propose déjà un modèle de voiture qui consomme peu, pourquoi produire un nouveau modèle électrique ?
Tout simplement parce qu’on peut faire encore mieux que des moteurs thermiques pour lutter contre la pollution. Et avoir un moteur zéro émission, c’est le but depuis bien longtemps chez Smart. C’était un point déjà existant dans le projet initial. Donc nous y allons très vite puisque les premières commercialisations sont prévues pour fin 2009 début 2010…

De fait, Smart est une filiale du groupe Mercedes-Benz qui travaille lui-même énormément sur toutes les nouvelles technologies. Or, la technologie 100% électrique s’adapte parfaitement à l’utilisation d’une Smart. Nous réalisons des enquêtes en permanence auprès de notre clientèle et nous nous apercevons que les gens ne font que de l’urbain, ou du périurbain, et une centaine de kilomètres par jour. Si bien que pour une smart, un moteur 100% électrique est ce qu’il y a de mieux. Ce qui ne sera peut-être pas le cas pour d’autres voitures du groupe…

Avez-vous une idée de la date de commercialisation…
Pour l’instant, nous sommes encore loin de la commercialisation qui ne se fera que dans un an. Nous avons une Mercedes qui va être commercialisée dans 15 jours et nous ne connaissons pas encore les prix. Par ailleurs, étant donnée l’ambiance actuelle, c’est un peu délicat. Mais en temps utile, nous donnerons les tarifs exacts, et la manière dont on la vendra.

Sera-t-elle vendue au même prix que la Smart de base ?
Aucune idée pour l’instant. Nous ne savons pas comment nous allons la vendre. Nous hésitons encore, c’est-à-dire que nous ne savons pas si nous allons réellement les vendre ou si nous allons les louer sur une longue durée.

Le coût de la batterie étant assez élevé pour l’instant, nous comptons sur le fait que plusieurs concurrents devraient eux-aussi lancer des voitures avec ce même type de batterie pour faire baisser le coût.

Nous pourrions aussi faire comme Peugeot ou Citroën le faisaient à une époque, c’est-à-dire louer les batteries et vendre la voiture ou faire des prêts en location avec options d’achat. Pour l’instant, c’est encore très loin pour nous.

Ces batteries sont-elles faciles à entretenir, à recharger ?
Très facile, elles se rechargent sur une prise normale. Ce sont des batteries lithium-ions soit les mêmes que dans les téléphones portables. C’est très léger, ça prend peu de place et c’est très facile à recharger : entre quatre et six maximum pour une autonomie de plus d’une centaine de kilomètres.

Et avez-vous prévu de signer des partenariats avec des énergéticiens à l’instar de Renault et Peugeot avec EDF…
Pour la construction de la batterie, c’est Continental qui s’en charge avec Saft, une société d’origine française mais qui appartient désormais au groupe Continental. Quant aux prises pour recharger, nous sommes évidemment en accord et en contact permanent avec EDF et avec les villes.

Smart a d’ailleurs passé un accord avec l’électricien allemand RWE pour installer, dans les six mois qui viennent, 500 bandes de recharge à Berlin. C’est évidemment quelque chose qui va tendre à se développer.

Par ailleurs, il y a déjà entre 400 et 500 postes de recharge électrique à Paris. Il y en a place Pereire par exemple, ou encore dans les parkings Vinci... Or, personne ne les utilise aujourd’hui simplement parce qu’il n’y a pas de produit…

Concernant la commercialisation, envisagez-vous un lancement au niveau mondial ou d’abord européen ?
Cela se fera dans tous les pays où Smart sera vendue à ce moment-là. Peut-être pas aux Etats-Unis car nous avons déjà du mal à satisfaire toutes les commandes pour les Smart thermiques.

Pour le modèle électrique nous allons certainement nous cantonner à l’Europe et au Japon dans un premier temps.

Smart a-t-il profité du contexte actuel, notamment marqué par la cherté du pétrole et la montée de la conscience écologique ?  
L’écologie a toujours été l’un des critères de choix de nos véhicules, avec la taille et la maniabilité. Et là, nous sommes en plein dans l’écologie, nous en profitons donc un maximum.

D’ailleurs, si nous avions plus de Smart à vendre, nous en vendrions beaucoup plus. Nous sommes un peu bloqués par la production, tout simplement parce que la smart connaît un succès actuel colossal.

A moyen ou long terme, comment voyez-vous évoluer le marché de l’automobile ?
Pour l’instant, il y a une petite pause. La crise financière pose un souci dans l’esprit des gens. Les consommateurs vont certainement reporter l’achat d’une voiture, ou vont faire passer autre chose avant l’automobile. C’est un peu ennuyeux dans la mesure où le parc automobile en Europe est assez âgé, de huit ans en moyenne.
 
Concernant l’avenir de l’automobile, il y aura un certain nombre de technologies nouvelles qui vont apparaître et qui vont être commercialisées. La cherté du prix du pétrole fait que ça va être plus rentable pour nous de vendre des technologies. Vous avez la Smart électrique et chez Mercedes du mid-hybride par exemple. Mais vous avez également chez Smart la technologie de MHD micro hybride, avec un «stop and start» qui permet de réduire la consommation. Et en 2010, nous prévoyons de commercialiser, sur une Mercedes, le bicombustible…

Chaque technologie nouvelle répondra à un besoin bien particulier. L’électrique s’adapte parfaitement à la smart puisque c’est à une clientèle urbaine ou périurbaine qu’elle s’adresse.

En revanche, ça ne s’adaptera pas à une grosse Classe S pour des conducteurs faisant des Paris-Marseille réguliers. Aujourd’hui, c’est technologiquement impossible et ça le restera pendans dix ans encore. Donc nous aurons d’autres technologies, du mid-hybride, du full hybride, etc.

Etant données que les matières premières connaissent elles aussi des variations à la hausse importantes de leurs coûts, travaillez-vous également au changement des matières employées dans la fabrication d’une smart pour la rendre plus légère etc. ?
Oui, toujours. La Smart est très légère. Nous avons même lancé une Smart quatre places, la Forfour, qui était la plus légère de son segment, c’est-à-dire que par rapport aux concurrents (206, Polo, Clio etc.), elle pesait 200 à 300 kg de moins.

Donc nous savons faire mais il y a une question de coût ensuite car quand vous avez de grosses voitures et que vous mettez beaucoup d’aluminium, cela coûte plus cher. Nous allégeons de plus en plus.

Le problème, c’est la cadrature du cercle, c’est-à-dire que vous avez des gens qui veulent consommer moins et polluer moins, mais qui ne veulent pas baisser leur niveau de confort. Autrement dit, ils ne voudront pas supprimer les vitres électriques, la climatisation ou encore la radio… Il va donc falloir faire converger tout ça et ça va être compliqué !

Propos recueillis par Antoine Ragot et Nicolas Sandanassamy

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