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Interview de Frédéric Bonneau : Analyste chez Crédit Agricole

Frédéric Bonneau

Analyste chez Crédit Agricole

Panorama de l'industrie automobile mondiale

Publié le 16 Octobre 2008

Par Frédéric Bonneau
Analyste chez Crédit Agricole
Études Industrielles et Sectorielles

La mauvaise conjoncture économique actuelle n’épargne évidemment pas l’industrie automobile : les ventes de véhicules légers sont en baisse en Europe (-3,9%) et en Amérique du Nord (-11%) sur les 8 premiers mois de l’année. Les principaux marchés mondiaux subissent les effets conjugués de la crise économique qui pénalise les revenus, des prix du pétrole encore élevés malgré la baisse observée depuis juillet et du resserrement des conditions des crédits octroyés par les organismes financiers.

Enjeux économiques et sociaux

La crise va également accélérer les restructurations de l’industrie automobile dans les pays développés : on voit par exemple aux Etats-Unis ou en France les constructeurs nationaux souffrir de la baisse de la demande sur certains segments et envisager la réduction des volumes produits dans leur pays d’origine au profit de zones plus compétitives en terme de coûts de production (voir tableau ci-dessous qui illustre ce phénomène en Europe).

Une autre conséquence de la situation actuelle est de pénaliser les constructeurs dont l’outil de production est insuffisamment flexible pour adapter leur offre à la nouvelle demande. Si la plupart des constructeurs mondiaux travaillent maintenant à partir de plates-formes communes à plusieurs véhicules, leur permettant d’adapter relativement rapidement l’offre, ce n’est pas le cas des constructeurs américains, qui sont fortement pénalisés par le changement brusque de la demande (le «cash drain» net aujourd’hui de GM et Ford est d’environ un milliard de dollars par mois !).

 

B.R.I.C. : opportunité et challenge

Pourtant, dans cette morosité ambiante, les pays émergents tels que la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie constituent un relais de croissance bienvenu pour des constructeurs automobiles en difficulté dans les pays développés. Même si ces pays sont aussi atteints par la crise, leur taux d’équipement sont suffisamment faibles (voir tableau ci-dessous) pour espérer à moyen terme le retour à des taux de croissance élevés.

A vrai dire, l’émergence de ces nouveaux pays dans le panorama automobile mondial est à la fois un bienfait pour l’industrie qui trouve là un gisement de nouveaux clients mais également un challenge environnemental car, pour dire les choses simplement, la croissance du parc automobile mondial n’est pas soutenable à long terme (on estime qu’environ 1,2 milliards de véhicules circuleront en 2030, soit un doublement du parc par rapport aux années 90), en raison d’une part de la raréfaction des ressources pétrolières, et d’autre part du volume de CO2 (et autres polluants) émis par ce parc automobile.

L’enjeu écologique se situe donc autant dans les pays développés que dans les pays émergents, car la rapide croissance du parc mondial provenant des pays émergents occulte la baisse tendancielle des émissions dans les pays développés.

Aujourd’hui ; très peu de technologies nouvelles concernant la motorisation ont été réellement transférées à la production de masse, la dernière étant l’injection directe. La tendance actuelle s’oriente vers les moteurs hybrides électrique-essence ou diesel, avec pour promoteurs principaux les constructeurs japonais tels que Toyota et Honda, déjà producteurs de modèles hybrides électrique-essence essentiellement destinés au marché nord-américain.

Au total, la situation actuelle fragilise les acteurs mondiaux de l’industrie automobile autant par la dégradation brusque de l’environnement économique que par les incertitudes fortes pesant à moyen terme sur l’évolution technique des véhicules.

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