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Interview de Laurent Galzy : Directeur général adjoint Finances et Administration d'Aéroports de Paris

Laurent Galzy

Directeur général adjoint Finances et Administration d'Aéroports de Paris

Notre hypothèse de croissance de trafic de passagers pour 2010 est quasi stable à +0,5%

Publié le 19 Février 2010

Un commentaire sur les résultats annuels que vous venez de publier (en termes de marge, de CA, etc.)…
Ces résultats sont solides. En effet, malgré un trafic en baisse (4,7%), nous avons bien résisté puisque notre chiffre d'affaires est en hausse de 4,2% à 2 633,4 millions d'euros et notre EBITDA de 4,1% à 883 millions d'euros. Ces résultats satisfaisants reposent principalement sur la solidité de notre modèle économique et sur nos efforts de réduction des coûts avec un plan d'économie qui s'est élevé à  45 millions d'euros.

De nouvelles mesures d’économie sont-elles prévues pour l’exercice 2010 ?
Tout à fait. En 2010 le contexte économique  restant  incertain, nous poursuivons nos efforts de réduction des coûts, d'autant plus que notre hypothèse de trafic est quasi stable à 0,5% et que nous avons annoncé un gel des tarifs des redevances. Nous avions prévu un plan d'économie de 55 millions pour 2010 mais pour s'adapter à ce contexte nous prévoyons de le renforcer à hauteur de 62 millions. Ces économies porteront notamment sur la sous-traitance et les achats.

La diversité de vos activités vous a-t-elle permis de résister à la baisse du trafic passagers, de 4,7% en 2009 (par rapport à 2008) ?
En effet, la diversité de nos activités et nos développements dans l'immobilier, les commerces et l'international, via nos filiales, atténuent  les effets de la crise par rapport à nos activités aéronautiques.

Il faut aussi reconnaître que nous avons un portefeuille de clients solides : le trafic des dix premières compagnies aériennes qui représente 71% du trafic global sur nos plates-formes n'a baissé que de 3% ; il résiste donc mieux que  l'ensemble du trafic.

Et puis, nous avons un véritable atout naturel, notre situation géographique : Paris reste une destination attractive à la fois capitale économique et touristique. C'est donc une destination qui dans un contexte difficile reste plus attractive que d'autres.

Pourriez-vous nous détailler les résultats de vos différentes activités (activités aéronautiques, commerce et services, immobilier et activités annexes, branche Escale) ?
Sur notre cœur de métier, si nous avons subi l'impact de la baisse du trafic, le CA des activités aéronautiques a augmenté de 5,7%, à 1429,5 millions d'euros, soutenu par une augmentation tarifaire, par l'accroissement du nombre de postes de stationnement avions au contact des aérogares et par la croissance des redevances spécialisées (tri-bagages,  dégivrage, banques d'enregistrement). L'EBITDA des activités aéronautiques (343,4 millions d'euros) est en hausse de 5,3 % grâce à nos efforts pour maîtriser les charges.

En dépit de la baisse du trafic, nos activités commerciales  sont stables, à + de 0,2% à 869,7 millions d'euros. Les redevances des boutiques en zone réservée  sont en hausse de 3,6% (à 168,9 millions d'euros), soutenues par l'augmentation du chiffre d'affaires par passager qui s'élève à 12,4 euros soit une hausse de 8,8% par rapport à 2008. L'EBITDA du segment croit de 0,7% et le taux de marge s'élève à 46,2%.

L'immobilier poursuit son développement, avec un chiffre d'affaires de 213,7 millions d'euros en hausse de 2,3%, soutenu par les commercialisations récentes comme l'extension du hub de FedEx et par l'impact positif de l'indexation des contrats sur l'indice du coût de la construction.
L'EBITDA du segment progresse de 11,8% à 116,6 M€. Il bénéficie d'éléments non récurrents pour 7,7 M€.

Le chiffre d'affaires de l'assistance en escale et prestations annexes baisse de 4,7%  à 187 millions d'euros. Subissant les effets de la baisse du trafic, l'activité d'assistance en escale diminue  de 9,2%,  les gains de nouveaux contrats n'ayant pas suffi à compenser l'arrêt ou la réduction de l'activité de certaines compagnies aériennes clientes.  L'activité de sûreté, quant à elle,  progresse de 8,8% à 53 millions d'euros en raison de la hausse des prestations rendues sur les plates-formes parisiennes. La réorganisation de cette activité est achevée. L'EBITDA s'est redressé, passant de –10,8 millions d'euros en 2008 à –2,5 millions d'euros en 2009. Ce redressement s'explique par un plan d'économie mis en place et des efforts de maitrise des charges de personnel, des achats et charges externes.

En ce qui concerne nos activités annexes. ADPI, notre filiale ingénierie, poursuit son développement. Son CA augmente de 10,9% porté par la montée en puissance de contrats antérieurs : Jeddah, Bogota, Oman, République de Maurice. A fin décembre, le carnet de commandes reste très élevé puisqu'il s'établit à 243,3 millions d'euros.

Notre filiale de Hub telecom a acquis le groupe Masternaut et via ce groupe, Masternaut UK, son distributeur au Royaume-Uni et en Irlande. Le  chiffre d'affaires de Hub telecom s'élève à 116,8 millions d'euros en hausse de 29,2%. A périmètre constant le CA recule de 5% en raison de l'impact de la crise économique sur les ventes de solution de télécommunications. L'EBITDA s'élève à 15,7 millions d'euros enregistrant une baisse de 27,7%.

Aéroports de Paris Management voit son chiffre d'affaires diminuer de 14,5% à 11,2 millions d'euros. L'effet positif de contrats signés en 2008 et 2009 (République de Maurice et Amman) ne suffit pas à compenser l'impact de la baisse du trafic sur l'activité des autres aéroports. L'EBITDA et le résultat opérationnel courant restent stables.

Quelles perspectives pour  le trafic passagers entrevoyez-vous en 2010 ?
Notre  hypothèse de croissance de trafic de passagers pour 2010 est quasi stable à +0,5%.
Sur la base de cette hypothèse, nous anticipons pour 2010 une légère croissance du chiffre d'affaires et un EBITDA du même ordre de grandeur que l'EBITDA 2009.

ADP ne risque-t-il pas d’être pénalisé par le durcissement de l’environnement sécuritaire tant au niveau européen qu’international ?
Je tiens à rappeler que c'est l'Etat qui fixe les règles concernant la sûreté dans les aéroports. Aéroports de Paris assure la mise en œuvre des mesures préconisées par l'Etat. Les dépenses de sureté sont couvertes par la  taxe d'aéroport dont le montant est fixé par l'Etat et qui atteint,  en 2009, 9,5 euros par passager ; son plafond a été relevé à 10 euros au 1er janvier de cette année.

Aéroports de Paris a toujours su s'adapter aux évolutions demandées par l'Etat. Il est vrai que la tendance est au renforcement des mesures de sûreté. Nous essayons dans la mesure du possible de faire en sorte que ce contrôle, inévitable, soit le plus agréable possible pour nos passagers.

Envisagez-vous de nouer de nouvelles alliances ou réaliser des acquisitions cette année ?
Pour ce qui concerne tout d'abord les alliances. HubLink, notre alliance avec Schiphol Group (qui gère notamment l'aéroport d'Amsterdam) est récente. Cette alliance, doublée d'une participation croisée à hauteur de 8%, a été conclue  en décembre 2008. Nous concentrons nos efforts sur cette alliance notamment pour renforcer notre hub et encore mieux accompagner notre premier client Air-France/KLM. Aucune autre alliance de ce type n'est à l'ordre du jour.

Pour ce qui concerne les acquisitions, tout dépend des opportunités. Or, comme vous le savez, elles sont rares dans le contexte actuel.

Pourriez-vous nous éclairer sur les enjeux de l'évolution du périmètre régulé avec la sortie des activités commerciales (boutiques, bars et restaurants, hôtellerie en aérogares, banque, change et autres services commerciaux, publicité, location d'automobiles…)  et  des activités immobilières de diversification ?
Nous allons effectivement nous appuyer dès 2011 sur un nouveau cadre de régulation reposant sur un système dit de caisse aménagée. Dans ce système, nos activités immobilières de diversification et aussi nos activités commerciales (celles relatives aux boutiques, à la restauration, aux services bancaire et de change, à l'hôtellerie, à la location d'automobiles et à la publicité) sortiront du périmètre de régulation.

Il est parfaitement adapté à la stratégie et aux grands enjeux à venir pour le Groupe. Nous avons en effet proposé dans le cadre de la préparation du prochain contrat de régulation économique (période quinquennale 2011/2015) une politique tarifaire modérée et un programme d'investissement de 2,4 milliards d'euros visant à améliorer  la qualité de services sur nos plates-formes. L'évolution de notre périmètre de régulation est tout à fait cohérente avec ces propositions puisqu'elle préserve les capacités d'investissement à long terme sur le périmètre régulé tout en nous incitant à augmenter notre attractivité et à développer encore plus nos activités complémentaires. C'est donc un système motivant et incitatif et à long terme créateur de valeur.

Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy

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