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Interview de Yann Lacroix : Responsable des études sectorielles chez Euler Hermes

Yann Lacroix

Responsable des études sectorielles chez Euler Hermes

Nous tablons sur une baisse de 10% des ventes de voitures particulières en France en 2012

Publié le 12 Décembre 2011

Dans une récente étude, vous évoquez « la naissance de dynamiques automobiles très disparates » en Europe. Une fois de plus, les constructeurs allemands devraient s’en sortir la tête haute, tandis que les français craignent le pire. Pourquoi ?

Les constructeurs allemands bénéficient de leur positionnement dans le haut de gamme qui paradoxalement se vend bien en période de crise, ainsi que l’entrée de gamme. Avec leur positionnement moyen de gamme, les constructeurs français sont exposés à la baisse des ventes en Europe. Par ailleurs, les constructeurs allemands sont beaucoup plus présents sur les marchés en croissance, comme la Chine mais aussi Etats-Unis, où les ventes repartent à la hausse après deux années de forte baisse. Enfin, un constructeur comme Volkswagen bénéficie d’un effet volume (plus de 8 millions de véhicules produits) lui permettant d’investir dans de nouvelles plateformes, là où les constructeurs français peinent à amortir leurs investissements.

N’êtes-vous pas un peu pessimiste lorsque vous tablez sur une baisse de 10% du marché français en 2012, alors que ce dernier a finalement bien résisté cette année ?

Le marché français s’est bien tenu en 2011 grâce à d’importantes remises constructeurs. Ces derniers ont continué à offrir la prime à la casse même après sa suppression au 1er janvier !

Les remises constructeurs accordées en 2011 ne sont pas sans effet sur les marges

Ces ristournes ont été consenties pour maintenir un certain volume de production dans les usines, mais ce n’est pas sans conséquence sur les marges. A moyen terme, je ne pense pas que cela soit tenable.
Par ailleurs, on a observé en novembre un décrochage des nouvelles immatriculations (-7%) ce qui justifie notre prudence pour 2012. Je précise que la baisse de 10% attendue ne concerne que les véhicules particuliers, hors utilitaires.

La baisse vertigineuse du nombre de véhicules produits en France (-36% depuis 2007) va-t-elle se poursuivre ?

Il faut distinguer les deux facteurs à l’origine de cette baisse : d’une part les délocalisations, d’autre part la baisse de la demande. La production française a été affectée par un « effet marché » lié notamment à la contraction des marchés d’Europe du Sud depuis 2007. Cela signifie qu’en cas de redémarrage de ces marchés, les volumes pourraient à nouveau augmenter. Cela dit, les délocalisations vont continuer en particulier pour les véhicules d’entrée de gamme. Le dernier exemple en date est Volkswagen qui va produire sa VW « Up » en République tchèque.

La voiture électrique peut-elle être un relais de croissance pour l’industrie automobile française ?

Certainement, mais il s’agit d’un relais à long terme. Il faudrait que les volumes s’accroissent très fortement, ou alors que le baril pétrole flambe jusqu’à 200 dollars. Pour l’heure, les véhicules électriques restent très coûteux et n’offrent pas les mêmes prestations que leurs équivalents thermiques. C’est un marché de niche.

Propos recueillis par François Schott

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