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Interview de Bertrand Rakoto : Analyste secteur automobile chez RL Polk

Bertrand Rakoto

Analyste secteur automobile chez RL Polk

Si PSA décidait de se tourner vers le haut de gamme, il devrait fermer beaucoup d'autres usines

Publié le 31 Octobre 2012

Quel regard portez-vous sur la situation de PSA ? Le groupe peut-il redresser la tête ou faut-il s’attendre à d’autres mauvaises nouvelles dans les prochains mois ?
La situation de PSA est difficile mais loin d’être désespérée. Le principal problème de PSA aujourd’hui réside dans la contraction du marché européen où il est trop présent. Dans ce contexte, le groupe a pris les bonnes décisions : fermer une usine en Europe (Aulnay) et former une alliance avec General Motors. Ces mesures devraient permettre d’assainir peu à peu la situation du groupe. Cela dit, si le PIB européen continue à stagner en 2013, il faudra sûrement prendre des mesures plus difficiles. Mais je ne pense pas que d’autres fermetures d’usines soient envisagées à l’heure actuelle.

Les 8000 suppressions de postes annoncées sont selon vous justifiées ?

Malheureusement oui. Le groupe a toujours eu une approche assez conservatrice en matière de suppressions d’emplois. Quand il prend ce genre de décisions, c’est qu’il n’a pas le choix. Compte tenu de la dégradation du marché européen depuis 2008, les suppressions de postes sont inévitables. La mise en œuvre s’étale sur plusieurs années, puisque la fermeture d’Aulnay n’est prévue qu’en 2014.

Renault semble mieux résister à la crise. Est-ce un modèle à suivre pour PSA ?

PSA doit développer sa propre stratégie à partir de son savoir-faire et de ses ressources. Aujourd’hui on reproche à PSA de ne pas avoir fait comme Renault. Or, Renault a été beaucoup critiqué il y a quelques années parce qu’il produisait de moins en moins de voitures en France. L’automobile est un secteur cyclique, chaque constructeur peut passer par des phases très différentes. Il y a dix ans, Volkswagen était en difficulté. Aujourd’hui il est encensé. Chrysler a failli disparaître avant son rachat par Fiat. Et maintenant, il gagne à nouveau des parts de marchés en Amérique du Nord. Les constructeurs doivent être capables de renouveler leurs gammes rapidement et conquérir de nouveaux marchés s’ils veulent survivre.

L’expansion du groupe à l’international est-elle toujours d’actualité ?

Plus que jamais. Le salut de PSA réside dans une plus forte présence sur les marchés émergents. PSA s’est implanté très tôt en Chine et au Brésil mais il n’y a pas investi assez massivement alors que ces marchés ont connus d’importantes phases de croissance. Aujourd’hui, il paie ce manque d’audace par rapport à des concurrents comme Volkswagen ou son nouveau partenaire GM. Le groupe garde néanmoins dans ces deux pays une bonne base industrielle qu’il faut développer. C’est ce qu’a entrepris Philippe Varin depuis deux ans. D’autres marchés méritent qu’on s’y attarde, comme la Russie. L’Amérique du nord, avec ses 14 millions de véhicules vendus chaque année (ndlr : le 2e plus gros marché automobile derrière la Chine) pourrait également être un axe de développement pour PSA. Une fois redressé, le groupe pourrait s’y essayer dans le cadre de son alliance avec GM, même si ce marché est déjà très concurrentiel.

La stratégie de montée en gamme symbolisée par la gamme DS vous semble-t-elle pertinente ?
On ne peut pas reprocher à PSA de chercher à faire évoluer son image de marque pour séduire de nouvelles clientèles et aller chatouiller les constructeurs « premium ». On voit bien que ces derniers résistent mieux à la crise. Cependant cette stratégie ne doit pas détourner le groupe de son cœur de gamme, les voitures compactes et familiales et un positionnement résolument généraliste. Si PSA décidait du jour au lendemain de se tourner de façon plus importante vers le haut de gamme, cette opération serait extrêmement couteuse et le groupe devrait fermer beaucoup d’autres usines, car si les marges y sont plus intéressantes, les volumes du marché prémium sont bien moins importants ! Au contraire, le groupe doit augmenter ses volumes de production pour améliorer sa situation financière.

Par ailleurs, si Banque PSA Finance a demandé l’aide de l’Etat, c’est parce que ses coûts d’emprunt ne lui permettent pas d’offrir aux clients des deux maques des crédits auto intéressants. C’est aussi important pour rester compétitif face à la concurrence.

Propos recueillis par François Schott

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