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Interview de Dylan   Baron : Gérant actions chez Quilvest Gestion

Dylan Baron

Gérant actions chez Quilvest Gestion

Actions françaises 2014 : parmi nos principales convictions figurent Renault, Michelin, BNP Paribas, Axa, ArcelorMittal, Zodiac Aérospace, Bolloré

Publié le 05 Février 2014

Que vous inspire le marché des actions françaises cette année ?
2014 devrait être une année difficile pour le marché des actions européennes dans son ensemble et le marché des actions françaises en particulier. Alors que de nombreux Etats membres ont déployé des efforts considérables pour assainir leurs finances publiques et renforcer leur compétitivité, la France fait office de mauvais élève. Une certaine inflexion a pu être observée dans le dernier discours à la presse de Francois Hollande. Cependant, pour le moment nous n’avons rien vu de concret. L’implémentation des mesures envisagées requerra du temps. Les effets devraient être palpables seulement à moyen terme. D’ici là, un rappel à l’ordre des engagements de la France de la part des grandes instances internationales-comme le FMI ou la Commission européenne- n’est pas à exclure.

Cette appréhension négative s’observe sur le marché. La performance du Cac 40 depuis début janvier est moins significative que celle d’autres grands pays comme le Portugal, l’Irlande, le Danemark.

Quel regard portez-vous sur les PE ?
Le PE du Cac 40 est de 12,6 aujourd’hui contre un PE moyen sur 8 ans de 11,5. Sur le Cac mid 60, le PE est de 16,7 contre un PE moyen de 16,5. Enfin sur les small caps, le PE est 17,2 contre un PE moyen de 19.

Quels commentaires vous inspirent ces PE ?

Il est assez cohérent de constater que les small caps sont plus chères que les large caps.
Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas un écart important entre les small et mid caps. En cela, il n’y a pas encore eu d’effet favorable sur les small caps qui découle de la nouvelle réglementation PEA PME. Un grand nombre d’entre elles répondent aux critères d’éligibilité de ces nouveaux produits. Mécaniquement, de nouveaux acheteurs devraient venir se positionner sur ces valeurs et soutenir leur cours de bourse.

C’est en cela que vous n’écartez pas le risque de bulle sur ces small caps ?
Si le phénomène PEA PME prend de l’ampleur, les gérants de ces fonds dédiés devront s’exposer aux valeurs éligibles (moins de 5000 salariés, moins de 1,5 milliard de chiffre d’affaires) qui offrent le plus de liquidité comme Ingenico.
Des achats importants pourraient se faire indépendamment de la valorisation des sociétés du fait des flux qui arrivent sous l’impulsion de la nouvelle législation.
Le nouveau dispositif devrait accentuer la cherté de certaines small caps. Toutefois, s’il est pérenne, la bulle qui se créera sera difficilement éclatable sauf à avoir un marché très baissier durablement. Dans ce dernier cas seulement, nous pourrions avoir une chute plus rapide des small caps qui par nature ont tendance à corriger davantage que les large caps.

Qu’attendez-vous en termes de bénéfices et de potentiels de performance ?
Le consensus table sur une progression des bénéfices pour les sociétés du Cac 40 de 8,9% contre 11% pour le Stoxx. A notre avis une hausse de 0% à 2% est davantage plausible.
Parce que nous avons une divergence entre l’évolution du marché et les perspectives d’accroissement des bénéfices en permanence révisées à la baisse, le Cac 40 pourrait performer de 4% à 5%. Les small et mid caps pourraient rebondir de 3% à 4% additionnels.

Que voyez-vous du coté des flux ?
Face à la diminution de l’aversion pour le risque dans la zone euro, tant que nous n’avons pas de regain de tensions, nous devrions continuer à voir un retour des flux vers les actions européennes. Ces flux devraient alors intensifier l’expansion des multiples.
Sur le Cac 40, il est probable que revenions sur le point haut des multiples atteint en début d’année, de 14.

Qu’attendez-vous sur le plan des opérations capitalistiques : M&A, rachats d’actions, cessions d’actifs ?
Nous avons vu quelques opérations de rapprochement avec Nokia. Nous en pressentons d’autres dans le secteur des télécoms entre Numéricable et SFR ou entre Bouygues et Iliad, mais rien de massif.
S’il y a beaucoup de spéculation, il n’y pas encore de réponse claire sur le sujet. Les entreprises ont beaucoup de liquidité.

Néanmoins, l’environnement économique n’inspire pas suffisamment confiance aux sociétés pour se lancer dans de grandes opérations capitalistiques. Les acquisitions devraient continuer à être ciblées comme avec Dassault Systèmes.

Quels vous semblent être les principaux risques à appréhender ?
La prise de fonction de Janet Yellen à la tête de la Réserve fédérale américaine sera déterminante pour l’ensemble des marchés actions. Nous attendons de voir s’il y aura une inflexion dans le discours ou s’il y aura une poursuite dans la lignée de Bernanke. A priori il ne devrait pas y avoir de grande surprise. Nous ne sommes sommes pas excessivement inquiets même si il y a lieu de faire preuve de vigilance.
Le 7 février constitue une échéance pour le plafond de la dette qui peut avoir un impact globalisé pour le marché des actions. Le sujet n’est pas très discuté dans les médias mais ce plafond est une arme importante des Républicains pour pousser Obama à fléchir ses positions sur d’autres dossiers.

En Europe, du bruit devrait découler des élections européennes. Des craintes sont alimentées eu égard à une montée du vote des eurosceptiques et des votes contestataires qui pourraient déstabiliser la politique européenne. Nous n’anticipons cependant pas des résultats très sombres qui mettraient un coup d’arrêt à la construction européenne.

Pourrait-on avoir une année en deux parties, avec un premier semestre atone et un second plus dynamique ?
Difficile à dire. Nous n’avons pas encore suffisamment de visibilité.
Nous avons un véritable défi à surmonter sur le front des bénéfices. Si la microéconomie ne délivre pas, il sera difficile de faire une bonne année en termes de performance.
S’agissant des réformes politiques, il y aura lieu d’écouter le ressenti des grandes instances internationales : FMI, Commission européenne, gouvernement allemand. Si impact il y a, il ne viendra pas du ressenti franco français. Les annonces pourraient avoir de vives répercussions sur la psychologie des investisseurs.

Pourriez-vous nous mentionner quelques convictions ?

Dans le secteur automobile nous aimons bien Renault dont le cours pourrait se réhausser à 80 euros et Michelin.

Dans les financières nous apprécions BNP Paribas et Axa, dont le cours de bourse pourrait aller à 25 euros

Sur les matières premières, nous sommes très positifs sur ArcelorMittal. Le niveau de valorisation nous parait inadéquat. Si la reprise économique se matérialise, le cours pourrait monter jusqu’à un premier cap de 18 euros. La valeur a une dépendance implicite à l’évolution du marché automobile qui semble connaitre un redémarrage.
En outre, nous avons eu une réduction des capacités de production avec des fermetures d’usines en Italie chez des concurrents d’ArcelorMittal qui permettent de limiter l’offre d’acier et de redynamiser les prix face à la demande soutenue.

Au sein des valeurs de croissance dans des industries pérennes, nous avons un certain engouement pour Zodiac Aérospace en raison de son partenariat avec Airbus.

Nous misons aussi sur le groupe Bolloré dans l’industrie portuaire du fait de la clarification de l’agencement des ses différentes holdings avec l’IPO de Blue Solutions qui donne plus de visibilité à la maison mère et amène plus d’analystes à s’y intéresser. Le potentiel de valorisation reste intéressant malgré le fort rebond de la valeur également en raison de son positionnement en Afrique.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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