Espace Automobile - News, articles, interviews et dossiers

Interview de Philippe Houchois : Analyste secteur auto, UBS

Philippe Houchois

Analyste secteur auto, UBS

L'alliance entre PSA et Dongfeng présente très peu de synergies industrielles et commerciales

Publié le 23 Mai 2014

Quel est votre opinion sur le secteur automobile en 2014 ?
Nous sommes prudents sur le secteur automobile à court terme, cela pour deux raisons. D’une part la croissance ralentit dans les pays émergents, d’autre part l’industrie doit réinvestir assez lourdement dans de nouvelles technologies comme les motorisations hybrides. Ces deux facteurs entraînent une érosion des rendements économiques, visible notamment chez les constructeurs allemands. Mais à moyen terme, les perspectives restent positives. La croissance du marché automobile devrait se poursuivre et égaler, voire dépasser celle du PIB mondial.

La reprise du marché automobile européen n’est-elle pas la bonne nouvelle de ce début d’année ?

La reprise en Europe est surtout due au rattrapage des marchés d’Europe du Sud, comme l’Espagne et l’Italie, qui ont chuté de plus 50% pendant la crise. Mais le marché dans son ensemble reste à des niveaux historiquement bas. Seul le marché américain a retrouvé son niveau d’avant crise. La Chine continue à être un marché en forte croissance malgré les inquiétudes entourant le secteur immobilier. En revanche des marchés comme la Russie, l’Inde ou le Brésil sont soumis à des volatilités énormes de leurs devises qui se traduisent par une perte de pouvoir d’achat automobile

Le titre Renault a doublé au cours des 24 derniers mois. Cette hausse vous semble-t-elle justifiée ?

La valorisation de Renault est encore très basse. Elle correspond à 8% seulement de son chiffre d’affaires (hors participation dans Nissan) et à 1,1 fois l’Ebitda. C’est la moitié du multiple normalisé auquel une valeur comme Renault devrait traiter. Le problème de Renault, c’est que l’Europe reprend mais les émergents baissent. C’est un jeu à somme nulle. Cela rend difficile les prévisions de résultats. Par ailleurs, le succès commercial de Dacia s’est fait au détriment de la marque Renault. Aujourd’hui le défi de Carlos Ghosn consiste à faire remonter la marque Renault en termes de volumes et de part de marché. C’est le cas depuis le début de l’année : la Clio 4 et le Captur font plus que compenser le déclin des ventes de modèles en fin de vie. L’arrivée de la nouvelle Twingo et d’un nouveau crossover mi-2014, suivis de la nouvelle Mégane en 2015 devraient aider au redressement.

Les perspectives de PSA sont-elles aussi favorables ?

Le bilan de PSA a été assaini avec la recapitalisation et le désengagement de PSA Finance. Techniquement, le groupe peut soutenir une dette plus importante. La question autour de PSA n’est plus sur le bilan financier mais sur le potentiel de rentabilité et de génération de cash. Ce n’est pas encore gagné. L’alliance avec Dongfeng présente très peu de synergies industrielles et commerciales, Peugeot reste petit comparé à d’autres constructeurs généralistes comme Renault-Nissan. Néanmoins il faut laisser le bénéfice du doute à PSA. Le groupe s’est suffisamment assaini et a renouvellement sa gamme. Il peut redevenir un concurrent sérieux.

La Chine peut-elle être la planche de salut de PSA ?
C’est un marché important mais Peugeot ne peut pas compter que sur la Chine. Je rappelle que la moitié des résultats de Peugeot en Chine va à ses partenaires locaux, Dongfeng et Changan. PSA reçoit moins de 200 millions de dividendes de ses filiales chinoises alors que Volkswagen en retire 2,5 milliards ! PSA doit avant tout redresser sa part de marché en Europe et continuer sa croissance en Amérique latine et en Russie.

Propos recueillis par François Schott

OK, tout accepter
Fermer