Eiffarie sera actionnaire à 100% d'APRR. Le groupe a annoncé avoir trouvé un accord avec les fonds actionnaires pour racheter leurs parts (13,73% du capital) pour 55 euros par action. Au terme de cette opération de rachat, Eiffarie possèdera plus de 95% du capital et engagera donc une opération de rachat du reste des actions. L'entreprise qui appartient à Eiffage et à l'australien Macquarie a dû surmonter plusieurs écueils. Il a d'abord fallu que les deux partenaires s'accordent entre eux, ce qui n'était pas évident pas chose gagnée après plusieurs mois de mésentente. Ensuite, il fallait trouver un terrain d'entente avec les fonds. En réalité, depuis sa privatisation en 2006 par le gouvernement de Dominique de Villepin, la société des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône a été au cœur de grandes batailles capitalistiques, judiciaires et parfois même politique.

En 2006, la privatisation des grandes autoroutes est contestée par plusieurs partis de l'opposition. François Bayrou, à l'époque, fait valoir que cette privatisation représentera un manque à gagner de plusieurs dizaines de milliards d'euros à l'Etat et menace d'une saisine du Conseil Constitutionnel. La Cour des Comptes de son côté a considéré que l'Etat a mal ficelé la vente, et que la privatisation de Sanef, APRR ou de ASF (Autoroutes du Sud de la France) auraient pu rapporter bien plus à l'Etat. En tout, le gouvernement tirera 15 milliards d'euros de la privatisation des autoroutes de France. Pour APRR, il choisira donc un consortium de fonds d'investissement et une coentreprise composée d'Eiffage et Macquarie. Spécialisé dans la construction d'infrastructures, Eiffage créé Eiffarie avec le spécialiste australien des exploitations de concessions d'infrastructures. Les fonds d'investissement américain Elliott et Sandell parviennent à arracher 13,73% du capital de la pépite dont ils attendent de confortables dividendes avant de négocier une cession plus ambitieuse que le gouvernement français.

APRR, un joyau pour Eiffage

En effet, les concessions sont réputées pour les marges très confortables qu'elles dégagent. Vinci fait ainsi fortune dans les parkings de ville, Veolia dans la gestion des eaux, et ADP dans la gestion d'infrastructures aéroportuaires. Seul inconvénient, ces marchés nécessitent de très lourds investissement et réclame donc une expertise et une ingénierie très poussée qui ne s'improvise pas. L'espagnol Sacyr a flairé la bonne affaire. Le groupe de BTP qui a fait fortune dans le boom de l'immobilier espagnol monte dans le capital d'Eiffage dès 2005. Au terme d'une bataille juridico-politique sans précédent, Sacyr est contraint de retirer ses billes et revenir sur son marché domestique. Il rate Eiffage et son joyau, les péages des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône.

Début 2010, APRR fait encore parler de lui et créé un conflit entre ses deux principaux actionnaires. Eiffage finit par proposer à l'australien de racheter sa part dans Eiffarie. Eiffage possède 50% plus une action d'Eiffarie (81% du capital d'APRR), le reste revenant à Macquarie. Eiffage souhaite recapitaliser APRR pour éviter que sa note financière ne soit dégradée et que les charges de sa dette ne se détériorent. Il propose un refinancement à hauteur de 400 millions d'euros. Macquarie, de son côté, préfère qu'APRR verse un dividende conséquent à Eiffarie qui doit faire face à une importante échéance financière en juin. Au final, Eiffage acceptera un dividende de 80 millions d'euros, contre